Aller au contenu

Les enjeux énergétiques

Terminale · Enseignement scientifique · Le futur des énergies

Le futur des énergies

Ressources, mix énergétique et ordres de grandeur

Parler d'énergie sans manipuler d'ordres de grandeur, c'est parler dans le vide. Ce chapitre te donne les outils pour chiffrer un choix énergétique : combien d'énergie, avec quel rendement, pour quelles émissions. C'est exactement ce que le baccalauréat attend de toi.

Énergie et puissance : ne les confonds jamais

Primaire, finale, utile : trois étages d'énergie
L'énergie primaire est celle contenue dans la ressource telle qu'on la trouve : le charbon dans la mine, le vent, le rayonnement solaire, l'uranium.
L'énergie finale est celle livrée à l'utilisateur : l'électricité au compteur, le carburant à la pompe. Entre les deux, il y a eu conversion et transport, donc pertes.
L'énergie utile est celle qui rend réellement le service attendu : le mouvement de la voiture, la lumière de la lampe. Le reste part en chaleur non désirée.
Un même service peut donc mobiliser beaucoup plus d'énergie primaire qu'il n'en consomme d'énergie utile — d'où l'importance des rendements.

Les ressources : renouvelables ou non

RessourceRenouvelable ?Émissions de CO2 par kWh électrique produit (cycle de vie)Limite principale
CharbonNon (stock, formé en millions d'années)environ 1000 gÉmissions massives, pollution de l'air
Gaz naturelNonenviron 450 gÉmissions, dépendance aux importations
Nucléaire (fission de l'uranium)Non (l'uranium est un stock), mais très peu carbonéenviron 6 gDéchets radioactifs, coût et durée des chantiers
HydrauliqueOuienviron 10 gSites déjà largement équipés en France
ÉolienOuienviron 12 gProduction intermittente, dépend du vent
Solaire photovoltaïqueOuienviron 40 gProduction intermittente, nulle la nuit

Le mix énergétique : deux échelles à distinguer

  • Mix énergétique mondial (toutes énergies confondues) : encore dominé à environ 80 % par les combustibles fossiles — pétrole, charbon, gaz.
  • Mix électrique français : très largement décarboné, avec environ deux tiers de nucléaire, complété par l'hydraulique, l'éolien et le solaire.
  • Conséquence directe : l'électricité française émet environ 50 à 60 g de CO2 par kWh, contre plus de 400 g en moyenne dans l'Union européenne.
  • Piège d'échelle : l'électricité ne représente qu'environ un quart de l'énergie finale consommée en France. Le reste — transports, chauffage, industrie — repose encore largement sur les fossiles.

Le futur des énergies

Rendements, atouts de l'électricité et question du stockage

L'énergie ne se crée pas et ne se détruit pas : elle se convertit. Mais toute conversion réelle s'accompagne de pertes, essentiellement sous forme de chaleur dissipée dans l'environnement. Quantifier ces pertes, c'est calculer un rendement.

ConversionRendement typique
Alternateur (mécanique → électrique)environ 98 %
Moteur électrique (électrique → mécanique)environ 90 %
Centrale thermique complète (chimique → électrique)35 à 40 %
Moteur thermique de voiture (chimique → mécanique)30 à 35 %
Panneau photovoltaïque (rayonnement → électrique)environ 20 %
Lampe LED (électrique → lumière)environ 40 %, contre environ 5 % pour une lampe à incandescence

Le vrai talon d'Achille : le stockage
L'électricité ne se stocke pas en tant que telle. Sur un réseau, la production doit donc équilibrer la consommation à chaque instant, sous peine de panne généralisée. Pour stocker, il faut convertir vers une autre forme d'énergie, puis reconvertir — avec des pertes à chaque passage :
énergie chimique dans les batteries (rendement d'environ 90 %, mais capacité limitée et matériaux critiques) ;
énergie potentielle de pesanteur dans les stations de transfert d'énergie par pompage (STEP), où l'on remonte de l'eau dans un bassin d'altitude aux heures creuses pour la turbiner aux heures de pointe (rendement d'environ 75 à 80 %) ;
hydrogène produit par électrolyse puis reconverti en électricité (rendement global souvent inférieur à 40 %).

C'est ce problème de stockage qui rend l'intermittence des énergies renouvelables si structurante. Une éolienne ne produit que lorsque le vent souffle, un panneau solaire ne produit rien la nuit. On caractérise cela par le facteur de charge : le rapport entre l'énergie réellement produite sur une année et celle qu'on aurait obtenue en fonctionnant à pleine puissance en permanence. Il vaut environ 25 % pour l'éolien terrestre et environ 14 % pour le solaire en France, contre plus de 70 % pour le nucléaire. Un parc éolien de 100 MW ne fournit donc pas 100 MW en continu : il produit en moyenne l'équivalent de 25 MW.

