Biodiversité et évolution
Seconde · SVT · La Terre, la vie et l'organisation du vivant
La Terre, la vie et l'organisation du vivant
La biodiversité : trois échelles, une histoire
On parle souvent de « biodiversité » comme s'il s'agissait d'un simple comptage d'espèces. C'est beaucoup plus riche que cela : la biodiversité se mesure à trois échelles emboîtées, et elle n'est jamais figée.
| Échelle | Ce que l'on compare | Exemple |
|---|---|---|
| Écosystèmes | Des milieux entiers, avec leurs êtres vivants et leurs conditions physiques | Une mangrove, une forêt de hêtres, un désert |
| Espèces | Les différentes espèces vivant dans un milieu donné | Chêne, sanglier, mésange et champignons d'une même forêt |
| Génétique | Les allèles présents chez les individus d'une même espèce | Les groupes sanguins A, B et O dans la population humaine |
Une biodiversité qui change en permanence
La biodiversité actuelle n'est qu'un état parmi une infinité d'autres : c'est une photographie prise à un instant de la longue histoire de la vie, commencée il y a environ 3,8 milliards d'années. Au fil des temps géologiques, des espèces sont apparues et d'autres ont disparu. Certaines périodes ont vu des disparitions massives et rapides : ce sont les crises biologiques.
Mesurer la diversité génétique d'une population
Au sein d'une population, un gène existe souvent sous plusieurs allèles. On décrit alors la population par la fréquence de chaque allèle, c'est-à-dire la proportion qu'il représente parmi tous les allèles de ce gène présents dans la population.
La Terre, la vie et l'organisation du vivant
Dérive génétique et sélection naturelle : les moteurs de l'évolution
Les mutations créent sans cesse de nouveaux allèles : elles fournissent la matière première de l'évolution. Mais elles n'expliquent pas pourquoi certains allèles se répandent dans une population tandis que d'autres disparaissent. Deux mécanismes en rendent compte : la dérive génétique et la sélection naturelle.
Pourquoi la taille de la population compte-t-elle autant ? Compare avec un lancer de pièce. Sur 10 lancers, obtenir 8 fois « pile » n'a rien d'extraordinaire : on s'éloigne facilement des 50 % attendus. Sur 10 000 lancers, un tel écart devient pratiquement impossible. Dans une population de dix individus, un accident peut faire disparaître un allèle en une génération ; dans une population d'un million d'individus, le hasard se compense et les fréquences bougent très peu.
| Dérive génétique | Sélection naturelle | |
|---|---|---|
| Nature du mécanisme | Aléatoire (hasard) | Non aléatoire (lié à l'environnement) |
| Allèles concernés | Tous, quel que soit leur effet | Ceux qui influencent la survie ou la reproduction |
| Rôle de l'effectif | Effet d'autant plus fort que la population est petite | Agit quelle que soit la taille de la population |
| Résultat sur la diversité | Tend à l'appauvrir : des allèles disparaissent par hasard | Favorise les allèles avantageux dans le milieu considéré |
| Exemple | Petite population isolée sur une île | Phalène du bouleau, résistance des bactéries aux antibiotiques |
Comment naît une nouvelle espèce ?
Lorsque deux populations d'une même espèce se retrouvent isolées l'une de l'autre — par une montagne, un bras de mer, un glacier — elles cessent d'échanger des allèles. La dérive génétique et la sélection naturelle agissent alors indépendamment dans chacune, et sous des conditions de milieu souvent différentes. Peu à peu, les deux populations divergent. Si les différences accumulées deviennent telles que leurs individus ne peuvent plus se reproduire ensemble en donnant une descendance fertile, alors deux espèces distinctes sont nées : c'est la spéciation.
Exercices corrigés
Dans une population, on compte 300 exemplaires de l'allèle A et 700 exemplaires de l'allèle B pour un même gène. Quelle est la fréquence de l'allèle A ?
- A.30 %Bonne réponse
- B.43 %
- C.70 %
- D.3 %
Réponse : A — 30 %
Il faut d'abord calculer le nombre total d'allèles de ce gène : 300 + 700 = 1000. La fréquence de A vaut ensuite 300/1000 = 0,3, soit 30 %. On vérifie que la somme des fréquences fait bien 100 % : B représente 700/1000 = 70 %, et 30 + 70 = 100. L'erreur classique consiste à diviser 300 par 700, ce qui donne environ 43 % : mais on divise par le TOTAL, pas par l'autre allèle.
Pourquoi la forme sombre de la phalène du bouleau est-elle devenue majoritaire dans les régions industrialisées ?
