L'art numérique et les nouveaux médias
Troisième · Arts plastiques · L'œuvre, l'espace, l'auteur, le spectateur
L'œuvre, l'espace, l'auteur, le spectateur
Qu'est-ce que l'art numérique ?
Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les artistes se sont emparés des technologies numériques : ordinateurs, vidéo, capteurs, internet, intelligence artificielle. On parle d'art numérique lorsque le numérique n'est pas un simple outil de fabrication, mais devient le support même de l'œuvre, voire un élément que le spectateur peut faire évoluer.
Un précurseur : Nam June Paik et le vidéo art
L'artiste coréano-américain Nam June Paik est considéré comme le père du vidéo art. Dès les années 1960, il détourne des postes de télévision et des caméras vidéo pour créer des installations où l'image en mouvement devient une matière artistique, et non plus seulement un moyen d'information ou de divertissement.
Les grandes formes de l'art numérique
| Forme | Principe |
|---|---|
| Le vidéo art | L'image en mouvement, filmée ou générée, devient elle-même l'œuvre |
| L'art génératif | Un programme informatique produit des formes selon des règles définies par l'artiste, parfois avec une part de hasard |
| Le net art | L'œuvre existe et se diffuse sur internet, parfois modifiable par les internautes |
| L'art interactif | Le spectateur agit sur l'œuvre (mouvement, toucher, voix) et modifie son apparence en temps réel |
| Les installations immersives | Un espace entier (projections, sons, capteurs) enveloppe le spectateur |
L'œuvre, l'espace, l'auteur, le spectateur
Interactivité, auteur et spectateur à l'ère numérique
L'art numérique bouleverse deux notions essentielles de l'histoire de l'art : la place du spectateur, qui peut devenir acteur de l'œuvre, et celle de l'auteur, qui peut partager la création avec un programme informatique.
Le spectateur devient acteur
Face à une peinture ou une sculpture classique, le spectateur regarde une œuvre fixe : quel que soit son comportement, l'œuvre ne change pas. Avec l'art numérique interactif, l'œuvre réagit en temps réel aux gestes, aux déplacements ou même à la voix du visiteur : chaque spectateur peut ainsi vivre une expérience différente et, en un sens, participer à la création.
La question de l'auteur : création partagée avec la machine
Dans l'art génératif, l'artiste ne dessine pas directement l'image finale : il écrit un programme, un ensemble de règles, souvent avec une part de hasard (l'aléatoire), qui va produire des formes. L'artiste devient alors davantage un concepteur de règles qu'un exécutant direct. Avec l'essor récent de l'intelligence artificielle, certains artistes entraînent des programmes capables de générer des images, ce qui interroge encore la notion d'auteur : qui est véritablement à l'origine de l'image, l'artiste, le programme, ou les deux ?
L'original en question — Une peinture classique est unique : il n'existe qu'un seul original. Une œuvre numérique, en revanche, est composée de fichiers (une vidéo, un programme, une image) qui peuvent être copiés à l'identique sans aucune perte de qualité. Cela pose une question inédite : où se situe l'« original » d'une œuvre numérique, si toutes ses copies sont rigoureusement identiques ?
Exercices corrigés
Qu'est-ce qui caractérise une œuvre d'art numérique, par opposition à une simple utilisation de l'ordinateur comme outil ?
- A.Le numérique doit être indispensable à l'existence même de l'œuvre, pas seulement un outil de fabricationBonne réponse
- B.L'œuvre doit obligatoirement être exposée sur internet, sur un site ou un réseau social
- C.L'artiste doit être né après l'an deux mille, faute de quoi son travail n'est pas reconnu
- D.L'œuvre doit toujours coûter plus cher qu'une peinture classique vendue en galerie
Réponse : A — Le numérique doit être indispensable à l'existence même de l'œuvre, pas seulement un outil de fabrication
L'art numérique se distingue par le fait que le numérique est indispensable à l'existence même de l'œuvre (interactivité, génération automatique, diffusion en réseau), et pas seulement un outil comme un autre. L'exposition sur internet, l'âge de l'artiste ou le prix ne sont pas des critères de définition.
Dans une installation immersive du collectif teamLab, comment le spectateur influence-t-il l'œuvre ?
