Aller au contenu

L'objet détourné dans l'art

Sixième · Arts plastiques · Les fabrications et la relation entre l'objet et l'espace

L'objet et l'œuvre

Détourner un objet : quand le banal devient art

Un objet du quotidien — une roue, une bouteille, une chaise — sert normalement à quelque chose : c'est sa fonction. Mais un artiste peut le prendre, le sortir de son usage habituel et le transformer en œuvre d'art. On dit alors qu'il détourne l'objet.

Le ready-made : choisir plutôt que fabriquer

Au début du XXe siècle, l'artiste Marcel Duchamp a une idée révolutionnaire : et si, au lieu de peindre ou de sculpter, l'artiste se contentait de choisir un objet déjà fabriqué et de le déclarer œuvre d'art ? En 1913, il fixe une Roue de bicyclette sur un tabouret. En 1917, il présente un simple urinoir renversé, qu'il intitule Fontaine et signe d'un faux nom. Le geste fait scandale… et change l'histoire de l'art.

L'objet et l'œuvre

Procédés et artistes du détournement

Après Duchamp, de nombreux artistes ont détourné des objets de mille façons : en les assemblant, en les accumulant, en les compressant ou en les agrandissant. Chaque procédé raconte quelque chose de différent sur les objets et sur notre société de consommation.

Assembler des objets pour créer une image

En 1942, Pablo Picasso réunit une selle et un guidon de vélo : posés l'un sur l'autre, ils dessinent une Tête de taureau. Deux objets banals, rapprochés, deviennent une image évidente. C'est la magie du détournement par assemblage : on reconnaît à la fois les objets de départ et la nouvelle image.

Ce détournement fonctionne parce que Picasso a choisi des objets dont la forme réelle ressemble déjà, avant tout montage, à une partie de l'image visée : la courbe de la selle rappelle un museau allongé, et le guidon recourbé évoque naturellement deux cornes. L'artiste n'a presque rien transformé : il a seulement rapproché deux formes existantes et laissé l'œil faire le reste du travail. C'est ce qui distingue l'assemblage d'un simple collage d'objets au hasard : le choix des objets est pensé en fonction de la ressemblance formelle qu'ils portent déjà en eux.

ArtisteObjet(s) de départProcédéCe que ça devient
Marcel DuchampUn urinoir, une roue de véloReady-made (choisir et présenter)Une œuvre par le seul choix de l'artiste
Pablo PicassoUne selle + un guidon de véloAssemblageUne Tête de taureau
ArmanBeaucoup d'objets identiquesAccumulationUn volume fait d'objets entassés
CésarDes carcasses de voituresCompressionUn bloc écrasé aux couleurs mêlées

Le tableau ci-dessus permet de comparer les procédés selon un seul critère : est-ce que l'artiste fabrique quelque chose de nouveau, ou se contente-t-il de choisir et de rapprocher ce qui existe déjà ? Duchamp ne fabrique rien : il choisit. Picasso, Arman et César, eux, agissent physiquement sur les objets — ils les assemblent, les entassent ou les écrasent — mais aucun ne les sculpte ou ne les peint à la main comme un artiste traditionnel : leur geste reste toujours une transformation d'objets existants, jamais une création à partir de rien.

Accumuler, compresser, agrandir

  • Accumulation (Arman) : réunir une grande quantité d'objets semblables pour montrer l'abondance, l'entassement.
  • Compression (César) : écraser des objets, comme des voitures, en un bloc, ce qui les rend méconnaissables mais garde leurs couleurs.
  • Agrandissement (Pop art) : reproduire un objet banal en très grand pour le rendre spectaculaire, comme les objets géants de Claes Oldenburg.
  • Ces artistes s'intéressent aux objets de la société de consommation : ce que nous achetons, jetons, entassons.

Ces trois procédés se distinguent par ce qu'ils font à la quantité, à la forme ou à la taille de l'objet, mais ils portent tous un regard sur notre société de consommation. L'accumulation d'Arman montre la quantité d'objets que nous produisons et jetons ; la compression de César révèle ce qui reste d'un objet une fois qu'il n'a plus d'usage, réduit à un bloc de couleurs et de matière ; l'agrandissement d'Oldenburg force à regarder un objet banal qu'on ne remarque plus, en le rendant impossible à ignorer. Changer l'échelle ou la quantité d'un objet suffit donc à transformer totalement le regard qu'on porte sur lui, sans avoir besoin de le modifier lui-même.

