La déviance et le contrôle social
Seconde · SES · Sociologie et science politique
Sociologie et science politique
Normes, conformité et déviance
Traverser en dehors des clous, parler fort dans une bibliothèque, arriver en retard à un rendez-vous, voler dans un magasin : ces actes n'ont pas la même gravité, mais ils ont un point commun. Tous transgressent une règle que le groupe s'est donnée. Ce chapitre explique comment une société fabrique ses règles, ce qui arrive quand on les enfreint, et pourquoi ce qui est « déviant » ici ne l'est pas forcément ailleurs.
Ces normes sont intériorisées au cours de la socialisation : la famille, l'école, les amis, les médias nous apprennent, souvent sans que nous y pensions, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. C'est pourquoi la plupart des gens respectent la plupart des règles la plupart du temps, sans policier derrière eux.
Normes sociales et normes juridiques
| Norme sociale | Norme juridique | |
|---|---|---|
| Origine | Usages, coutumes, habitudes du groupe | Loi, règlement, texte écrit adopté par une autorité |
| Exemple | Dire bonjour en entrant, ne pas couper la parole | Ne pas voler, ne pas conduire sans permis |
| Sanction | Informelle : regard désapprobateur, moquerie, mise à l'écart | Formelle : amende, peine prononcée par un tribunal |
| Qui sanctionne | N'importe quel membre du groupe | Des institutions spécialisées : police, justice |
La déviance est relative.
Aucun acte n'est déviant en soi. Il l'est en fonction du contexte : de l'époque, de la société, du lieu, du groupe, et parfois de la personne qui l'accomplit. Fumer dans un restaurant était banal en France dans les années 1990 ; c'est aujourd'hui interdit. Crier est déviant en cours, attendu dans un stade. Cette relativité est l'une des grandes leçons du chapitre.
Sociologie et science politique
Le contrôle social et la mesure de la délinquance
Si les règles existent, il faut bien que quelqu'un veille à ce qu'elles soient suivies. C'est le rôle du contrôle social : l'ensemble des moyens par lesquels une société obtient de ses membres qu'ils respectent les normes.
| Sanction positive | Sanction négative | |
|---|---|---|
| Contrôle informel | Compliment, remerciement, popularité dans le groupe | Moquerie, réprimande, mise à l'écart |
| Contrôle formel | Mention au bulletin, diplôme, décoration, prime | Heure de retenue, amende, peine de prison |
Becker : la déviance est le produit d'une réaction sociale.
Le sociologue américain Howard Becker, dans Outsiders (1963), propose un renversement de perspective décisif. Il ne se demande pas « pourquoi certains individus transgressent-ils ? », mais « comment un acte et une personne deviennent-ils étiquetés comme déviants ? »
Mesurer la délinquance : un exercice délicat.
Pour savoir si la délinquance augmente, on utilise deux grandes sources. Les statistiques administratives recensent les faits constatés par la police et la gendarmerie et les condamnations prononcées par la justice. Les enquêtes de victimation interrogent directement un large échantillon de la population : « Avez-vous été victime d'un vol, d'une agression, au cours des deux dernières années ? »
Exercices corrigés
Quel sociologue a développé la théorie de l'étiquetage dans son ouvrage « Outsiders » ?
- A.Émile Durkheim
- B.Serge Paugam
- C.Max Weber
- D.Howard BeckerBonne réponse
Réponse : D — Howard Becker
Howard Becker publie « Outsiders » en 1963 et y renverse la question de la déviance : au lieu de chercher pourquoi certains transgressent, il analyse comment un acte et une personne sont désignés comme déviants. Durkheim a travaillé sur la solidarité et le suicide, Paugam sur la disqualification sociale, Weber sur l'action sociale et la rationalisation.
Parmi ces exemples, lequel constitue une sanction positive ?
- A.Une amende pour excès de vitesse
- B.Une mention « félicitations » au conseil de classeBonne réponse
- C.Une mise à l'écart par ses camarades
- D.Une exclusion temporaire de l'établissement
Réponse : B — Une mention « félicitations » au conseil de classe
Une sanction n'est pas forcément une punition : le mot désigne, en sociologie, toute réaction du groupe à un comportement. Une sanction positive récompense la conformité — félicitations, diplôme, prime, décoration. Les trois autres options sont des sanctions négatives : deux formelles (amende, exclusion) et une informelle (mise à l'écart).
