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L'image et la narration

Cinquième · Arts plastiques · La représentation ; images, réalité et fiction

La représentation ; images, réalité et fiction

Raconter avec des images

Une image, seule ou en série, peut raconter une histoire. Ce n'est pas automatique : il faut faire des choix (ce qu'on montre, ce qu'on cache, l'ordre des images) pour que le spectateur comprenne qu'il y a un avant et un après. C'est ce qu'on appelle la narration visuelle.

Image fixe et image animée

Une image fixe (photographie, dessin, peinture) capture un seul instant. Une image animée (film, dessin animé) montre une succession d'images qui donne l'illusion du mouvement. Les deux peuvent raconter : l'image fixe suggère ce qui précède et ce qui suit, l'image animée le montre directement dans le temps.

Les outils du récit en images

  • Le cadrage : ce que l'artiste décide de montrer à l'intérieur de l'image (gros plan, plan large…).
  • Le hors-champ : tout ce qui existe dans l'histoire mais qui reste en dehors du cadre, invisible.
  • L'ellipse narrative : un passage de temps ou d'action qu'on ne montre pas, et que le spectateur doit reconstituer lui-même.
  • La séquence : une suite d'images liées entre elles qui forment un récit.
OutilCe que c'estEffet sur le récit
CadrageCe qui est visible dans l'imageOriente le regard, choisit l'information donnée
Hors-champCe qui existe mais n'est pas montréCrée du mystère, suggère sans montrer
Ellipse narrativeUn moment de l'histoire qu'on sauteAccélère le récit, fait imaginer le spectateur
SéquenceUne suite d'images liéesConstruit une histoire dans le temps

La représentation ; images, réalité et fiction

Des récits en images, d'hier à aujourd'hui

Raconter avec des images n'est pas une invention récente : bien avant la bande dessinée ou le cinéma, les artistes utilisaient déjà des suites d'images pour transmettre une histoire à un public qui, souvent, ne savait pas lire. Le principe reste le même à travers les siècles : il suffit parfois d'une seule image bien choisie pour suggérer un avant et un après, mais dès qu'on en dispose de plusieurs — ou de plusieurs moments distincts dans une même composition — c'est leur ordre qui construit le récit et guide le regard du début à la fin de l'histoire.

Avant la bande dessinée : les récits en images

La tapisserie de Bayeux (XIe siècle) est un exemple célèbre : une broderie de près de 70 mètres de long (68,38 m exactement) raconte, scène après scène, la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant. Dans les églises, les retables et polyptyques (peintures en plusieurs panneaux articulés) racontaient aussi des scènes religieuses aux fidèles, panneau par panneau. Ces deux formats reposent sur le même principe : une bande continue ou une suite de panneaux impose un ordre de lecture, presque toujours de gauche à droite, qui fait correspondre l'espace parcouru par l'œil au temps qui passe dans l'histoire. C'est ce qui distingue un simple décor, où le regard se promène librement, d'un récit en images, où l'ordre des scènes compte autant que leur contenu.

La bande dessinée et le cinéma

Dans une bande dessinée, chaque image s'appelle une case (ou vignette), et le texte des personnages est inscrit dans une bulle. Au cinéma, le récit se construit grâce au montage : l'enchaînement des plans filmés, choisi et assemblé après le tournage, qui donne son rythme et son sens à l'histoire. La différence essentielle tient au temps de lecture : dans une bande dessinée, c'est le lecteur qui décide combien de temps il regarde chaque case, alors qu'au cinéma, c'est le monteur qui impose la durée de chaque plan. L'ordre des plans change aussi le sens : montrer d'abord un visage inquiet puis une porte qui s'ouvre ne raconte pas la même chose que l'ordre inverse. C'est pour cette raison que le montage est un véritable choix de narration, et pas seulement un assemblage technique.

La photographie séquentielle

À la fin du XIXe siècle, le photographe Eadweard Muybridge a mis au point la photographie séquentielle : il alignait plusieurs appareils photo, déclenchés l'un après l'autre, pour décomposer un mouvement (un cheval au galop, un homme qui court) en une série d'images fixes prises à quelques instants d'écart. Peu après, le Français Étienne-Jules Marey obtient le même résultat avec un seul appareil, son « fusil photographique » (1882), et donne son nom à la technique : la chronophotographie. Ces séries d'images ont directement inspiré l'invention du cinéma, car elles ont prouvé qu'un mouvement pouvait se reconstituer à partir d'instants fixes très rapprochés : quand les images s'enchaînent assez vite, on ne les perçoit plus séparément et le cerveau recompose un mouvement continu (on parle souvent de persistance rétinienne, même si c'est surtout le cerveau, et non l'œil, qui fait ce travail). C'est exactement ce principe qui rend possible l'image animée.

