Tragédie et comédie classiques
Seconde · Français · Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle
Le théâtre
Les règles classiques et la tragédie
L'objet d'étude « Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle » s'ouvre logiquement par l'âge d'or du théâtre classique, au XVIIe siècle. Deux genres dominent alors la scène française : la tragédie, portée par Corneille et Racine, et la comédie, incarnée par Molière. Comprendre leurs codes est indispensable pour analyser aussi bien ces pièces que le théâtre plus récent, qui s'en inspire ou s'y oppose.
Les règles du théâtre classique
Les dramaturges classiques doivent respecter des règles strictes : la règle des trois unités (temps, lieu, action), la vraisemblance (ce qui est raconté doit paraître crédible au spectateur) et la bienséance (rien de choquant ne doit être montré directement sur scène : la violence et la mort se racontent, elles ne se voient pas).
| Unité | Ce qu'elle impose |
|---|---|
| Temps | L'action se déroule en 24 heures au maximum |
| Lieu | Toute la pièce se déroule dans un seul et même endroit |
| Action | Une seule intrigue principale, sans intrigue secondaire qui la parasite |
La tragédie : la fatalité en action
La tragédie met en scène des personnages de haut rang (rois, princes, héros mythologiques ou historiques) confrontés à un conflit qu'ils ne peuvent éviter : un choix impossible entre deux devoirs opposés (le célèbre dilemme cornélien, entre amour et honneur par exemple), ou une passion dévorante qui les mène à leur perte, comme chez Racine. Le dénouement est généralement funeste : mort, exil ou renoncement douloureux. Le spectateur éprouve crainte et pitié — c'est la catharsis, une purgation des passions par le spectacle, selon la théorie héritée d'Aristote.
Le théâtre
La comédie classique : rire et satire sociale
À l'opposé de la tragédie, la comédie fait rire tout en observant la société. Molière, dramaturge et comédien du XVIIe siècle, en est le maître incontesté avec des pièces comme Le Tartuffe, L'Avare ou Le Malade imaginaire. Sa devise pourrait être résumée par la formule latine castigat ridendo mores : « corriger les mœurs par le rire ».
Les procédés comiques
| Type de comique | Exemple de procédé |
|---|---|
| Comique de mots | Jeux de mots, répétitions, déformations du langage |
| Comique de gestes | Mimiques, chutes, gestes exagérés sur scène |
| Comique de situation | Quiproquo, malentendu, coïncidence improbable |
| Comique de caractère | Un défaut de personnalité poussé à l'excès (avarice, hypocrisie, jalousie...) |
La comédie de mœurs et de caractère chez Molière
Molière renouvelle la comédie de son temps en construisant des pièces autour d'un défaut humain incarné par un personnage central : l'avarice pour Harpagon dans L'Avare, l'hypocrisie religieuse pour Tartuffe, l'hypocondrie pour Argan dans Le Malade imaginaire. Ce sont des comédies de caractère. Mais Molière peint aussi les mœurs de son époque — le mariage arrangé, la médecine, la religion — ce qui en fait également des comédies de mœurs, porteuses d'une critique sociale sous le rire.
Exercices corrigés
Quel dramaturge français du XVIIe siècle est le plus associé à la comédie et au rire correcteur des mœurs ?
- A.MolièreBonne réponse
- B.Racine
- C.Corneille
- D.Voltaire
Réponse : A — Molière
Molière (1622-1673) est le grand maître de la comédie classique française, avec des pièces comme Le Tartuffe, L'Avare ou Le Malade imaginaire. Racine et Corneille, eux, sont surtout associés à la tragédie. Voltaire est un auteur du XVIIIe siècle, hors de la période classique du XVIIe siècle.
Quelle règle classique impose qu'une pièce se déroule en 24 heures maximum ?
- A.L'unité de lieu
- B.L'unité de tempsBonne réponse
- C.L'unité d'action
- D.La bienséance
Réponse : B — L'unité de temps
L'unité de temps est la règle classique qui limite la durée de l'action représentée à 24 heures au maximum, pour renforcer la vraisemblance et la tension dramatique. L'unité de lieu concerne le décor, l'unité d'action l'intrigue, et la bienséance ce qui peut être montré sur scène.
Quelle règle classique impose qu'une pièce ait une seule intrigue principale ?
- A.L'unité de temps
- B.L'unité de lieu
- C.L'unité d'actionBonne réponse
- D.La vraisemblance
Réponse : C — L'unité d'action
L'unité d'action exige que la pièce se concentre sur une seule intrigue principale, sans sous-intrigue qui viendrait la parasiter ou disperser l'attention du spectateur. C'est l'une des trois unités classiques, avec le temps et le lieu.
