Un nouvel ordre mondial et ses défis
Terminale · Histoire-Géo · EMC · Histoire — Le monde, l'Europe et la France depuis les années 1990
Histoire
De la fin de la Guerre froide à l'hyperpuissance américaine (1989-2001)
1989-1991 : en à peine deux ans, le monde bascule. Le mur de Berlin tombe, les régimes communistes d'Europe de l'Est s'effondrent les uns après les autres, puis l'URSS elle-même disparaît. Un ordre international vieux de 45 ans, organisé autour de deux blocs rivaux, s'écroule brutalement. Que se passe-t-il quand une des deux superpuissances disparaît ?
L'effondrement du bloc soviétique
La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) entraîne la chute des « démocraties populaires » d'Europe de l'Est en quelques mois. L'Allemagne se réunifie en 1990. En URSS, les réformes de Gorbatchev (glasnost, perestroïka) ne suffisent pas à sauver le régime : les républiques proclament leur indépendance les unes après les autres, et l'URSS est officiellement dissoute le 25 décembre 1991. Elle laisse place à la Communauté des États indépendants (CEI), dominée par la Russie de Boris Eltsine.
La guerre du Golfe (1990-1991) : la première épreuve du « nouvel ordre mondial »
Quand l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït en août 1990, le président américain George H. W. Bush parle d'instaurer un « nouvel ordre mondial » (new world order) fondé sur le droit international et la coopération, plutôt que sur la loi du plus fort. Une coalition internationale, autorisée par l'ONU (résolution 678), libère le Koweït en 1991 lors de l'opération Tempête du désert. C'est un symbole fort : pour la première fois depuis des décennies, le Conseil de sécurité de l'ONU fonctionne sans être bloqué par un veto soviétique.
| Monde bipolaire (jusqu'en 1991) | Monde de l'après-1991 | |
|---|---|---|
| Puissances dominantes | URSS et États-Unis, à égalité | Les États-Unis seuls, hyperpuissance |
| Rôle de l'ONU | Souvent paralysée par les vetos croisés | Plus active (guerre du Golfe, missions de paix) |
| Conflits | Guerres « par procuration » entre les deux blocs | Conflits régionaux, ethniques, civils (Yougoslavie, Rwanda) |
| Discours dominant | Affrontement des deux modèles (capitalisme / communisme) | « Fin de l'histoire » (Fukuyama) puis contestations |
En 1992, le politologue américain Francis Fukuyama publie La Fin de l'histoire et le dernier homme : il estime que la démocratie libérale et l'économie de marché ont définitivement triomphé comme modèle universel. Mais dès 1993, Samuel Huntington réplique avec la thèse du « choc des civilisations » : selon lui, les grandes fractures futures ne seront plus idéologiques mais culturelles et religieuses, entre grandes aires de civilisation (occidentale, islamique, chinoise…). Les événements des années 1990 (guerre en Yougoslavie, génocide des Tutsi au Rwanda en 1994) donnent raison à ceux qui doutent d'un monde pacifié.
Histoire
Vers un monde multipolaire : ruptures et recompositions depuis 2001
L'hyperpuissance américaine des années 1990 ne dure qu'un temps. Les attentats du 11 septembre 2001 marquent une rupture : les États-Unis découvrent leur vulnérabilité sur leur propre sol. Dans le même temps, de nouvelles puissances émergent et contestent, chacune à leur manière, la domination américaine. Le monde du XXIe siècle devient progressivement multipolaire.
Le 11 septembre 2001 et la « guerre contre le terrorisme »
Le 11 septembre 2001, des attentats organisés par le réseau Al-Qaïda détruisent les tours du World Trade Center à New York et touchent le Pentagone. Ces attaques, les plus meurtrières jamais subies sur le sol américain, provoquent une riposte immédiate : le président George W. Bush lance la « guerre contre le terrorisme » (War on Terror). Les États-Unis interviennent en Afghanistan (2001) pour renverser le régime taliban qui abritait Al-Qaïda, puis en Irak (2003) au nom de la lutte contre les armes de destruction massive — une intervention menée sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui fragilise la légitimité de l'action américaine.