Exercices corrigés

  1. Comment appelle-t-on une image de bande dessinée ?

    • A.Une bulle
    • B.Un plan
    • C.Une caseBonne réponse
    • D.Un cadrage

    Réponse : C — Une case

    Dans une bande dessinée, chaque image s'appelle une case (ou vignette). La bulle, elle, contient le texte des personnages, pas l'image entière. Le plan et le cadrage sont des notions plutôt liées au cinéma et à la photographie.

  2. Qu'est-ce que le hors-champ ?

    • A.Une image trop sombre pour être bien vue
    • B.Ce qui existe dans l'histoire mais que l'image ne montre pasBonne réponse
    • C.Un plan filmé de très loin, presque flou
    • D.Une case de bande dessinée sans aucun texte

    Réponse : B — Ce qui existe dans l'histoire mais que l'image ne montre pas

    Le hors-champ, c'est tout ce qui appartient à l'histoire mais qui reste en dehors du cadre visible : un bruit, un personnage, un lieu qu'on devine sans le voir. Ce n'est ni une question de luminosité, ni une distance de prise de vue, ni l'absence de texte.

  3. Quelle œuvre du XIe siècle raconte, en une longue broderie, la conquête de l'Angleterre ?

    • A.Le retable d'Issenheim
    • B.La tapisserie de BayeuxBonne réponse
    • C.Les vitraux de Chartres
    • D.La chronophotographie de Muybridge

    Réponse : B — La tapisserie de Bayeux

    La tapisserie de Bayeux est une broderie de plus de 70 mètres qui déroule, scène après scène, les événements de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant. Le retable d'Issenheim est une peinture religieuse en panneaux, les vitraux de Chartres sont en verre, et Muybridge est un photographe du XIXe siècle : aucun des trois n'est cette broderie du XIe siècle.

  4. Quel photographe a décomposé, à la fin du XIXe siècle, le galop d'un cheval en une série de photos ?

    • A.Pablo Picasso
    • B.Eadweard MuybridgeBonne réponse
    • C.Antoni Gaudí
    • D.Jean Dubuffet

    Réponse : B — Eadweard Muybridge

    Eadweard Muybridge, à la fin du XIXe siècle, a aligné plusieurs appareils photo pour décomposer un mouvement (un cheval au galop) en une série d'images fixes. C'est le Français Étienne-Jules Marey qui, peu après, met au point la chronophotographie proprement dite, avec un seul appareil. Ces recherches ont inspiré l'invention du cinéma. Picasso, Gaudí et Dubuffet sont des artistes que tu retrouveras dans d'autres chapitres, mais ce n'est pas leur domaine.

  5. Que racontaient souvent les retables et polyptyques dans les églises ?

    • A.Des paysages de bord de mer
    • B.Des scènes religieuses, panneau par panneauBonne réponse
    • C.Des portraits de rois uniquement
    • D.Des cartes du monde et des continents

    Réponse : B — Des scènes religieuses, panneau par panneau

    Les retables et polyptyques, peintures composées de plusieurs panneaux articulés, racontaient des scènes religieuses aux fidèles qui, souvent, ne savaient pas lire : chaque panneau montrait un moment de l'histoire sainte. Ce n'était ni des paysages, ni des portraits royaux, ni des cartes.

  6. Pourquoi un artiste choisit-il parfois de laisser une action dans le hors-champ plutôt que de la montrer ?

    • A.Parce qu'il n'a pas eu le temps de la dessiner
    • B.Pour créer du mystère et faire imaginer le spectateurBonne réponse
    • C.Parce que c'est interdit de montrer une action violente
    • D.Pour remplir l'image de détails inutiles

    Réponse : B — Pour créer du mystère et faire imaginer le spectateur

    Laisser une action hors-champ est un choix artistique volontaire : cela crée du mystère et laisse le spectateur imaginer ce qui se passe, ce qui peut renforcer l'impact du récit. Ce n'est ni un manque de temps, ni une interdiction, ni un remplissage.

  7. Une élève réalise trois dessins : 1) un enfant qui court vers une rivière, 2) une éclaboussure d'eau qui jaillit hors du cadre, 3) l'enfant trempé qui rit. Quel outil narratif utilise-t-elle surtout entre les images 2 et 3 ?