Exercices corrigés

  1. Que veut dire « détourner » un objet en art ?

    • A.Le ranger dans un placard, sans le montrer à personne
    • B.Lui donner un sens ou une fonction nouveaux, non prévus par son fabricantBonne réponse
    • C.Le photographier tel quel, sans y toucher, pour un catalogue
    • D.Le fabriquer soi-même dans un atelier, comme un objet neuf

    Réponse : B — Lui donner un sens ou une fonction nouveaux, non prévus par son fabricant

    Détourner, c'est faire quitter à l'objet son usage habituel pour lui donner un sens ou une fonction nouveaux : on ne le regarde plus pour ce qu'il sert, mais pour ce qu'il évoque. Ce n'est ni le ranger, ni le photographier, ni le fabriquer.

  2. Un objet du quotidien sert normalement à quelque chose. Comment appelle-t-on ce à quoi il sert ?

    • A.Sa fonctionBonne réponse
    • B.Son socle
    • C.Sa couleur
    • D.Son titre

    Réponse : A — Sa fonction

    Ce à quoi sert un objet, c'est sa fonction (une chaise sert à s'asseoir, une roue à rouler). Détourner un objet, c'est justement changer ou oublier cette fonction. Le socle, la couleur et le titre sont d'autres notions.

  3. Quel artiste a inventé le « ready-made » au début du XXe siècle ?

    • A.Claude Monet
    • B.Léonard de Vinci
    • C.Marcel DuchampBonne réponse
    • D.Vincent van Gogh

    Réponse : C — Marcel Duchamp

    C'est Marcel Duchamp qui invente le ready-made, avec sa Roue de bicyclette (1913) puis Fontaine (1917). Monet et van Gogh sont des peintres, et Léonard de Vinci vivait à la Renaissance, bien avant cette idée.

  4. L'expression anglaise « ready-made » signifie…

    • A.Fait à la main par l'artiste
    • B.Déjà fait / déjà fabriquéBonne réponse
    • C.À vendre dans une boutique
    • D.Cassé ou abîmé volontairement

    Réponse : B — Déjà fait / déjà fabriqué

    « Ready-made » veut dire « déjà fait » : c'est un objet déjà fabriqué (en usine) que l'artiste choisit et présente comme une œuvre. L'idée est justement qu'il n'est PAS fait à la main par l'artiste.

  5. En 1917, avec quelle œuvre Marcel Duchamp présente-t-il un urinoir renversé et signé ?

    • A.La Joconde
    • B.Le Penseur
    • C.Les Nanas
    • D.FontaineBonne réponse

    Réponse : D — Fontaine

    L'urinoir renversé et signé s'intitule Fontaine (1917) : c'est l'un des ready-made les plus célèbres. La Joconde est un tableau de Léonard de Vinci, Le Penseur une sculpture de Rodin, et les Nanas sont des sculptures de Niki de Saint Phalle.

  6. Réunir un grand nombre d'objets identiques dans une même œuvre, comme le fait Arman, s'appelle…

    • A.La compression
    • B.Le ready-made
    • C.L'accumulationBonne réponse
    • D.La taille

    Réponse : C — L'accumulation

    Entasser beaucoup d'objets semblables, c'est l'accumulation, procédé rendu célèbre par Arman. La compression écrase les objets en un bloc (César), le ready-made présente un seul objet choisi, et la taille consiste à retirer de la matière d'un bloc.

  7. Claes Oldenburg fabrique une pince à linge de plusieurs mètres de haut. Quel procédé de détournement utilise-t-il ?

    • A.Il agrandit un objet banal (change son échelle)Bonne réponse
    • B.Il compresse plusieurs objets ensemble
    • C.Il accumule des objets identiques en tas
    • D.Il cache l'objet aux yeux du public

    Réponse : A — Il agrandit un objet banal (change son échelle)

    En reproduisant un objet ordinaire à une taille géante, Oldenburg joue sur le changement d'échelle : l'agrandissement rend l'objet banal spectaculaire et nous le fait redécouvrir. Il ne le compresse pas, ne l'accumule pas et ne le cache pas.