Quel type de personnages retrouve-t-on typiquement au centre d'une tragédie classique ?
- A.Des paysans anonymes, comme dans les comédies plutôt que dans les tragédies
- B.Des animaux personnifiés, comme dans les fables de La Fontaine
- C.Des enfants, rarement mis en scène dans le théâtre classique
- D.Des personnages de haut rang (rois, princes, héros), au destin exceptionnelBonne réponse
Réponse : D — Des personnages de haut rang (rois, princes, héros), au destin exceptionnel
La tragédie classique met en scène des personnages de haut rang — rois, princes, héros mythologiques ou historiques — dont les décisions engagent souvent le destin d'un royaume ou d'un peuple entier, ce qui donne à leurs dilemmes une portée dramatique exceptionnelle.
Comment appelle-t-on le vers de douze syllabes très utilisé dans la tragédie classique ?
- A.L'alexandrinBonne réponse
- B.L'octosyllabe
- C.Le décasyllabe
- D.Le sonnet
Réponse : A — L'alexandrin
L'alexandrin est un vers de douze syllabes, très employé dans la tragédie classique pour son rythme ample et solennel. L'octosyllabe compte huit syllabes, le décasyllabe dix, et le sonnet n'est pas un type de vers mais une forme poétique de quatorze vers.
Le « dilemme cornélien » désigne :
- A.Une erreur de mise en scène récurrente que l'on reproche aux pièces de Corneille
- B.Un jeu de mots ou un quiproquo, procédé typique des situations comiques au théâtre
- C.Une règle de bienséance imposée aux auteurs, comme l'interdiction de la violence sur scène
- D.Un choix impossible entre deux devoirs ou valeurs opposées, comme l'amour et l'honneurBonne réponse
Réponse : D — Un choix impossible entre deux devoirs ou valeurs opposées, comme l'amour et l'honneur
Le dilemme cornélien, nommé d'après Corneille, désigne le choix impossible auquel est confronté un héros tragique entre deux exigences également légitimes et contradictoires — typiquement l'amour et l'honneur, ou l'amour et le devoir familial. Quel que soit son choix, le personnage y perd quelque chose d'essentiel.
Qu'est-ce qu'un quiproquo, procédé fréquent dans la comédie ?
- A.Un monologue tragique, moment de solitude et de doute réservé aux personnages de tragédie
- B.Un malentendu où un personnage se trompe sur une situation ou une identité, provoquant des situations comiquesBonne réponse
- C.Un vers de douze syllabes, la définition de l'alexandrin utilisé au théâtre classique
- D.Une règle de bienséance, principe classique qui interdit de montrer la violence sur scène
Réponse : B — Un malentendu où un personnage se trompe sur une situation ou une identité, provoquant des situations comiques
Le quiproquo est un malentendu comique fondé sur un écart entre ce que sait le spectateur et ce que croient les personnages : une identité confondue, une phrase mal comprise. Il crée un effet comique en jouant sur les fausses interprétations d'un ou plusieurs personnages.
En quoi une comédie de caractère se distingue-t-elle d'une comédie de mœurs ?
- A.Elles sont rigoureusement identiques, sans aucune différence de sujet, de ton ni de procédé comique entre ces deux formes de comédie
- B.La comédie de caractère se joue toujours en vers, la comédie de mœurs s'écrit toujours en prose, sans aucune exception chez Molière
- C.La comédie de caractère s'organise autour d'un défaut de personnalité exagéré chez un personnage, la comédie de mœurs critique plus largement les usages d'une sociétéBonne réponse
- D.Seule la comédie de mœurs fait rire, la comédie de caractère étant réservée à un public plus sérieux, jamais comique du tout
Réponse : C — La comédie de caractère s'organise autour d'un défaut de personnalité exagéré chez un personnage, la comédie de mœurs critique plus largement les usages d'une société
La comédie de caractère se centre sur un défaut individuel poussé à l'excès (l'avarice d'Harpagon, l'hypocondrie d'Argan), tandis que la comédie de mœurs vise plus largement les usages et les institutions d'une société (le mariage arrangé, la médecine de l'époque). Chez Molière, les deux dimensions se combinent souvent dans une même pièce.
Une scène de tragédie montre un roi hésitant entre sauver son fils et respecter une loi qu'il a lui-même promulguée, sachant que l'un ou l'autre choix causera sa propre destruction. Quel élément constitutif du tragique classique cette scène illustre-t-elle le mieux ?