Exercices corrigés

  1. Comment se calcule le rendement d'une conversion d'énergie ?

    • A.En additionnant l'énergie utile et l'énergie perdue
    • B.En divisant l'énergie utile par l'énergie absorbéeBonne réponse
    • C.En divisant l'énergie absorbée par l'énergie utile
    • D.En multipliant la puissance par la durée

    Réponse : B — En divisant l'énergie utile par l'énergie absorbée

    Le rendement s'écrit η = E_utile / E_absorbée : c'est la part de ce qui entre qu'on récupère effectivement sous la forme voulue. C'est un nombre sans unité compris entre 0 et 1. La troisième option inverse la fraction et donnerait toujours un nombre supérieur à 1, ce qui est physiquement impossible. Quant à la dernière, elle décrit le calcul d'une énergie, E = P × t, pas d'un rendement.

  2. Quelle part les combustibles fossiles représentent-ils dans le mix énergétique mondial ?

    • A.Environ 20 %
    • B.Environ 50 %
    • C.Environ 80 %Bonne réponse
    • D.Moins de 10 %

    Réponse : C — Environ 80 %

    Pétrole, charbon et gaz fournissent encore environ 80 % de l'énergie primaire consommée dans le monde. Cette proportion n'a que très peu bougé depuis trente ans, malgré la croissance rapide des renouvelables : c'est la consommation totale qui a augmenté en même temps. Attention à ne pas confondre avec le mix ÉLECTRIQUE français, très décarboné : l'électricité ne représente qu'une fraction de l'énergie consommée.

  3. Une ampoule de 60 W reste allumée pendant 5 heures. Quelle énergie a-t-elle consommée ?

    • A.300 kWh
    • B.0,3 kWhBonne réponse
    • C.12 kWh
    • D.3 kWh

    Réponse : B — 0,3 kWh

    Applique E = P × t en unités cohérentes : P = 60 W = 0,060 kW, donc E = 0,060 × 5 = 0,30 kWh. On peut aussi calculer en wattheures : 60 × 5 = 300 Wh, puis convertir en divisant par 1000, ce qui redonne 0,3 kWh. Répondre 300 kWh, c'est justement oublier cette division par 1000 — une erreur qui multiplie le résultat par mille. Répondre 12 kWh reviendrait à diviser 60 par 5 au lieu de multiplier.

  4. Une centrale reçoit une puissance thermique de 1000 MW et produit une puissance électrique de 380 MW. Quel est son rendement ?

    • A.2,6 %
    • B.62 %
    • C.38 %Bonne réponse
    • D.380 %

    Réponse : C — 38 %

    η = P_utile / P_absorbée = 380 / 1000 = 0,38, soit 38 %. Cette valeur est typique d'une centrale thermique : environ deux tiers de l'énergie partent en chaleur dans les fumées et le circuit de refroidissement. Répondre 62 %, c'est donner la part PERDUE au lieu de la part utile. Répondre 2,6 %, c'est inverser la fraction — et un rendement supérieur à 100 % comme 380 % violerait purement et simplement la conservation de l'énergie.

  5. Une chaîne comporte deux conversions successives, de rendements 0,90 puis 0,40. Quel est le rendement global ?

    • A.0,36Bonne réponse
    • B.1,30
    • C.0,65
    • D.0,50

    Réponse : A — 0,36

    Les rendements d'une chaîne se MULTIPLIENT : η = 0,90 × 0,40 = 0,36, soit 36 %. La logique est simple : sur 100 unités entrantes, il en sort 90 après le premier étage, puis 0,40 × 90 = 36 après le second. Répondre 1,30 revient à les additionner, ce qui donnerait un rendement supérieur à 1 — impossible. Répondre 0,65, c'est en faire la moyenne. Contrôle imparable : le rendement global est toujours inférieur au plus petit rendement de la chaîne, ici 0,40.

  6. Une STEP remonte 3,6 × 10⁶ kg d'eau dans un bassin situé 100 m plus haut (g = 10 N/kg). Quelle énergie a-t-elle stockée, exprimée en kWh ?

    • A.360 kWh
    • B.1000 kWhBonne réponse
    • C.3600 kWh
    • D.100 kWh

    Réponse : B — 1000 kWh

    Calcule d'abord l'énergie potentielle de pesanteur : E = m × g × h = 3,6 × 10⁶ × 10 × 100 = 3,6 × 10⁹ J. Convertis ensuite en kWh en divisant par 3,6 × 10⁶ : 3,6 × 10⁹ / (3,6 × 10⁶) = 1000 kWh, soit 1 MWh. Le piège consiste à oublier la conversion et à répondre en gardant des chiffres bruts. Retiens l'ordre de grandeur : 3600 tonnes d'eau montées de 100 m ne stockent que 1 MWh — c'est peu, et cela montre pourquoi le stockage massif d'électricité est un tel défi.

  7. Une commune remplace 1000 kWh d'électricité produite au charbon (1000 g CO2/kWh) par de l'électricité éolienne (12 g CO2/kWh). Quelle masse de CO2 est évitée ?