L'émergence de nouvelles puissances
Pendant que les États-Unis s'enlisent en Afghanistan et en Irak, d'autres puissances montent en force. La Chine connaît une croissance économique spectaculaire depuis les réformes de Deng Xiaoping et devient la deuxième puissance économique mondiale dans les années 2010. Elle rejoint l'OMC en 2001 et affirme des ambitions diplomatiques et militaires croissantes (nouvelles routes de la soie, mer de Chine méridionale). D'autres pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, puis Afrique du Sud) forment le groupe des BRICS à partir de 2009, pour peser collectivement face aux puissances occidentales. Le G20, qui réunit les principales économies de la planète, prend une importance croissante après la crise financière de 2008, aux côtés du G7 des pays les plus industrialisés.
Les limites de la gouvernance mondiale
Face à ces recompositions, les institutions de gouvernance mondiale héritées de 1945 (ONU, FMI, Banque mondiale) peinent à s'adapter : le Conseil de sécurité reste bloqué par le droit de veto de ses 5 membres permanents, tandis que des puissances émergentes réclament une réforme pour y avoir davantage de poids. Des sommets informels (G7, G20) et des organisations non-étatiques (ONG, firmes transnationales, mouvements citoyens) jouent un rôle croissant, à côté des États, dans la gestion des grands défis planétaires (climat, pandémies, terrorisme).
Exercices corrigés
En quelle année l'URSS est-elle officiellement dissoute ?
- A.1991Bonne réponse
- B.1989
- C.1993
- D.2001
Réponse : A — 1991
L'URSS est dissoute le 25 décembre 1991, quelques semaines après le putsch manqué contre Gorbatchev et la multiplication des déclarations d'indépendance des républiques soviétiques. 1989, c'est la chute du mur de Berlin (le début de l'effondrement du bloc de l'Est, mais l'URSS existait encore). 1993 et 2001 n'ont aucun lien avec cet événement précis.
Quelle organisation autorise la coalition internationale à intervenir contre l'Irak en 1991 ?
- A.L'OTAN, alliance occidentale
- B.L'Union européenne, pas encore créée
- C.Le G7, les pays les plus riches
- D.L'ONU (Conseil de sécurité)Bonne réponse
Réponse : D — L'ONU (Conseil de sécurité)
C'est le Conseil de sécurité de l'ONU qui vote la résolution 678 autorisant le recours à la force contre l'Irak, ce qui est présenté comme la preuve que l'ONU peut désormais fonctionner sans être bloquée par les vetos croisés de la Guerre froide. L'OTAN et le G7 n'ont pas ce pouvoir d'autorisation légale. L'Union européenne n'existe d'ailleurs pas encore sous ce nom en 1991 (elle est créée en 1993 par le traité de Maastricht).
En quelle année la Chine rejoint-elle l'Organisation mondiale du commerce (OMC), accélérant son intégration à l'économie mondiale ?
- A.1991
- B.2009
- C.2001Bonne réponse
- D.2022
Réponse : C — 2001
La Chine adhère à l'OMC en 2001, la même année que les attentats du 11 septembre : ce moment marque une accélération décisive de son intégration au commerce mondial et de sa croissance économique. 1991, c'est la dissolution de l'URSS. 2009, c'est le premier sommet des BRICS. 2022, c'est le début de l'invasion de l'Ukraine.
Que révèle l'attitude de nombreux pays du « Sud global » (Inde, Brésil, Afrique du Sud) face à la guerre en Ukraine depuis 2022 ?
- A.Qu'ils soutiennent tous ouvertement la Russie, en lui apportant un appui militaire et diplomatique direct
- B.Qu'ils ont rejoint l'OTAN pour se rapprocher militairement des pays occidentaux et de leurs alliés
- C.Qu'ils ont quitté l'ONU en signe de protestation contre les sanctions occidentales
- D.Qu'ils refusent de condamner clairement la Russie, ce qui montre la fin d'un monde à deux blocs Est-Ouest simpleBonne réponse
Réponse : D — Qu'ils refusent de condamner clairement la Russie, ce qui montre la fin d'un monde à deux blocs Est-Ouest simple
De nombreux pays émergents refusent de condamner clairement la Russie ou de participer aux sanctions occidentales, sans pour autant la soutenir militairement : cette position intermédiaire illustre bien qu'on ne peut plus lire le monde selon un simple face-à-face Est-Ouest, mais selon une réalité multipolaire plus complexe. Ils ne soutiennent pas « ouvertement » la Russie (nuance importante), ne rejoignent pas l'OTAN et ne quittent pas l'ONU : ce sont des faits inventés.