- A.Parce que la pollution a provoqué la mutation qui rend les papillons sombres
- B.Parce que sur les troncs noircis par la suie, la forme sombre est mieux camouflée et échappe davantage aux oiseauxBonne réponse
- C.Parce que les papillons sombres se sont volontairement adaptés à la pollution
- D.Parce que les papillons clairs ont changé de couleur au cours de leur vie
Réponse : B — Parce que sur les troncs noircis par la suie, la forme sombre est mieux camouflée et échappe davantage aux oiseaux
Il s'agit d'un cas typique de sélection naturelle. Les deux formes existaient déjà avant l'industrialisation : la pollution n'a créé aucun allèle nouveau, elle a simplement changé le milieu, et donc lequel des deux camouflages était efficace. Sur les troncs noircis, les papillons sombres sont moins repérés par les prédateurs, survivent davantage et se reproduisent plus : la fréquence de leur allèle augmente au fil des générations. Aucun papillon ne change de couleur au cours de sa vie, et aucun ne « décide » de s'adapter.
Dans une population de 500 individus, un gène possède deux allèles, R et S. On dénombre 200 exemplaires de l'allèle R. Sachant que chaque individu porte deux exemplaires de ce gène, quelle est la fréquence de l'allèle S ?
- A.60 %
- B.40 %
- C.80 %Bonne réponse
- D.20 %
Réponse : C — 80 %
Attention au piège du dénombrement. Chaque individu porte deux exemplaires du gène, donc la population de 500 individus contient 500 × 2 = 1000 allèles au total. La fréquence de R vaut 200/1000 = 0,2, soit 20 %. Comme il n'existe que deux allèles, la fréquence de S est le complément : 100 − 20 = 80 %, ce qu'on peut vérifier directement par 800/1000 = 0,8. Répondre 60 % vient d'un oubli du facteur 2 (200/500 = 40 %, puis complément), et répondre 20 % revient à donner la fréquence de R au lieu de celle de S.
Quelles sont les trois échelles de la biodiversité ?
- A.Les cellules, les organes et les organismes
- B.Les mutations, les allèles et les gènes
- C.Le passé, le présent et le futur
- D.Les écosystèmes, les espèces et la diversité génétiqueBonne réponse
Réponse : D — Les écosystèmes, les espèces et la diversité génétique
La biodiversité se décrit à trois niveaux emboîtés : la diversité des écosystèmes (des milieux entiers), la diversité des espèces au sein d'un milieu, et la diversité génétique, c'est-à-dire la variété des allèles à l'intérieur d'une même espèce. Cellules, organes et organismes sont des niveaux d'organisation d'un être vivant, ce qui est une tout autre notion.
Qu'est-ce que la dérive génétique ?
- A.L'apparition de nouveaux allèles par mutation
- B.La modification aléatoire de la fréquence des allèles d'une génération à l'autreBonne réponse
- C.La sélection des individus les mieux adaptés
- D.Le déplacement d'une population vers un nouveau milieu
Réponse : B — La modification aléatoire de la fréquence des allèles d'une génération à l'autre
La dérive génétique tient entièrement au hasard : par le simple jeu de la reproduction et de la survie, certains allèles se transmettent plus que d'autres, sans aucun rapport avec leur utilité. Elle ne crée pas d'allèles — c'est le rôle des mutations — et ne les trie pas selon leur avantage, ce qui serait la sélection naturelle.
Selon le critère d'interfécondité, deux individus appartiennent à la même espèce s'ils :
- A.Se ressemblent physiquement
- B.Vivent dans le même milieu
- C.Peuvent se reproduire entre eux et donner une descendance fertileBonne réponse
- D.Possèdent le même nombre de chromosomes
Réponse : C — Peuvent se reproduire entre eux et donner une descendance fertile
Le critère décisif est la fertilité de la descendance : il ne suffit pas que deux individus puissent avoir un petit, encore faut-il que celui-ci soit lui-même capable de se reproduire. La ressemblance est trompeuse (un chihuahua et un dogue allemand sont de la même espèce), le milieu de vie n'entre pas en compte, et un même nombre de chromosomes ne garantit nullement l'interfécondité.
Qu'est-ce qui est à l'origine des nouveaux allèles dans une population ?
- A.Les mutationsBonne réponse
- B.La dérive génétique
- C.La sélection naturelle
- D.Les crises biologiques
Réponse : A — Les mutations
Seule une modification de la séquence de l'ADN peut créer une version nouvelle d'un gène : c'est la définition même d'une mutation. Elles constituent la matière première de l'évolution. La dérive génétique et la sélection naturelle interviennent ensuite : elles ne créent rien, elles font seulement varier la fréquence des allèles déjà présents.