    • A.1000 kg
    • B.988 kgBonne réponse
    • C.12 kg
    • D.988 g

    Réponse : B — 988 kg

    Procède en trois temps. Avec le charbon : 1000 kWh × 1000 g/kWh = 1 000 000 g = 1000 kg. Avec l'éolien : 1000 kWh × 12 g/kWh = 12 000 g = 12 kg. L'économie vaut donc 1000 − 12 = 988 kg, soit près d'une tonne. Deux pièges cohabitent ici : répondre 1000 kg revient à oublier que l'éolien n'est pas à zéro, et répondre 988 g revient à rater la conversion des grammes en kilogrammes. Vérifie toujours l'ordre de grandeur final : une tonne de CO2 pour 1000 kWh au charbon, c'est un repère commode à mémoriser.

  8. Quelle est l'unité d'énergie du système international ?

    • A.Le watt
    • B.Le kilowattheure
    • C.Le jouleBonne réponse
    • D.L'ampère

    Réponse : C — Le joule

    L'énergie se mesure en joules (J) dans le système international. Le watt est l'unité de PUISSANCE, c'est-à-dire d'énergie par unité de temps : 1 W = 1 J/s. Le kilowattheure est bien une unité d'énergie, très pratique au quotidien, mais ce n'est pas une unité du système international. Quant à l'ampère, il mesure une intensité de courant.

  9. À combien de joules correspond 1 kWh ?

    • A.3,6 × 10⁶ JBonne réponse
    • B.1000 J
    • C.3600 J
    • D.1 × 10⁹ J

    Réponse : A — 3,6 × 10⁶ J

    Refais le calcul plutôt que d'apprendre par cœur : 1 kW = 1000 W et 1 h = 3600 s, donc E = 1000 × 3600 = 3,6 × 10⁶ J, soit 3,6 MJ. Répondre 3600 J, c'est oublier le facteur 1000 du kilo ; répondre 1000 J, c'est oublier la conversion des heures en secondes. Cette relation te servira dans presque tous les exercices d'énergie.

  10. Parmi ces ressources, laquelle est renouvelable ?

    • A.Le charbon
    • B.L'uranium
    • C.Le gaz naturel
    • D.L'énergie hydrauliqueBonne réponse

    Réponse : D — L'énergie hydraulique

    Une ressource est renouvelable si elle se reconstitue à l'échelle de temps humaine. L'eau des barrages est renouvelée en permanence par le cycle de l'eau, lui-même entretenu par le Soleil : l'hydraulique est donc renouvelable. Le charbon et le gaz sont des stocks fossiles formés en millions d'années. L'uranium est lui aussi un stock : le nucléaire est décarboné, mais pas renouvelable — c'est une distinction que les correcteurs attendent.

  11. Pourquoi dit-on que l'électricité est un vecteur d'énergie et non une source d'énergie ?

    • A.Parce qu'elle n'existe pas dans la nature sous forme exploitable : il faut la produire à partir d'une source primaireBonne réponse
    • B.Parce qu'elle se déplace le long de vecteurs orientés dans les câbles
    • C.Parce qu'elle ne transporte que très peu d'énergie
    • D.Parce qu'elle ne peut alimenter que des appareils électroniques

    Réponse : A — Parce qu'elle n'existe pas dans la nature sous forme exploitable : il faut la produire à partir d'une source primaire

    Une source primaire se trouve telle quelle dans la nature : le vent, le rayonnement solaire, l'uranium, le charbon. L'électricité, elle, doit toujours être produite à partir de l'une d'entre elles. Elle transporte et distribue l'énergie, d'où le mot vecteur. Conséquence majeure : son bilan carbone n'est pas une propriété de l'électricité elle-même, mais du mix qui l'a produite.

  12. Quelle est la différence entre énergie primaire et énergie finale ?

    • A.L'énergie primaire est électrique, l'énergie finale est thermique
    • B.L'énergie primaire concerne l'industrie, l'énergie finale les particuliers
    • C.Il n'y a aucune différence, ce sont deux noms pour la même grandeur
    • D.L'énergie primaire est celle contenue dans la ressource brute, l'énergie finale celle effectivement livrée à l'utilisateur après conversion et transportBonne réponse

    Réponse : D — L'énergie primaire est celle contenue dans la ressource brute, l'énergie finale celle effectivement livrée à l'utilisateur après conversion et transport

    L'énergie primaire, c'est le charbon dans la mine, le vent, l'uranium. L'énergie finale, c'est l'électricité au compteur ou le carburant à la pompe. Entre les deux, il a fallu convertir et transporter, donc perdre une partie de l'énergie sous forme de chaleur. C'est pourquoi la consommation d'énergie primaire d'un pays est toujours nettement supérieure à sa consommation d'énergie finale — et l'écart mesure justement l'efficacité de son système énergétique.

S'entraîner sur ce chapitre

Ce chapitre compte 37 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

Commencer les exercices