- A.Il ne peut avoir aucune influence, l'œuvre est totalement fixe
- B.Il doit acheter un ticket spécial pour chaque interaction
- C.Ses mouvements et sa présence font réagir en temps réel les images projetéesBonne réponse
- D.Il doit obligatoirement toucher un écran tactile pour tout déclencher
Réponse : C — Ses mouvements et sa présence font réagir en temps réel les images projetées
Dans les installations de teamLab, les mouvements et la présence des visiteurs font réagir en temps réel les images projetées (fleurs qui éclosent, poissons qui se dispersent), grâce à des capteurs. L'œuvre n'est donc pas fixe, et cela ne nécessite pas forcément un contact tactile direct.
Qu'est-ce que le net art ?
- A.Une pratique où l'œuvre existe et se diffuse sur internet, parfois modifiable par les internautesBonne réponse
- B.Un style de peinture réaliste sur toile, apparu au dix-neuvième siècle en France
- C.Une technique de sculpture en filet métallique tissé et soudé à la main
- D.Un synonyme exact du vidéo art projeté sur grand écran en galerie
Réponse : A — Une pratique où l'œuvre existe et se diffuse sur internet, parfois modifiable par les internautes
Le net art désigne les œuvres qui existent et se diffusent spécifiquement sur internet, parfois modifiables par les internautes eux-mêmes. Ce n'est ni une technique picturale sur toile, ni une sculpture en filet, et il se distingue du vidéo art qui repose sur l'image en mouvement, diffusée ou non en ligne.
Une œuvre numérique (fichier vidéo, programme, image) peut-elle être copiée à l'identique sans perte de qualité ?
- A.Non, chaque copie numérique perd automatiquement en qualité au fil des transferts
- B.Oui, une œuvre numérique peut être copiée à l'identique, contrairement à une peinture uniqueBonne réponse
- C.Cela dépend uniquement du prix fixé par la galerie ou l'artiste
- D.Non, la loi interdit toute copie d'une œuvre numérique protégée par un droit d'auteur
Réponse : B — Oui, une œuvre numérique peut être copiée à l'identique, contrairement à une peinture unique
Une œuvre numérique est composée de fichiers qui peuvent être copiés à l'identique, sans aucune perte de qualité, contrairement à une peinture classique qui n'existe qu'en un seul exemplaire original. Cela pose la question de l'original en art numérique, indépendamment du prix ou d'une interdiction légale.
Dans l'art génératif, quel est le rôle principal de l'artiste ?
- A.Il dessine directement chaque détail final de l'image, comme dans un dessin classique
- B.Il conçoit des règles et un programme qui produiront ensuite les formes, parfois avec une part de hasardBonne réponse
- C.Il n'a aucun rôle, le programme travaille seul depuis sa création jusqu'à sa diffusion
- D.Il se contente de choisir un titre pour une image trouvée sur internet
Réponse : B — Il conçoit des règles et un programme qui produiront ensuite les formes, parfois avec une part de hasard
Dans l'art génératif, l'artiste devient concepteur de règles : il écrit un programme qui va produire des formes, parfois avec une part d'aléatoire, plutôt que de dessiner directement chaque détail. Le programme dépend toujours des règles fixées par l'artiste au départ, il ne travaille pas totalement seul.
Que met en question l'essor de l'intelligence artificielle dans la création d'images ?
- A.La question du prix de l'électricité nécessaire pour faire fonctionner ces programmes informatiques
- B.La question de savoir qui est véritablement l'auteur de l'image : l'artiste, le programme, ou les deuxBonne réponse
- C.La question de la taille des écrans utilisés pour visionner et diffuser ces images numériques
- D.Aucune question, l'auteur d'une image reste toujours parfaitement évident, quel que soit l'outil
Réponse : B — La question de savoir qui est véritablement l'auteur de l'image : l'artiste, le programme, ou les deux
Quand un programme d'intelligence artificielle génère une image à partir de règles ou d'un entraînement conçus par un humain, la question de savoir qui est véritablement l'auteur (l'artiste qui a conçu ou entraîné le programme, le programme lui-même, ou les deux ensemble) devient plus complexe qu'avec une œuvre traditionnelle.
Quel artiste est considéré comme le père du vidéo art ?
- A.Pablo Picasso
- B.Nam June PaikBonne réponse
- C.Eugène Delacroix
- D.Banksy
Réponse : B — Nam June Paik
Nam June Paik, artiste coréano-américain, est considéré comme le père du vidéo art : dès les années 1960, il a détourné des postes de télévision et des caméras vidéo pour créer des installations artistiques. Les trois autres artistes ne travaillent pas la vidéo comme médium principal.