  8. Pourquoi le titre d'une œuvre détournée est-il important ?

    • A.Parce qu'il indique le prix de vente de l'objet exposé
    • B.Parce qu'il oriente le regard et donne un sens à l'objetBonne réponse
    • C.Parce qu'il remplace la signature de l'artiste
    • D.Parce qu'il n'a en réalité aucune importance

    Réponse : B — Parce qu'il oriente le regard et donne un sens à l'objet

    Le titre fait partie de l'œuvre : il guide le spectateur. Intituler un assemblage « Tête de taureau » nous fait voir un taureau là où il n'y a qu'une selle et un guidon. Le titre n'indique ni le prix, ni ne remplace la signature.

  9. « Détourner un objet, c'est juste le casser ou le salir n'importe comment. » Que penser de cette phrase ?

    • A.C'est vrai : plus l'objet est abîmé, mieux c'est réussi
    • B.C'est vrai, à condition de signer chaque morceau cassé
    • C.C'est vrai, mais seulement pour les ready-made de Duchamp
    • D.C'est faux : détourner, c'est donner un sens pensé à l'objetBonne réponse

    Réponse : D — C'est faux : détourner, c'est donner un sens pensé à l'objet

    Détourner suppose une intention : donner à l'objet un sens ou une fonction nouveaux, réfléchis. Casser ou salir sans idée n'est pas un détournement. Même quand César compresse des voitures, c'est un geste choisi et maîtrisé, pas une destruction gratuite.

  10. Quelle affirmation décrit correctement le geste de Duchamp avec Fontaine ?

    • A.Il a choisi un urinoir d'usine, l'a retourné et signéBonne réponse
    • B.Il a sculpté un urinoir dans un bloc de marbre
    • C.Il a peint un urinoir en gros plan sur une toile
    • D.Il a fabriqué un urinoir de ses propres mains

    Réponse : A — Il a choisi un urinoir d'usine, l'a retourné et signé

    Fontaine est un ready-made : Duchamp n'a rien fabriqué ni peint, il a choisi un urinoir manufacturé, l'a renversé, présenté sur un socle et signé. Tout le sens de l'œuvre vient de ce choix et de cette présentation, pas d'un travail de sculpture ou de peinture.

  11. Un camarade dit : « J'ai fait un ready-made, j'ai fabriqué un objet tout seul en atelier. » Pourquoi se trompe-t-il ?

    • A.Parce qu'un ready-made doit obligatoirement être peint
    • B.Parce qu'un ready-made doit être taillé dans la pierre
    • C.Parce qu'un ready-made est un objet déjà fabriqué qu'on choisitBonne réponse
    • D.Parce qu'un ready-made doit toujours être très grand

    Réponse : C — Parce qu'un ready-made est un objet déjà fabriqué qu'on choisit

    Le principe du ready-made est de CHOISIR un objet déjà fabriqué (en usine), pas de le fabriquer soi-même. Fabriquer un objet en atelier, c'est justement le contraire de l'idée de Duchamp. Ni la peinture, ni la pierre, ni la taille ne sont des conditions.

  12. Pourquoi, dans un détournement par assemblage, l'artiste garde-t-il souvent l'aspect reconnaissable des objets ?

    • A.Pour vendre les objets de départ plus cher une fois assemblés
    • B.Parce que l'artiste n'a pas le droit de les modifier
    • C.Pour qu'on reconnaisse les objets de départ ET la nouvelle imageBonne réponse
    • D.Pour cacher son idée véritable au regard du spectateur

    Réponse : C — Pour qu'on reconnaisse les objets de départ ET la nouvelle image

    L'intérêt du détournement vient du double regard : on voit à la fois la selle et le guidon ET la tête de taureau. Si les objets devenaient méconnaissables, le jeu disparaîtrait. Ce n'est pas une question de prix, d'interdiction ni de cachotterie.

S'entraîner sur ce chapitre

Ce chapitre compte 35 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

Commencer les exercices