Un adolescent est étiqueté « fauteur de troubles » par ses professeurs. Progressivement surveillé plus que les autres, rejeté, il se lie avec des jeunes dans la même situation et multiplie les écarts. Comment nomme-t-on ce processus ?
- A.Une sanction positive
- B.Un contrôle social intériorisé
- C.Une socialisation primaire
- D.Une carrière dévianteBonne réponse
Réponse : D — Une carrière déviante
Becker appelle carrière déviante l'enchaînement qui va de la transgression initiale à l'installation durable dans la déviance, en passant par l'étiquetage, la surveillance accrue et l'intériorisation du regard des autres. Le point décisif est que la suite du parcours ne s'explique pas seulement par l'acte de départ, mais aussi par la réaction sociale qu'il déclenche. La socialisation primaire (option 3) désigne l'apprentissage des normes dans l'enfance, ce qui est autre chose.
En quoi la théorie de l'étiquetage de Becker se distingue-t-elle des approches qui cherchent les causes de la déviance chez l'individu ?
- A.Elle affirme que la déviance n'existe pas réellement, puisqu'aucun acte ne serait condamnable en soi, quelle que soit la société considérée
- B.Elle explique la déviance par la seule pauvreté, les individus les plus pauvres étant selon elle systématiquement les plus déviants
- C.Elle nie l'existence de toute norme sociale, considérant que chaque société laisse chacun agir absolument comme il l'entend, sans exception
- D.Elle déplace la question : au lieu d'expliquer pourquoi certains transgressent, elle analyse comment une société désigne certains actes et certaines personnes comme déviantsBonne réponse
Réponse : D — Elle déplace la question : au lieu d'expliquer pourquoi certains transgressent, elle analyse comment une société désigne certains actes et certaines personnes comme déviants
Là est tout l'intérêt de Becker : il ne cherche pas un défaut chez le déviant, il étudie le processus social de désignation. Qui a le pouvoir de fixer les normes ? Qui les fait appliquer ? Sur qui la surveillance se concentre-t-elle ? Cette approche n'affirme évidemment pas que les transgressions n'existent pas (option 1), ni que les normes n'existent pas (option 3) — au contraire, elle s'intéresse à leur fabrication.
Quelle est la différence entre une valeur et une norme ?
- A.Une valeur est une règle écrite, une norme est un idéal abstrait
- B.Une valeur est un idéal partagé, une norme est une règle de conduite concrète qui en découleBonne réponse
- C.Une valeur concerne l'individu, une norme concerne uniquement l'État
- D.Il n'y a aucune différence, ce sont deux synonymes
Réponse : B — Une valeur est un idéal partagé, une norme est une règle de conduite concrète qui en découle
La valeur dit ce à quoi un groupe tient (l'égalité, le respect de la vie), la norme dit ce qu'il faut faire concrètement (« on ne double pas dans une file », « on ne roule pas à plus de 50 km/h en ville »). L'option 1 inverse exactement les deux définitions, c'est le piège classique. Une même valeur peut d'ailleurs produire plusieurs normes différentes.
Comment définit-on la déviance en sociologie ?
- A.Un trouble du comportement diagnostiqué par un médecin
- B.Tout comportement puni par la loi
- C.Un comportement rare, quel qu'il soit
- D.La transgression d'une norme sociale, suivie d'une réaction du groupeBonne réponse
Réponse : D — La transgression d'une norme sociale, suivie d'une réaction du groupe
La déviance est une notion sociologique, pas médicale (option 1) : elle décrit un écart à une règle du groupe et la réaction qu'il suscite, sans porter de jugement sur la personne. L'option 2 confond déviance et délinquance : la déviance est bien plus large. Et un comportement rare (option 3) n'est pas forcément déviant — être champion olympique est rare, ce n'est pas une transgression.
Quelle relation lie la déviance et la délinquance ?
- A.Toute délinquance est une déviance, mais toute déviance n'est pas une délinquanceBonne réponse
- B.Toute déviance est une délinquance, mais toute délinquance n'est pas une déviance
- C.Les deux notions désignent exactement la même chose
- D.Les deux notions n'ont aucun rapport entre elles
Réponse : A — Toute délinquance est une déviance, mais toute déviance n'est pas une délinquance
La déviance est le cercle le plus large : elle recouvre la transgression de n'importe quelle norme sociale. La délinquance en est une partie : la transgression des normes inscrites dans la loi. Le contre-exemple à retenir : arriver systématiquement en retard est déviant mais totalement légal, donc pas délinquant. L'option 2 inverse l'inclusion, c'est l'erreur la plus fréquente en devoir.