Qu'est-ce qu'une œuvre interactive ?
- A.Une œuvre exposée uniquement dans les musées
- B.Une œuvre peinte à l'huile sur toile
- C.Une œuvre numérique programmée pour réagir à l'action du spectateurBonne réponse
- D.Une œuvre qui ne peut être vue qu'une seule fois
Réponse : C — Une œuvre numérique programmée pour réagir à l'action du spectateur
Une œuvre interactive est une œuvre numérique programmée pour réagir à l'action d'un spectateur (mouvement, toucher, son…) : sa forme ou son évolution dépend en partie de ce comportement. Ce n'est ni une question de lieu d'exposition, ni de technique picturale classique.
Quelle forme d'art numérique désigne une œuvre produite par un programme informatique suivant des règles définies par l'artiste ?
- A.Le net art
- B.L'art génératifBonne réponse
- C.Le vidéo art
- D.L'installation immersive
Réponse : B — L'art génératif
L'art génératif désigne les œuvres produites par un programme informatique qui applique des règles définies par l'artiste, parfois avec une part de hasard. Le net art existe et se diffuse sur internet, le vidéo art repose sur l'image en mouvement, et l'installation immersive enveloppe le spectateur dans un espace entier.
Pourquoi dit-on que Nam June Paik a « détourné » les postes de télévision dans ses œuvres des années 1960 ?
- A.Parce qu'il les a utilisés pour créer une œuvre artistique, alors qu'ils étaient conçus au départ pour l'information et le divertissementBonne réponse
- B.Parce qu'il les a physiquement volés dans plusieurs magasins d'électroménager de Cologne
- C.Parce qu'il a lui-même inventé la télévision, dans les années 1950, en Allemagne
- D.Parce qu'il les utilisait uniquement chez lui pour regarder des films et des séries
Réponse : A — Parce qu'il les a utilisés pour créer une œuvre artistique, alors qu'ils étaient conçus au départ pour l'information et le divertissement
Détourner un objet, c'est lui donner un usage différent de sa fonction d'origine : Nam June Paik utilise des postes de télévision, conçus pour l'information et le divertissement, comme matière artistique dans ses installations. Il ne s'agit ni de vol, ni d'invention de la télévision, ni d'un usage classique.
Pourquoi un artiste qui utilise une tablette graphique pour réaliser un dessin classique n'est-il pas nécessairement dans une démarche d'art numérique au sens fort ?
- A.Parce que les tablettes graphiques sont interdites dans les concours d'art officiels
- B.Parce que le numérique n'y est utilisé que comme outil de fabrication, comme un pinceau, sans être indispensable à l'existence de l'œuvreBonne réponse
- C.Parce que seuls les ordinateurs de bureau comptent comme véritable art numérique reconnu
- D.Parce que ce type de dessin ne peut jamais être exposé dans un musée d'art contemporain
Réponse : B — Parce que le numérique n'y est utilisé que comme outil de fabrication, comme un pinceau, sans être indispensable à l'existence de l'œuvre
Quand le numérique sert uniquement d'outil de fabrication, comme un pinceau ou un crayon, sans être indispensable à l'existence même de l'œuvre (pas d'interactivité, pas de génération automatique, pas de réseau), on ne parle pas d'art numérique au sens fort. Les tablettes ne sont pas interdites et ce type de dessin peut très bien être exposé.
Pourquoi dit-on que le spectateur d'une œuvre interactive reste dans les limites fixées par l'artiste, même s'il agit sur l'œuvre ?
- A.Parce que toutes les réactions possibles de l'œuvre ont été programmées et prévues à l'avance par l'artisteBonne réponse
- B.Parce que le spectateur n'a en réalité jamais le droit de toucher l'œuvre
- C.Parce que l'artiste efface l'œuvre après chaque interaction
- D.Parce que le spectateur doit demander une autorisation écrite avant chaque geste
Réponse : A — Parce que toutes les réactions possibles de l'œuvre ont été programmées et prévues à l'avance par l'artiste
Même dans une œuvre interactive, c'est l'artiste qui a conçu à l'avance toutes les règles et toutes les réactions possibles du programme : le spectateur ne fait qu'activer des possibilités déjà prévues, il n'invente pas de nouvelles réactions imprévues par l'artiste. Il n'y a ni interdiction de toucher, ni effacement systématique, ni autorisation écrite requise.
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