    • A.Le cadrage, resté identique sur les trois dessins de la planche
    • B.L'ellipse narrative, en ne montrant pas le moment exact de la chute dans l'eauBonne réponse
    • C.Le hors-champ, qui ne montre jamais directement l'enfant à l'image
    • D.Aucun outil narratif n'est utilisé ici entre ces deux dessins

    Réponse : B — L'ellipse narrative, en ne montrant pas le moment exact de la chute dans l'eau

    Le moment précis où l'enfant tombe (ou saute) dans l'eau n'est pas montré : il est sauté entre l'éclaboussure et l'enfant trempé. C'est une ellipse narrative, qui laisse le spectateur reconstituer l'action manquante. Ce n'est pas simplement un cadrage (qui concerne ce qui est visible DANS une image), et l'enfant est bien montré à plusieurs reprises, donc ce n'est pas un hors-champ sur le personnage.

  8. Qu'est-ce que la narration visuelle ?

    • A.Le fait d'organiser des images pour raconter une histoireBonne réponse
    • B.Le fait de peindre uniquement des paysages
    • C.Le fait de dessiner très vite
    • D.Le fait d'utiliser seulement des couleurs vives

    Réponse : A — Le fait d'organiser des images pour raconter une histoire

    La narration visuelle, c'est organiser une ou plusieurs images de façon à raconter une histoire ou suggérer un récit, avec un avant et un après. Les autres réponses parlent de technique (rapidité, couleurs) ou de sujet (paysages), pas de récit.

  9. Quelle différence sépare une image fixe d'une image animée ?

    • A.L'image fixe est toujours en noir et blanc
    • B.L'image animée montre une succession d'images qui donne l'illusion du mouvementBonne réponse
    • C.L'image fixe ne peut jamais raconter d'histoire
    • D.L'image animée est toujours plus grande à l'écran

    Réponse : B — L'image animée montre une succession d'images qui donne l'illusion du mouvement

    L'image animée (film, dessin animé) est faite d'une suite d'images qui, projetées rapidement, donnent l'illusion du mouvement. L'image fixe capture un seul instant mais peut très bien raconter une histoire en suggérant l'avant et l'après : ce n'est donc pas vrai qu'elle ne peut jamais raconter.

  10. Qu'est-ce qu'une ellipse narrative ?

    • A.Une forme géométrique arrondie utilisée dans un dessin
    • B.Un passage de temps ou d'action qu'on ne montre pas et que le spectateur reconstitueBonne réponse
    • C.Une bulle de bande dessinée totalement vide de texte
    • D.Un très gros plan filmé sur un visage humain

    Réponse : B — Un passage de temps ou d'action qu'on ne montre pas et que le spectateur reconstitue

    L'ellipse narrative consiste à sauter un moment de l'histoire (le temps qui passe, une action qui se déroule) : le spectateur doit alors le reconstituer lui-même, ce qui accélère le récit. Ce n'est pas une forme géométrique : ce sens du mot « ellipse » existe en maths, mais pas ici.

  11. À quoi sert le montage au cinéma ?

    • A.À filmer une scène plusieurs fois de suite
    • B.À choisir les acteurs qui joueront dans le film
    • C.À assembler les plans filmés pour construire le rythme et le sens du récitBonne réponse
    • D.À ajouter de la musique après le tournage

    Réponse : C — À assembler les plans filmés pour construire le rythme et le sens du récit

    Le montage, c'est le travail d'assemblage des plans filmés après le tournage : en choisissant leur ordre, leur durée et leur enchaînement, le monteur construit le rythme et le sens de l'histoire. Le choix des acteurs se fait avant le tournage (casting), et l'ajout de musique est une étape différente, appelée mixage sonore.

  12. Que désigne le cadrage dans une image ?

    • A.La couleur dominante de l'image
    • B.Ce que l'artiste décide de montrer à l'intérieur de l'imageBonne réponse
    • C.Le nombre de personnages présents
    • D.La technique utilisée (peinture, dessin, photo)

    Réponse : B — Ce que l'artiste décide de montrer à l'intérieur de l'image

    Le cadrage, c'est le choix de ce qui apparaît dans l'image : gros plan, plan large, ce qu'on inclut ou qu'on exclut. Ce choix oriente le regard du spectateur. Ce n'est ni une couleur, ni un nombre de personnages, ni une technique.

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