Aller au contenu

États et religions : laïcité et débats contemporains

Première · HGGSP · Analyser les relations entre États et religions

HGGSP

La laïcité française face aux défis contemporains

Depuis 1905, la laïcité française a dû s'adapter à de nouveaux contextes : école obligatoire, immigration, mondialisation des religions, terrorisme se réclamant du religieux. Cette fiche étudie comment le principe de neutralité de l'État est mis à l'épreuve par des débats concrets, en particulier autour de l'école et des signes religieux.

L'école, sanctuaire de la neutralité

L'école publique est, depuis les lois Ferry (1881-1882), un lieu central d'application de la laïcité : l'enseignement y est gratuit, obligatoire et laïque. Les enseignants, en tant qu'agents de l'État, doivent respecter une stricte neutralité religieuse dans l'exercice de leurs fonctions. La question des élèves est différente : ils bénéficient de la liberté de conscience, mais celle-ci a été encadrée par la loi.

Le foulard islamique : trois décennies de débat

Le débat sur le port du voile à l'école commence dès 1989, avec « l'affaire du foulard de Creil » : trois collégiennes sont exclues pour avoir refusé de retirer leur foulard. Le Conseil d'État est saisi et rend un avis nuancé, autorisant le port de signes religieux discrets mais interdisant les signes « ostentatoires » ou perturbant l'ordre scolaire. La loi de 2004 vient trancher plus clairement ce débat en interdisant tout signe religieux ostensible à l'école.

AnnéeÉvénementPortée
1989Affaire du foulard de CreilPremier grand débat public sur le voile à l'école
2004Loi sur les signes religieux ostensiblesInterdiction à l'école publique (primaire, collège, lycée)
2010Loi sur la dissimulation du visage dans l'espace publicInterdiction de la burqa et du niqab dans l'espace public
2021Loi confortant le respect des principes de la RépubliqueRenforcement de la lutte contre le séparatisme religieux

Espace public et neutralité : la loi de 2010

En 2010, une loi interdit la dissimulation du visage dans l'espace public (rues, transports, commerces), visant en particulier le port du voile intégral (burqa, niqab). Contrairement à la loi de 2004, cette loi s'applique à tous les citoyens, pas seulement aux élèves des écoles publiques : l'argument avancé n'est pas religieux mais lié à l'ordre public et à l'identification des personnes.

HGGSP

Religion, terrorisme et enjeux géopolitiques contemporains

La religion n'est pas seulement un enjeu de politique intérieure : elle structure aussi des tensions internationales majeures. Cette fiche étudie comment des mouvements se réclamant de la religion instrumentalisent le sacré à des fins politiques, et comment les États cherchent à répondre à ces défis tout en respectant la liberté de croyance.

Le terrorisme se réclamant du religieux : un abus du sacré

Depuis les années 1990-2000, des groupes comme Al-Qaïda puis l'État islamique (Daech) commettent des attentats en se réclamant d'une interprétation radicale et déformée de l'islam. Ces groupes ne représentent pas la religion musulmane dans son ensemble — condamnée par l'immense majorité des musulmans et des autorités religieuses — mais instrumentalisent le religieux à des fins politiques : conquête territoriale, imposition d'un ordre théocratique violent, recrutement international.

Distinguer religion, radicalisation et terrorisme

Il est essentiel de distinguer trois notions souvent confondues dans le débat public : la religion elle-même (un système de croyances et de pratiques), la radicalisation (un processus d'adhésion à des idées extrémistes, qui peut être religieuse ou non) et le terrorisme (l'usage de la violence à des fins politiques). Un individu peut être pratiquant sans être radicalisé, et la radicalisation elle-même ne mène pas nécessairement au terrorisme.