- A.Un simple comique de situation, comme un déguisement ou une porte qui claque au mauvais moment
- B.Le dilemme tragique, où le personnage est pris entre deux exigences contradictoires sans issue satisfaisanteBonne réponse
- C.Une règle de bienséance, qui interdit de montrer la violence ou la mort directement sur scène
- D.Un quiproquo comique, où un personnage prend une personne pour une autre par erreur
Réponse : B — Le dilemme tragique, où le personnage est pris entre deux exigences contradictoires sans issue satisfaisante
Cette scène illustre exactement le dilemme tragique : le roi ne peut satisfaire à la fois son rôle de père et son rôle de souverain garant de la loi. Quelle que soit son issue, la décision entraînera une perte irréparable — c'est cette absence de solution satisfaisante qui constitue le cœur du tragique classique.
En quoi le comique de caractère chez Molière peut-il receler une dimension presque tragique ?
- A.Ce n'est jamais le cas : le comique de caractère resterait toujours purement léger et distrayant, sans jamais laisser transparaître la moindre souffrance ni la moindre aliénation chez le personnage visé
- B.Parce que Molière n'écrit que des tragédies en vers, un genre théâtral où le comique de caractère et les travers humains n'auraient, par définition, strictement aucune place
- C.Parce que le comique de caractère utilise toujours l'alexandrin, cette forme versifiée en réalité réservée aux tragédies classiques et totalement absente des comédies de Molière
- D.Parce qu'un défaut poussé à l'excès (avarice, jalousie, hypocondrie) isole et aliène le personnage, proche par certains aspects de la fatalité qui frappe un héros tragique, même si le dénouement reste comiqueBonne réponse
Réponse : D — Parce qu'un défaut poussé à l'excès (avarice, jalousie, hypocondrie) isole et aliène le personnage, proche par certains aspects de la fatalité qui frappe un héros tragique, même si le dénouement reste comique
Un personnage comme Harpagon, prisonnier de son avarice, ou Argan, prisonnier de son hypocondrie, subit son défaut presque comme une fatalité : il ne peut s'en défaire, ce qui l'isole des autres et le pousse à des comportements absurdes. Cette dimension, proche de la fatalité tragique, coexiste avec le rire, sans jamais transformer la pièce en tragédie, puisque le dénouement reste comique.
Un personnage de comédie répète inlassablement la même expression ridicule à chaque scène, provoquant le rire par accumulation. À quel type de comique appartient principalement ce procédé ?
- A.Comique de mots, par la répétition et l'effet de systématismeBonne réponse
- B.Comique de gestes uniquement, comme les mimiques ou les chutes
- C.Comique de caractère uniquement, sans lien avec le langage
- D.Bienséance, principe qui interdit de représenter certaines scènes choquantes
Réponse : A — Comique de mots, par la répétition et l'effet de systématisme
La répétition systématique d'une même expression relève avant tout du comique de mots : c'est le langage lui-même, par son caractère mécanique et prévisible, qui déclenche le rire à chaque nouvelle occurrence. Ce procédé peut se combiner avec un trait de caractère, mais son ressort principal reste linguistique.
Pourquoi la censure du Tartuffe illustre-t-elle une tension propre au théâtre classique entre les règles de bienséance et l'ambition satirique de la comédie ?
- A.Il n'y a aucune tension : la bienséance et l'ambition satirique de la comédie sont toujours parfaitement compatibles, quel que soit le sujet traité sur une scène classique
- B.Parce que critiquer des institutions ou des travers reconnaissables (comme l'hypocrisie religieuse) pouvait heurter les autorités et les bienséances sociales de l'époque, malgré le respect des règles formelles de la comédieBonne réponse
- C.Parce que Le Tartuffe ne respectait pas l'unité de temps, contrairement aux autres règles classiques que Molière observait pourtant scrupuleusement par ailleurs
- D.Parce que Molière n'était pas un dramaturge reconnu à l'époque, contrairement à ses contemporains dont les pièces étaient jouées sans aucune difficulté par les troupes royales
Réponse : B — Parce que critiquer des institutions ou des travers reconnaissables (comme l'hypocrisie religieuse) pouvait heurter les autorités et les bienséances sociales de l'époque, malgré le respect des règles formelles de la comédie
Le Tartuffe respecte pourtant les règles formelles classiques (unités, alexandrins, structure en actes). Ce qui a posé problème, c'est le contenu : viser un travers reconnaissable et sensible (l'hypocrisie religieuse) heurtait les bienséances sociales et politiques de l'époque, bien au-delà des seules règles d'écriture théâtrale. Cela montre que la « bienséance » dépasse la simple mise en scène : elle touche aussi à ce qui est socialement acceptable de dire.
S'entraîner sur ce chapitre
Ce chapitre compte 36 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.
Commencer les exercices