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L'humain et ses limites : nature, technique, progrès

Terminale · Humanités, litt. & philo · L'Humanité en question

L'Humanité en question

Le progrès technique : promesse ou menace ?

Depuis les Lumières, la technique promet de libérer l'homme de la nécessité et de la souffrance. Mais le XXe siècle, avec la bombe atomique, les catastrophes industrielles et les manipulations génétiques, a révélé l'ambivalence profonde de ce progrès : la même technique peut soigner ou détruire, émanciper ou asservir.

Prométhée, mythe fondateur de la technique

Le mythe grec de Prométhée raconte le vol du feu, dérobé aux dieux pour être donné aux hommes : geste de transgression, mais aussi d'émancipation, qui vaut à Prométhée un châtiment éternel. Ce mythe fondateur associe déjà la technique à un pouvoir dangereux, presque volé aux dieux. Le philosophe Hans Jonas le reprend au XXe siècle dans Le Principe responsabilité pour interroger le pouvoir désormais démesuré de l'homme technicien moderne, capable d'agir sur des échelles (planétaires, génétiques) que ses prédécesseurs ne pouvaient même pas imaginer.

Descartes et le projet de maîtrise de la nature

Dans la sixième partie du Discours de la méthode, Descartes formule le projet de rendre l'homme « comme maître et possesseur de la nature » grâce au progrès des sciences, en particulier de la médecine. Ce projet est d'abord un projet d'émancipation : mieux comprendre la nature pour mieux lutter contre la maladie, la fatigue et, à terme, contre la mort elle-même.

L'Humanité en question

Transhumanisme, IA et frontières de l'humain

Les biotechnologies et l'intelligence artificielle posent aujourd'hui une question inédite : peut-on, et doit-on, améliorer l'humain au point de dépasser sa condition biologique actuelle ? Cette question ravive d'anciens mythes et d'anciennes réflexions philosophiques sur la nature humaine.

Le mythe de la créature artificielle : Frankenstein

Mary Shelley publie en 1818 Frankenstein ou le Prométhée moderne : le savant Victor Frankenstein crée un être vivant à partir de morceaux de cadavres assemblés, puis rejette avec horreur sa créature. C'est précisément cet abandon, et non une nature intrinsèquement mauvaise, qui pousse la créature vers la violence : le roman interroge ainsi la responsabilité du créateur envers ce qu'il crée, une question qui préfigure directement les débats contemporains sur le clonage et l'intelligence artificielle.

Pascal : grandeur et misère de l'homme

Dans les Pensées, Pascal décrit l'homme comme un « roseau pensant » : fragile, mortel, exposé à la maladie et à la mort (c'est sa misère), mais capable de penser sa propre condition, ce qui fait toute sa grandeur. Cette tension éclaire d'une lumière particulière le projet transhumaniste : vouloir dépasser la misère humaine (la mort, la maladie, la faiblesse du corps) par la technique, au risque, peut-être, de perdre ce qui fait la grandeur même de l'homme, à savoir la pensée, la liberté et le sens qu'il donne à sa propre finitude.

  • L'allongement de la vie et son effet sur notre rapport à la mort et au sens de l'existence.
  • L'augmentation cognitive et le risque d'inégalités sociales nouvelles entre humains « augmentés » et non augmentés.
  • L'hybridation homme-machine et la question de l'identité personnelle.
  • Le statut moral éventuel des intelligences artificielles.
  • Le risque de déshumanisation : réduire l'homme à des données, des fonctions, des performances mesurables.
NotionRapport à la nature humaineExemple ou référence
Humanisme classiqueValorise la raison et la dignité propres à l'homme tel qu'il estPascal, « grandeur et misère » de l'homme
TranshumanismeVise à augmenter les capacités humaines par la technique, sans quitter l'espèce humaineAllongement de la vie, augmentation cognitive
PosthumanismeEnvisage un dépassement de l'humain vers une existence hybride homme-machineFusion homme-IA, fin annoncée de l'humain biologique

Exercices corrigés

  1. Qui est l'auteure de Frankenstein ou le Prométhée moderne ?

    • A.Simone de Beauvoir
    • B.Mary ShelleyBonne réponse
    • C.Hannah Arendt
    • D.Charlotte Delbo

    Réponse : B — Mary Shelley

    Mary Shelley publie ce roman en 1818 ; le sous-titre « le Prométhée moderne » relie explicitement l'histoire du savant Frankenstein au mythe antique de Prométhée. Arendt, Delbo et Beauvoir sont des autrices majeures du XXe siècle, mais aucune n'est l'auteure de ce roman fondateur de la science-fiction.