Religion et géopolitique : quelques foyers de tension

Plusieurs conflits contemporains ont une dimension religieuse, sans s'y réduire : le conflit israélo-palestinien mêle enjeux territoriaux et religieux autour de lieux saints (Jérusalem) ; la rivalité entre l'Arabie saoudite (sunnite) et l'Iran (chiite) structure une partie de la géopolitique du Moyen-Orient ; en Inde, les tensions entre hindous et musulmans nourrissent des violences intercommunautaires récurrentes. Dans tous ces cas, la religion s'entremêle à des enjeux de pouvoir, de territoire et d'identité nationale.

ZoneActeurs religieux en tensionEnjeu associé
Moyen-OrientSunnites (Arabie saoudite) / Chiites (Iran)Influence régionale, leadership du monde musulman
Proche-OrientJuifs, musulmans, chrétiensStatut de Jérusalem, lieux saints
IndeHindous / MusulmansNationalisme religieux, statut des minorités
SahelGroupes djihadistes / ÉtatsContrôle territorial, instabilité politique

Exercices corrigés

  1. Pourquoi est-il incorrect d'assimiler l'ensemble des musulmans aux groupes terroristes comme Daech ?

    • A.Parce que Daech n'a jamais existé en tant qu'organisation réelle, et ne serait qu'une invention entièrement fabriquée par les médias occidentaux
    • B.Parce que l'islam est une religion trop récente pour avoir eu le temps de développer des courants radicaux comparables à ceux de Daech
    • C.Parce que Daech instrumentalise une interprétation radicale de l'islam à des fins politiques, condamnée par la grande majorité des musulmansBonne réponse
    • D.Parce que Daech est en réalité un mouvement chrétien extrémiste qui se sert à tort du vocabulaire et des symboles de l'islam pour tromper l'opinion

    Réponse : C — Parce que Daech instrumentalise une interprétation radicale de l'islam à des fins politiques, condamnée par la grande majorité des musulmans

    Daech instrumentalise une lecture radicale et déformée de l'islam pour justifier une entreprise politique et violente, largement condamnée par les autorités religieuses musulmanes et l'immense majorité des croyants. Le groupe a bien existé (et existe encore sous forme réduite), l'islam n'est pas une religion « récente » à l'échelle historique, et Daech se réclame évidemment de l'islam, pas du christianisme.

  2. En France, le blasphème (critique ou caricature d'une religion) est-il un délit ?

    • A.Oui, depuis 1905, une loi qui aurait au contraire renforcé les sanctions contre le blasphème
    • B.Non, il n'est plus un délit depuis la loi de 1881 sur la liberté de la presseBonne réponse
    • C.Oui, mais seulement pour l'islam, qui aurait une protection légale que les autres religions n'auraient pas
    • D.Non, car en réalité aucune religion n'existe légalement en France depuis la loi de 1905

    Réponse : B — Non, il n'est plus un délit depuis la loi de 1881 sur la liberté de la presse

    Depuis la loi de 1881 sur la liberté de la presse, le blasphème n'est plus un délit en France : critiquer ou caricaturer une religion est légal, au nom de la liberté d'expression, tant que cela ne constitue pas une injure ou une incitation à la haine visant des personnes. Cette règle ne fait pas d'exception pour une religion en particulier, et les religions existent bien légalement en France (via les associations cultuelles depuis 1905), même sans statut officiel de « religion d'État ».

  3. Quelle différence essentielle sépare la radicalisation du terrorisme ?

    • A.La radicalisation est un processus d'adhésion à des idées extrémistes, qui ne mène pas toujours à des actes de violenceBonne réponse
    • B.Ce sont des synonymes parfaits, la radicalisation désignant simplement le processus menant à un acte terroriste
    • C.Le terrorisme précède toujours la radicalisation, qui n'intervient qu'après le passage à l'acte violent
    • D.La radicalisation concerne uniquement les religions monothéistes, les idéologies politiques n'entraînant jamais un tel processus

    Réponse : A — La radicalisation est un processus d'adhésion à des idées extrémistes, qui ne mène pas toujours à des actes de violence

    La radicalisation désigne un processus d'adhésion progressive à des idées extrémistes ; elle peut rester purement idéologique et ne débouche pas systématiquement sur des actes terroristes, qui impliquent l'usage effectif de la violence à des fins politiques. Ce ne sont donc pas des synonymes, la radicalisation précède logiquement (et non l'inverse) un éventuel passage à l'acte, et elle peut concerner des idéologies non religieuses (politiques, complotistes) tout autant que religieuses.

