Comment crée-t-on la monnaie et finance-t-on l'économie ?
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La monnaie : fonctions, formes et création
La monnaie paraît évidente parce qu'on l'utilise tous les jours. Pourtant, elle pose deux questions redoutables : à quoi sert-elle exactement, et surtout d'où vient-elle ? La réponse va sans doute te surprendre : l'essentiel de la monnaie n'est ni imprimée ni frappée, elle est créée par les banques… par un simple jeu d'écritures.
Les trois fonctions de la monnaie
Les formes de la monnaie
| Forme | Support | Poids dans la masse monétaire |
|---|---|---|
| Monnaie divisionnaire | Les pièces métalliques | Très faible |
| Monnaie fiduciaire | Les billets de banque | Faible (de l'ordre de 10 %) |
| Monnaie scripturale | Les dépôts à vue sur les comptes bancaires, mobilisés par carte, virement, chèque, prélèvement | L'écrasante majorité (environ 90 %) |
Cette hiérarchie s'explique par la façon dont chaque forme circule. Les pièces et les billets exigent une remise en main propre, ce qui limite leur usage aux paiements de faible montant ou de proximité. La monnaie scripturale, elle, se déplace par un simple jeu d'écritures entre comptes bancaires, sans transport physique : c'est ce qui explique qu'elle représente aujourd'hui l'essentiel des paiements, y compris pour les très gros montants.
Qui crée la monnaie ? « Les crédits font les dépôts »
Les limites de la création monétaire
Si une banque pouvait créer autant de monnaie scripturale qu'elle veut sans jamais rendre de comptes, il n'y aurait aucune limite au crédit. Ce qui la borne, c'est que ses clients peuvent à tout moment retirer des billets, qui sont de la monnaie banque centrale, ou virer leur solde vers une autre banque — et c'est alors la banque elle-même qui doit régler l'opération en monnaie banque centrale, lors de la compensation interbancaire. Or cette monnaie-là, une banque commerciale ne peut pas la fabriquer elle-même : elle doit se la procurer.
- Les fuites : quand le client retire des billets ou paie un client d'une autre banque, la banque doit disposer de monnaie banque centrale, qu'elle ne peut pas créer elle-même.
- Les réserves obligatoires : chaque banque doit déposer une fraction de ses dépôts sur son compte à la banque centrale.
- Le refinancement : pour se procurer cette monnaie banque centrale, la banque emprunte auprès de la BCE, à un taux appelé taux directeur. Plus ce taux est élevé, plus le crédit devient coûteux, et moins les banques prêtent.
- La réglementation prudentielle : les banques doivent détenir des fonds propres proportionnés aux risques pris.
- Le risque de non-remboursement : une banque refuse un crédit qu'elle juge trop risqué.
Le rôle de la banque centrale
La banque centrale ne décide pas elle-même qui obtient un crédit : elle agit sur son coût. En relevant son taux directeur, elle renchérit le refinancement des banques commerciales, qui répercutent cette hausse sur les taux proposés à leurs clients. Emprunter devient plus cher, ménages et entreprises renoncent à une partie de leurs projets, et la création monétaire ralentit. C'est ce canal, indirect mais puissant, qui relie une décision de politique monétaire à l'évolution des prix dans l'économie.
Science économique
Le financement de l'économie
Une entreprise qui veut construire une usine, un ménage qui achète un logement, un État qui investit : tous ont besoin de sommes qu'ils ne détiennent pas immédiatement. Comment se procurent-ils ces fonds ? C'est la question du financement de l'économie.
Besoin et capacité de financement
Financement interne ou externe ?
Première grande distinction. Le financement interne, ou autofinancement, consiste à utiliser ses propres ressources : les bénéfices non distribués, l'épargne accumulée. Le financement externe consiste à faire appel à d'autres agents. Il se subdivise lui-même en deux.