  2. Quelle association complète est correcte ?

    • A.Descartes → principe responsabilité ; Pascal → banalité du mal ; Jonas → roseau pensant
    • B.Descartes → roseau pensant ; Pascal → principe responsabilité ; Jonas → maîtres et possesseurs de la nature
    • C.Descartes → banalité du mal ; Pascal → maîtres et possesseurs de la nature ; Jonas → roseau pensant
    • D.Descartes → maîtres et possesseurs de la nature ; Pascal → grandeur et misère (roseau pensant) ; Jonas → principe responsabilitéBonne réponse

    Réponse : D — Descartes → maîtres et possesseurs de la nature ; Pascal → grandeur et misère (roseau pensant) ; Jonas → principe responsabilité

    Chaque formule doit être associée à son auteur exact : Descartes formule le projet de rendre l'homme « maître et possesseur de la nature », Pascal développe l'image du « roseau pensant » dans le couple grandeur/misère, et Jonas est l'auteur du Principe responsabilité. Les trois autres combinaisons mélangent les formules entre des philosophes qui n'en sont pas les auteurs, ce qui est une erreur classique de confusion de références.

  3. Pourquoi le posthumanisme est-il souvent jugé plus « radical » que le transhumanisme dans les débats philosophiques ?

    • A.Parce qu'il n'envisage pas seulement d'augmenter l'humain existant, mais d'aboutir à une forme d'existence qui ne serait plus humaine au sens biologique classique, ce qui interroge la persistance même d'une identité humaineBonne réponse
    • B.Parce qu'il a été inventé bien avant le transhumanisme, dès l'Antiquité grecque, alors que le transhumanisme serait une invention entièrement moderne et récente
    • C.Parce qu'il concerne uniquement les animaux, jamais les humains, alors que le transhumanisme s'intéresserait uniquement à l'amélioration des capacités des humains
    • D.Parce qu'il rejette toute forme de technologie moderne, alors que le transhumanisme chercherait au contraire à s'appuyer sur elle pour indéfiniment améliorer l'humain existant

    Réponse : A — Parce qu'il n'envisage pas seulement d'augmenter l'humain existant, mais d'aboutir à une forme d'existence qui ne serait plus humaine au sens biologique classique, ce qui interroge la persistance même d'une identité humaine

    Le posthumanisme est jugé plus radical car il ne se contente pas d'améliorer les capacités humaines existantes (ce que fait le transhumanisme) : il envisage un dépassement de l'espèce humaine biologique vers une existence hybride homme-machine, ce qui pose la question de savoir si une telle entité pourrait encore être appelée « humaine ». Il ne rejette pas la technologie (bien au contraire), n'est pas antérieur historiquement au transhumanisme dans les débats contemporains, et ne concerne évidemment pas seulement les animaux.

  4. Que symbolise le mythe de Prométhée par rapport à la technique ?

    • A.Le refus total de toute forme de progrès
    • B.Une punition divine sans aucun rapport avec la technique
    • C.Un geste à la fois de transgression et d'émancipation, associé dès l'origine à un pouvoir dangereuxBonne réponse
    • D.L'idée que la technique n'a jamais existé chez les Grecs anciens

    Réponse : C — Un geste à la fois de transgression et d'émancipation, associé dès l'origine à un pouvoir dangereux

    En volant le feu aux dieux pour le donner aux hommes, Prométhée incarne à la fois la transgression d'une limite sacrée et un geste d'émancipation pour l'humanité, ce qui associe la technique, dès ce mythe fondateur, à un pouvoir précieux mais dangereux, payé d'un châtiment. Ce n'est ni une punition sans rapport avec la technique, ni une preuve que les Grecs ignoraient la technique, ni un mythe de refus du progrès.