Pourquoi le Conseil de sécurité de l'ONU reste-t-il paralysé face à la guerre en Ukraine depuis 2022 ?
- A.Parce que la Russie, membre permanent, dispose d'un droit de vetoBonne réponse
- B.Parce que l'Ukraine n'est pas membre de l'ONU
- C.Parce que les États-Unis refusent de participer au vote
- D.Parce que l'ONU a été remplacée par le G20
Réponse : A — Parce que la Russie, membre permanent, dispose d'un droit de veto
La Russie, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (avec les États-Unis, la Chine, la France et le Royaume-Uni), dispose d'un droit de veto qui lui permet de bloquer toute résolution la concernant directement : c'est un blocage institutionnel classique, hérité de la Charte de l'ONU de 1945. L'Ukraine est bien membre de l'ONU depuis sa fondation. Les États-Unis participent aux votes. L'ONU n'a jamais été remplacée par le G20, qui n'a pas ce rôle juridique.
Quel enchaînement chronologique est correct ?
- A.Guerre du Golfe → chute du mur de Berlin → 11 septembre 2001 → dissolution de l'URSS
- B.Chute du mur de Berlin → dissolution de l'URSS → guerre du Golfe → 11 septembre 2001Bonne réponse
- C.11 septembre 2001 → chute du mur de Berlin → dissolution de l'URSS → guerre du Golfe
- D.Dissolution de l'URSS → chute du mur de Berlin → guerre du Golfe → 11 septembre 2001
Réponse : B — Chute du mur de Berlin → dissolution de l'URSS → guerre du Golfe → 11 septembre 2001
L'ordre chronologique exact est : chute du mur de Berlin (novembre 1989), puis guerre du Golfe (1990-1991, avant la fin de l'URSS !), puis dissolution de l'URSS (décembre 1991), puis 11 septembre 2001. Attention : la guerre du Golfe a lieu AVANT la dissolution officielle de l'URSS, même si l'URSS était déjà très affaiblie. Les autres options inversent cet ordre de façon incorrecte.
Un élève affirme : « Depuis 2001, le monde est redevenu bipolaire, comme pendant la Guerre froide, mais avec la Chine à la place de l'URSS. » Que peut-on répondre ?
- A.C'est une simplification excessive : le monde actuel est multipolaire (Chine, UE, Russie, Inde, puissances régionales...), pas structuré par deux seuls blocs rivauxBonne réponse
- B.C'est exact, rien n'a changé depuis 1991 : les deux mêmes blocs, avec les mêmes alliances qu'à l'époque, continuent de s'affronter exactement comme avant
- C.C'est faux, le monde est resté unipolaire sous la seule domination américaine, sans aucune contestation ni changement depuis la fin de l'URSS en 1991
- D.C'est faux, il n'existe plus aucune grande puissance depuis 2001, la scène internationale est totalement vide de tout rapport de force entre États
Réponse : A — C'est une simplification excessive : le monde actuel est multipolaire (Chine, UE, Russie, Inde, puissances régionales...), pas structuré par deux seuls blocs rivaux
S'il est vrai que la rivalité sino-américaine structure une part importante des relations internationales actuelles, réduire le monde à deux blocs serait une simplification excessive : l'Union européenne, la Russie, l'Inde, les puissances régionales (Brésil, Turquie, Arabie saoudite...) et des acteurs non-étatiques (firmes, ONG) pèsent aussi dans les grands équilibres. Le terme juste est « multipolaire », pas « bipolaire ». Les deux autres options ignorent complètement les recompositions depuis 1991.
Pourquoi peut-on qualifier la Chine de puissance qui conteste l'ordre international dominé par les États-Unis ?