  4. Que visait précisément la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » ?

    • A.Interdire purement et simplement toute pratique de la religion musulmane sur l'ensemble du territoire national
    • B.Abroger totalement la loi de 1905 qui organisait jusqu'alors la séparation des Églises et de l'État en France
    • C.Rendre le catholicisme religion officielle et obligatoire de l'État français, comme cela existait avant 1905
    • D.Renforcer le contrôle des associations et lieux de culte pour lutter contre le séparatisme, sans viser une religion en particulierBonne réponse

    Réponse : D — Renforcer le contrôle des associations et lieux de culte pour lutter contre le séparatisme, sans viser une religion en particulier

    Cette loi de 2021 renforce le contrôle des associations (notamment via un « contrat d'engagement républicain ») et des lieux de culte, dans le but de lutter contre le séparatisme, sans cibler juridiquement une religion précise. Elle n'interdit aucune religion, ne touche pas à la loi de 1905 (qu'elle complète plutôt) et ne crée aucune religion d'État, ce qui serait contraire au principe même de laïcité.

  5. Que dit la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux ?

    • A.Elle interdit le port de signes religieux ostensibles aux élèves des écoles publiquesBonne réponse
    • B.Elle interdit tout signe religieux dans l'espace public
    • C.Elle concerne uniquement les enseignants
    • D.Elle autorise tous les signes religieux à l'école

    Réponse : A — Elle interdit le port de signes religieux ostensibles aux élèves des écoles publiques

    La loi du 15 mars 2004 interdit, dans les écoles, collèges et lycées publics, le port par les élèves de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. Elle ne s'applique pas à tout l'espace public (c'est la loi de 2010 qui vise la dissimulation du visage), ne concerne pas les enseignants (déjà soumis à la neutralité en tant qu'agents de l'État) et n'autorise donc pas « tous » les signes religieux.

  6. Que garantit le principe de laïcité pour les élèves à l'école publique ?

    • A.Aucune liberté de conscience
    • B.La liberté de conscience, encadrée par la loi pour les signes ostensiblesBonne réponse
    • C.L'obligation de pratiquer une religion
    • D.L'interdiction d'enseigner l'histoire des religions

    Réponse : B — La liberté de conscience, encadrée par la loi pour les signes ostensibles

    Les élèves bénéficient de la liberté de conscience, mais celle-ci est encadrée : la loi de 2004 interdit les signes religieux ostensibles pour préserver la neutralité du cadre scolaire. Cela ne signifie ni l'absence totale de liberté, ni une obligation religieuse, et l'histoire des religions reste bien enseignée en cours d'histoire ou d'EMC.

  7. Quel événement, en 1989, marque le début du grand débat public sur le voile à l'école en France ?

    • A.La loi de 1905
    • B.Les attentats de 2015
    • C.L'affaire du foulard de CreilBonne réponse
    • D.Le Concordat

    Réponse : C — L'affaire du foulard de Creil

    En 1989, l'exclusion de trois collégiennes portant le foulard au collège de Creil déclenche « l'affaire du foulard de Creil », premier grand débat national sur ce sujet, quinze ans avant la loi de 2004. La loi de 1905 est bien antérieure (séparation des Églises et de l'État), les attentats de 2015 sont un événement distinct et postérieur, et le Concordat date de 1801.