  5. Dans quel ouvrage Descartes formule-t-il le projet de rendre l'homme « comme maître et possesseur de la nature » ?

    • A.Le Discours de la méthodeBonne réponse
    • B.Les Pensées
    • C.Le Principe responsabilité
    • D.Frankenstein

    Réponse : A — Le Discours de la méthode

    C'est dans la sixième partie du Discours de la méthode que Descartes formule ce projet de maîtrise de la nature par les sciences, notamment pour lutter contre la maladie. Les Pensées sont de Pascal, Le Principe responsabilité de Hans Jonas, et Frankenstein de Mary Shelley : quatre œuvres à ne pas confondre.

  6. Que prône, très généralement, le courant transhumaniste ?

    • A.L'usage de la science et de la technique pour augmenter les capacités humaines et allonger la vieBonne réponse
    • B.Le retour à un mode de vie sans aucune technologie
    • C.L'interdiction totale de toute recherche médicale
    • D.La disparition immédiate et volontaire de l'espèce humaine

    Réponse : A — L'usage de la science et de la technique pour augmenter les capacités humaines et allonger la vie

    Le transhumanisme prône l'usage de la science et de la technique pour augmenter les capacités humaines (physiques, cognitives) et allonger la durée de vie, en restant dans le cadre de l'espèce humaine. Les autres options décrivent des positions opposées ou absurdes qui ne correspondent à aucune définition sérieuse du transhumanisme.

  7. Que signifie l'image pascalienne du « roseau pensant » appliquée à l'homme ?

    • A.L'homme ne pense jamais à sa propre mort
    • B.L'homme est comparé à une plante car il ne bouge jamais
    • C.L'homme est fragile et mortel, mais il a la grandeur de penser sa propre conditionBonne réponse
    • D.L'homme est aussi solide et increvable qu'un roseau

    Réponse : C — L'homme est fragile et mortel, mais il a la grandeur de penser sa propre condition

    Le roseau, dans l'image de Pascal, est fragile et peut être brisé par « une vapeur, une goutte d'eau » : il symbolise la faiblesse et la mortalité de l'homme (sa misère). Mais l'homme « pense », ce qui fait toute sa grandeur : il sait qu'il meurt, contrairement à l'univers qui pourrait l'écraser sans le savoir. L'image ne dit donc rien d'une solidité physique ni d'une absence de conscience de la mort.

  8. Quelle est la distinction correcte entre progrès technique et progrès moral ?

    • A.Le progrès technique est l'accumulation de savoir-faire efficaces sur la nature ; le progrès moral serait une amélioration réelle de la justice ou de la sagesse humaine, et rien ne garantit que l'un entraîne l'autreBonne réponse
    • B.Ce sont exactement la même chose, tout progrès technique est automatiquement un progrès moral
    • C.Le progrès moral précède toujours historiquement le progrès technique
    • D.Seul le progrès moral existe réellement, le progrès technique est une illusion

    Réponse : A — Le progrès technique est l'accumulation de savoir-faire efficaces sur la nature ; le progrès moral serait une amélioration réelle de la justice ou de la sagesse humaine, et rien ne garantit que l'un entraîne l'autre

    Il faut bien distinguer les deux notions : le progrès technique concerne l'efficacité de l'action sur la nature, le progrès moral concerne la justice et la sagesse humaines, et rien ne garantit qu'une technique plus puissante rende les hommes plus justes ou plus sages (l'arme nucléaire en est un exemple frappant). Les affirmer identiques, ordonnées chronologiquement de façon fixe, ou nier l'existence de l'une des deux notions sont des erreurs classiques.

  9. Quelle est l'idée centrale du Principe responsabilité de Hans Jonas ?

    • A.Il faut interdire toute forme de technique moderne
    • B.Le pouvoir technique de l'homme moderne, capable d'agir à l'échelle planétaire, appelle une responsabilité éthique nouvelle envers les générations futuresBonne réponse
    • C.La technique n'a aucun lien avec l'éthique
    • D.Seuls les scientifiques doivent réfléchir aux conséquences de la technique

    Réponse : B — Le pouvoir technique de l'homme moderne, capable d'agir à l'échelle planétaire, appelle une responsabilité éthique nouvelle envers les générations futures

    Jonas part du constat que la technique moderne donne à l'homme un pouvoir d'action inédit, à l'échelle de la planète et des générations futures (armement, environnement, biotechnologies), ce qui appelle selon lui une éthique de la responsabilité nouvelle, dépassant la seule sphère technique. Il ne prône pas l'interdiction pure et simple de la technique, ne dissocie pas technique et éthique, et n'en réserve pas la réflexion aux seuls scientifiques : c'est un enjeu de société.