Dans quel type de population la dérive génétique a-t-elle l'effet le plus marqué ?
- A.Dans les très grandes populations
- B.Dans les populations de petit effectifBonne réponse
- C.Dans les populations qui ne subissent aucune mutation
- D.Son effet est toujours identique quel que soit l'effectif
Réponse : B — Dans les populations de petit effectif
Plus l'effectif est faible, plus le hasard pèse lourd. Compare avec un lancer de pièce : sur 10 lancers, obtenir 8 piles n'a rien d'exceptionnel, alors que sur 10 000 lancers un tel écart est pratiquement impossible. Dans une petite population, un allèle peut disparaître en une génération par simple coup du sort, tandis que dans une grande population les écarts se compensent et les fréquences bougent lentement.
Qu'est-ce qu'une crise biologique ?
- A.L'apparition brutale de nombreuses espèces nouvelles
- B.Une maladie qui touche une seule espèce
- C.Une période où la biodiversité reste stable
- D.Une disparition massive et rapide de nombreuses espèces à l'échelle des temps géologiquesBonne réponse
Réponse : D — Une disparition massive et rapide de nombreuses espèces à l'échelle des temps géologiques
Une crise biologique se reconnaît à l'extinction rapide, à l'échelle géologique, d'une grande partie des espèces existantes. La plus célèbre est celle d'il y a environ 66 millions d'années, marquée par la disparition des dinosaures non-aviens et des ammonites. Fait intéressant : une crise est généralement suivie d'une diversification, les milieux libérés étant recolonisés par les groupes survivants.
L'âne et la jument peuvent avoir un descendant, le mulet, qui est stérile. Que peut-on en conclure ?
- A.L'âne et le cheval appartiennent à la même espèce
- B.Le mulet constitue une nouvelle espèce
- C.L'âne et le cheval sont deux espèces différentes, car la descendance n'est pas fertileBonne réponse
- D.Le critère d'interfécondité ne s'applique pas aux mammifères
Réponse : C — L'âne et le cheval sont deux espèces différentes, car la descendance n'est pas fertile
Le critère d'interfécondité exige deux conditions : une reproduction possible ET une descendance elle-même fertile. Ici, la première condition est remplie mais pas la seconde, puisque le mulet ne peut pas se reproduire. Âne et cheval sont donc bien deux espèces distinctes. Le mulet n'est pas non plus une espèce : incapable de se reproduire, il ne peut former aucune population qui se perpétue.
Quelle affirmation décrit correctement la différence entre dérive génétique et sélection naturelle ?
- A.Les deux sont des mécanismes purement aléatoires
- B.Les deux créent de nouveaux allèles
- C.La dérive dépend de l'avantage des allèles, la sélection du hasard
- D.La dérive fait varier les fréquences alléliques au hasard, la sélection les fait varier selon l'avantage procuré dans le milieuBonne réponse
Réponse : D — La dérive fait varier les fréquences alléliques au hasard, la sélection les fait varier selon l'avantage procuré dans le milieu
C'est bien l'opposition hasard / non-hasard qui sépare les deux mécanismes. La dérive génétique modifie les fréquences alléliques indépendamment de tout avantage : un allèle utile peut y disparaître par malchance. La sélection naturelle, elle, trie en fonction des conséquences des allèles sur la survie et la reproduction dans un milieu donné. La troisième proposition inverse exactement les deux définitions. Et ni l'un ni l'autre ne crée d'allèle : c'est le rôle des mutations.
Un patient interrompt son traitement antibiotique dès qu'il se sent mieux. Quel est le risque, du point de vue de l'évolution ?
- A.L'antibiotique va provoquer de nouvelles mutations chez les bactéries
- B.Les bactéries restantes vont devenir volontairement résistantes
- C.Les bactéries les plus résistantes, non éliminées, vont survivre et se multiplier : la population devient résistanteBonne réponse
- D.Aucun risque : les bactéries survivantes sont identiques aux bactéries de départ
Réponse : C — Les bactéries les plus résistantes, non éliminées, vont survivre et se multiplier : la population devient résistante
Dans une population bactérienne, quelques individus portent déjà, par mutation aléatoire, un allèle de résistance. Un traitement écourté élimine les bactéries les plus sensibles mais laisse survivre les plus résistantes, qui se multiplient ensuite sans concurrence — et les bactéries se divisent en moins d'une heure. C'est une sélection naturelle accélérée, dont l'être humain est l'agent involontaire. L'antibiotique ne crée pas les mutations, il ne fait que trier ce qui existe déjà.
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