  8. Que vise principalement la loi de 2010 sur la dissimulation du visage ?

    • A.Le port du voile simple à l'école
    • B.Le port de la kippa dans les administrations
    • C.L'interdiction des processions religieuses
    • D.La dissimulation totale du visage dans l'espace publicBonne réponse

    Réponse : D — La dissimulation totale du visage dans l'espace public

    La loi de 2010 interdit la dissimulation totale du visage (burqa, niqab) dans l'espace public, pour l'ensemble des citoyens, au nom de l'ordre public et de l'identification des personnes. Elle ne concerne pas le voile simple à l'école (c'est la loi de 2004), ne mentionne pas spécifiquement la kippa, et n'interdit pas les processions religieuses en tant que telles.

  9. Que désigne le terme de « séparatisme » dans le débat public français récent ?

    • A.La séparation des Églises et de l'État en 1905
    • B.La volonté de certains groupes de faire prévaloir des règles religieuses sur les lois de la RépubliqueBonne réponse
    • C.La partition politique d'un territoire
    • D.L'indépendance d'une colonie

    Réponse : B — La volonté de certains groupes de faire prévaloir des règles religieuses sur les lois de la République

    Dans le débat contemporain, le « séparatisme » désigne la volonté de certains individus ou groupes de faire primer des règles religieuses sur les lois communes de la République dans certains espaces, notion visée par la loi du 24 août 2021. Ce n'est pas la loi de 1905 (déjà ancienne et distincte), ni une partition territoriale, ni une indépendance coloniale.

  10. Quelle rivalité religieuse structure une partie de la géopolitique du Moyen-Orient contemporain ?

    • A.Sunnites (Arabie saoudite) contre chiites (Iran)Bonne réponse
    • B.Catholiques contre protestants
    • C.Hindous contre bouddhistes
    • D.Anglicans contre orthodoxes

    Réponse : A — Sunnites (Arabie saoudite) contre chiites (Iran)

    La rivalité entre l'Arabie saoudite, puissance sunnite, et l'Iran, puissance chiite, structure une partie importante des tensions géopolitiques régionales au Moyen-Orient (guerres par procuration, influence sur les mouvements armés). Les rivalités catholiques-protestants ou anglicans-orthodoxes concernent l'histoire européenne, et l'opposition hindous-bouddhistes n'est pas un foyer de tension majeur au Moyen-Orient.

  11. Un enseignant du public peut-il, en théorie, porter un signe religieux visible pendant son enseignement ?

    • A.Oui, sans restriction, comme n'importe quel citoyen
    • B.Seulement le mercredi
    • C.Uniquement s'il enseigne l'histoire des religions
    • D.Non, car il est soumis à la neutralité religieuse en tant qu'agent de l'ÉtatBonne réponse

    Réponse : D — Non, car il est soumis à la neutralité religieuse en tant qu'agent de l'État

    En tant qu'agent de l'État, l'enseignant du public est soumis à une stricte obligation de neutralité religieuse, plus contraignante que celle des élèves : il ne peut afficher aucun signe religieux dans l'exercice de ses fonctions. Cette règle ne dépend ni du jour de la semaine, ni de la matière enseignée.

  12. Pourquoi le Conseil d'État a-t-il précisé, en 2013, que les mères accompagnatrices scolaires portant un foulard ne peuvent pas être systématiquement exclues des sorties ?

    • A.Parce que la loi de 2004 les protège explicitement
    • B.Parce que la loi de 2004 a été abrogée en 2013
    • C.Parce qu'elles sont des usagers du service public et non des agents de l'État soumis à la neutralitéBonne réponse
    • D.Parce qu'elles sont considérées comme des enseignantes

    Réponse : C — Parce qu'elles sont des usagers du service public et non des agents de l'État soumis à la neutralité

    Les parents accompagnateurs sont des usagers du service public, pas des agents de l'État : ils ne sont donc pas soumis à la même obligation de neutralité que les enseignants, ni à l'interdiction des signes ostensibles qui vise les élèves (loi de 2004). Cette loi ne les protège donc pas explicitement, n'a pas été abrogée, et ils ne sont évidemment pas assimilés à des enseignants.

S'entraîner sur ce chapitre

Ce chapitre compte 35 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

Commencer les exercices