  10. Que montre l'exemple de l'énergie nucléaire, utilisé pour illustrer l'ambivalence de la technique ?

    • A.Que la technique est toujours neutre et sans aucun risque
    • B.Que certaines techniques sont mauvaises en elles-mêmes, indépendamment de tout usage
    • C.Qu'une même découverte scientifique peut servir des usages opposés (production d'électricité ou arme de destruction), ce qui déplace la responsabilité vers l'usage et les choix politiquesBonne réponse
    • D.Que l'énergie nucléaire n'a jamais eu d'application civile

    Réponse : C — Qu'une même découverte scientifique peut servir des usages opposés (production d'électricité ou arme de destruction), ce qui déplace la responsabilité vers l'usage et les choix politiques

    La fission de l'atome peut servir à produire de l'électricité comme à fabriquer une arme de destruction massive : la technique elle-même n'est ni bonne ni mauvaise, c'est son usage, encadré par des décisions politiques et éthiques, qui détermine son effet. Dire qu'une technique est mauvaise « en soi », nier son usage civil, ou affirmer qu'elle est totalement sans risque sont trois erreurs qui ratent le sens de l'exemple.

  11. Quelle est la différence entre transhumanisme et posthumanisme ?

    • A.Le transhumanisme rejette toute technologie, contrairement au posthumanisme qui les accepte toutes
    • B.Le posthumanisme a précédé historiquement le transhumanisme de plusieurs siècles
    • C.Il n'existe aucune différence, ce sont des synonymes stricts
    • D.Le transhumanisme vise à augmenter l'humain en restant dans le cadre de son espèce ; le posthumanisme envisage un dépassement de l'humain vers une existence hybride homme-machineBonne réponse

    Réponse : D — Le transhumanisme vise à augmenter l'humain en restant dans le cadre de son espèce ; le posthumanisme envisage un dépassement de l'humain vers une existence hybride homme-machine

    Le transhumanisme reste dans le cadre de l'espèce humaine tout en cherchant à l'augmenter (capacités physiques, cognitives, longévité), tandis que le posthumanisme va plus loin en envisageant un dépassement de cette humanité biologique vers une forme d'existence hybride homme-machine. Ce ne sont donc pas des synonymes, aucun des deux ne « rejette » la technologie, et leur ordre d'apparition historique n'est pas le critère qui les distingue.

  12. Quel paradoxe le couple pascalien « grandeur et misère » permet-il d'éclairer dans le projet transhumaniste ?

    • A.Le fait que Pascal était lui-même favorable au transhumanisme
    • B.L'idée que la grandeur de l'homme vient uniquement de sa force physique
    • C.Aucun rapport, Pascal n'a jamais réfléchi à la condition humaine
    • D.Vouloir dépasser la misère humaine (mort, maladie, faiblesse) par la technique, au risque de perdre ce qui fait la grandeur de l'homme (la pensée, la liberté, le sens donné à sa finitude)Bonne réponse

    Réponse : D — Vouloir dépasser la misère humaine (mort, maladie, faiblesse) par la technique, au risque de perdre ce qui fait la grandeur de l'homme (la pensée, la liberté, le sens donné à sa finitude)

    Pascal montre que la grandeur de l'homme (la pensée, la conscience de sa condition) est indissociable de sa misère (sa finitude, sa mortalité) : vouloir supprimer entièrement cette misère par la technique pourrait, paradoxalement, menacer ce qui constitue la grandeur même de l'homme, à savoir le sens qu'il donne à sa propre finitude. Pascal, penseur du XVIIe siècle, n'a bien sûr jamais pris position sur un débat contemporain, et sa notion de grandeur ne se réduit certainement pas à la force physique.

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