- A.Parce qu'elle a quitté l'ONU en 2001, estimant que cette organisation restait trop largement dominée par les intérêts des pays occidentaux
- B.Parce qu'elle a rejoint l'OTAN en 2009, afin de peser davantage dans les décisions de sécurité collective prises par les pays occidentaux d'Europe
- C.Parce qu'elle développe des projets d'influence mondiale (nouvelles routes de la soie), affirme des revendications territoriales (mer de Chine méridionale) et devient un poids économique majeurBonne réponse
- D.Parce qu'elle a signé le traité de Maastricht, qui l'aurait durablement associée aux institutions économiques et politiques de l'Union européenne
Réponse : C — Parce qu'elle développe des projets d'influence mondiale (nouvelles routes de la soie), affirme des revendications territoriales (mer de Chine méridionale) et devient un poids économique majeur
La Chine affirme sa puissance par plusieurs leviers combinés : une influence économique et diplomatique mondiale croissante (nouvelles routes de la soie, investissements en Afrique et en Asie), des revendications territoriales contestées (mer de Chine méridionale) et un poids économique devenu la deuxième puissance mondiale. Elle n'a jamais quitté l'ONU (elle y est même membre permanent du Conseil de sécurité), n'a pas rejoint l'OTAN (alliance occidentale), et le traité de Maastricht concerne l'Union européenne.
Que désigne le terme « hyperpuissance », employé par Hubert Védrine en 1998 ?
- A.Une puissance uniquement militaire
- B.Les États-Unis dominant simultanément les domaines militaire, économique, culturel et diplomatiqueBonne réponse
- C.L'ensemble des pays membres de l'OTAN
- D.La Russie après la dissolution de l'URSS
Réponse : B — Les États-Unis dominant simultanément les domaines militaire, économique, culturel et diplomatique
L'hyperpuissance désigne une domination totale, dans toutes les dimensions à la fois, par opposition à la simple « superpuissance » de la Guerre froide qui trouvait son équilibre face à un rival. Une puissance uniquement militaire ne serait qu'une « grande puissance » classique. L'OTAN est une alliance, pas une puissance unique. La Russie des années 1990 est au contraire affaiblie, pas hyperpuissante.
Quel événement précède directement l'expression de George Bush sur un « nouvel ordre mondial » ?
- A.Les attentats du 11 septembre 2001
- B.La chute du mur de Berlin
- C.L'invasion du Koweït par l'Irak en 1990Bonne réponse
- D.La guerre en Ukraine
Réponse : C — L'invasion du Koweït par l'Irak en 1990
C'est en réaction à l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein, en août 1990, que George H. W. Bush évoque un « nouvel ordre mondial » fondé sur le droit international, avant de mener la coalition de la guerre du Golfe en 1991. Le 11 septembre 2001 est postérieur de dix ans. La chute du mur de Berlin (1989) précède mais ne provoque pas directement ce discours. La guerre en Ukraine est bien plus tardive (2022).
Quel événement marque une rupture dans la perception de l'invulnérabilité américaine ?
- A.Les attentats du 11 septembre 2001Bonne réponse
- B.La guerre du Golfe en 1991
- C.La dissolution de l'URSS
- D.La création des BRICS
Réponse : A — Les attentats du 11 septembre 2001
Les attentats du 11 septembre 2001, orchestrés par Al-Qaïda contre le World Trade Center et le Pentagone, frappent directement le sol américain et brisent le sentiment d'invulnérabilité des États-Unis, lançant la « guerre contre le terrorisme ». La guerre du Golfe (1991) se déroule loin du territoire américain. La dissolution de l'URSS concerne un autre pays. Les BRICS sont créés bien après, en 2009.
Quel groupe de pays émergents se constitue à partir de 2009 pour peser face aux puissances occidentales ?
- A.Le G7
- B.L'OTAN
- C.Les BRICSBonne réponse
- D.L'Union européenne
Réponse : C — Les BRICS
Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, puis Afrique du Sud à partir de 2011) se réunissent en sommet à partir de 2009 pour représenter un contrepoids économique et diplomatique aux puissances occidentales traditionnelles. Le G7 réunit au contraire les pays les plus industrialisés « historiques » (dont les États-Unis, la France, l'Allemagne...). L'OTAN est une alliance militaire occidentale. L'Union européenne regroupe des pays européens, pas des puissances émergentes.
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