Un élève reçoit une heure de retenue prononcée par la vie scolaire. De quel type de contrôle social s'agit-il ?
- A.D'un contrôle social informel
- B.D'un contrôle social intériorisé
- C.D'un contrôle social formelBonne réponse
- D.D'aucun contrôle social, car il ne s'agit pas de la police
Réponse : C — D'un contrôle social formel
Le contrôle social formel est exercé par des institutions selon des procédures écrites : c'est le cas d'un établissement scolaire appliquant son règlement intérieur. Il ne se limite donc pas à la police et à la justice (option 4). Le contrôle informel, lui, viendrait des camarades ou de la famille (moquerie, reproche), et le contrôle intériorisé serait le fait de respecter la règle spontanément, sans surveillance.
Chanter à pleine voix est valorisé dans un stade mais sanctionné dans une salle d'examen. Que montre cet exemple ?
- A.Que les normes de politesse ont disparu dans le sport
- B.Que seule la loi définit ce qui est déviant
- C.Que la déviance est relative : elle dépend du lieu, du moment et du groupeBonne réponse
- D.Que le contrôle social est plus fort dans les stades
Réponse : C — Que la déviance est relative : elle dépend du lieu, du moment et du groupe
L'acte est strictement identique, seul le contexte change : c'est la démonstration même de la relativité de la déviance. Aucun comportement n'est déviant en soi ; il le devient selon le lieu, le moment, le public et l'époque. L'option 2 est fausse : la plupart des normes transgressées au quotidien ne sont pas juridiques. Quant au contrôle social, il est plus contraignant en salle d'examen, pas au stade (option 4).
Un automobiliste s'arrête au feu rouge à 4 h du matin, alors qu'aucun véhicule ni contrôle n'est présent. Quelle forme de contrôle social est ici la plus déterminante ?
- A.Le contrôle social intérioriséBonne réponse
- B.Le contrôle social formel, car la police pourrait surgir
- C.Le contrôle social informel exercé par les passants
- D.Aucune : sans témoin, il n'y a pas de contrôle social
Réponse : A — Le contrôle social intériorisé
Personne ne regarde, aucune sanction n'est probable, et pourtant la règle est respectée : c'est le signe que la norme a été intériorisée au cours de la socialisation. C'est la forme la plus efficace du contrôle social, précisément parce qu'elle ne coûte rien à la société et fonctionne sans surveillance. Le contrôle formel supposerait la présence effective d'une institution, l'informel celle de l'entourage.
Fumer dans un restaurant était courant en France dans les années 1990 ; c'est interdit aujourd'hui. Quelle conclusion sociologique en tirer ?
- A.Les Français fumaient davantage autrefois, ce qui explique tout
- B.La déviance est une caractéristique permanente de certains actes
- C.Les normes juridiques ne changent jamais
- D.Les normes évoluent dans le temps, donc le partage entre conforme et déviant évolue aussiBonne réponse
Réponse : D — Les normes évoluent dans le temps, donc le partage entre conforme et déviant évolue aussi
Le même acte a changé de statut : d'abord toléré, il est devenu illégal. Cela illustre la dimension historique de la relativité de la déviance : les normes, y compris juridiques, sont produites par des sociétés qui évoluent. L'option 2 affirme exactement le contraire de la leçon du chapitre. L'option 1 déplace la question vers un constat de consommation qui n'explique pas le changement de règle.
Que désigne le « chiffre noir » de la délinquance ?
- A.Le nombre total de condamnations prononcées chaque année
- B.La part de la délinquance qui n'apparaît pas dans les statistiques officiellesBonne réponse
- C.Le coût financier de la délinquance pour la société
- D.Le nombre d'infractions commises la nuit
Réponse : B — La part de la délinquance qui n'apparaît pas dans les statistiques officielles
Le chiffre noir regroupe tous les faits qui ne sont ni déclarés par les victimes ni constatés par les services : ils échappent donc aux statistiques administratives. C'est la raison pour laquelle on complète ces statistiques par des enquêtes de victimation, qui interrogent directement la population. Les options 1 et 3 désignent des grandeurs réellement mesurées, et l'option 4 joue sur le mot « noir » pris au sens propre.
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