| Type de financement | Comment ? | Qui apporte les fonds ? |
|---|---|---|
| Interne (autofinancement) | Bénéfices mis en réserve, épargne personnelle | L'agent lui-même |
| Externe indirect (intermédié) | Crédit accordé par une banque | Une banque, qui s'interpose entre prêteurs et emprunteurs |
| Externe direct (marchés financiers) | Émission d'actions ou d'obligations | Directement les épargnants qui achètent les titres |
Action ou obligation : ne les confonds jamais
| Action | Obligation | |
|---|---|---|
| Nature du titre | Titre de propriété : on devient copropriétaire de l'entreprise | Titre de créance : on devient prêteur de l'entreprise |
| Rémunération | Le dividende, variable, versé seulement s'il y a des bénéfices et si l'assemblée le décide | L'intérêt, en général fixe et connu à l'avance |
| Remboursement | Jamais remboursée : on la revend si on veut sortir | Remboursée à l'échéance |
| Droits | Droit de vote en assemblée générale | Aucun droit de vote |
| Risque | Élevé : on peut tout perdre en cas de faillite | Plus faible, mais non nul |
Le taux d'intérêt : le prix du temps
C'est aussi pourquoi le taux directeur de la banque centrale a un tel effet sur l'économie : en le relevant, la BCE renchérit le crédit, freine les emprunts, l'investissement et la consommation, donc l'inflation. En l'abaissant, elle stimule l'activité. Le canal du crédit relie ainsi directement la monnaie et le financement de l'économie.
Exercices corrigés
Sur une année, les banques d'un pays accordent 700 milliards d'euros de nouveaux crédits, tandis que 640 milliards d'anciens crédits sont remboursés. Quelle est la création monétaire nette ?
- A.700 milliards d'euros
- B.60 milliards d'eurosBonne réponse
- C.1 340 milliards d'euros
- D.640 milliards d'euros
Réponse : B — 60 milliards d'euros
Les crédits accordés créent de la monnaie, les remboursements en détruisent. La création nette est donc la différence : 700 − 640 = 60 milliards d'euros. Répondre 700, c'est oublier la destruction monétaire liée aux remboursements ; additionner les deux (1 340) n'a aucun sens puisque les deux mouvements vont en sens contraire.
Pourquoi dit-on que la monnaie fiduciaire repose sur la confiance ?
- A.Parce que les billets sont garantis par un stock d'or équivalent à la banque centrale
- B.Parce qu'un billet n'a de valeur que parce que chacun est certain qu'il sera accepté en paiement par les autresBonne réponse
- C.Parce que les banques font confiance à leurs clients pour rembourser leurs crédits
- D.Parce que le cours du billet varie chaque jour selon l'offre et la demande
Réponse : B — Parce qu'un billet n'a de valeur que parce que chacun est certain qu'il sera accepté en paiement par les autres
Le mot vient du latin fiducia, la confiance. Un billet de 20 € est un simple morceau de papier : sa valeur ne vient ni de sa matière, ni d'un stock d'or (la convertibilité a été abandonnée), mais du fait que tout le monde est convaincu qu'il sera accepté partout. C'est une croyance collective garantie par la banque centrale et par le cours légal, ce qui n'a rien à voir avec la confiance accordée à un emprunteur.
Quelles sont les trois fonctions de la monnaie ?
- A.Épargner, investir, consommer
- B.Unité de compte, intermédiaire des échanges, réserve de valeurBonne réponse
- C.Billets, pièces, monnaie scripturale
- D.Payer, emprunter, spéculer
Réponse : B — Unité de compte, intermédiaire des échanges, réserve de valeur
La monnaie mesure la valeur (unité de compte), permet de payer sans troc (intermédiaire des échanges) et de conserver du pouvoir d'achat dans le temps (réserve de valeur). Attention à ne pas confondre les FONCTIONS de la monnaie avec ses FORMES : billets, pièces et monnaie scripturale sont les formes, c'est une question différente qu'on te posera aussi.
Quelle forme de monnaie représente aujourd'hui l'essentiel de la masse monétaire ?
- A.La monnaie scripturale, c'est-à-dire les dépôts à vue sur les comptes bancairesBonne réponse
- B.La monnaie fiduciaire, c'est-à-dire les billets
- C.La monnaie divisionnaire, c'est-à-dire les pièces
- D.L'or détenu par la banque centrale
Réponse : A — La monnaie scripturale, c'est-à-dire les dépôts à vue sur les comptes bancaires
Environ 90 % de la monnaie en circulation est scripturale : ce sont de simples lignes d'écriture sur les comptes bancaires, que l'on déplace par carte, virement ou prélèvement. Les billets pèsent bien moins, et les pièces sont marginales. Quant à l'or, il ne sert plus de contrepartie à la monnaie depuis l'abandon de la convertibilité.
Que signifie la formule « les crédits font les dépôts » ?
- A.Les banques prêtent uniquement l'argent que leurs clients ont déposé
- B.Il faut déposer une garantie avant d'obtenir un crédit
- C.En accordant un crédit, la banque crée de la monnaie nouvelle, qui apparaît comme un dépôt sur le compte de l'emprunteurBonne réponse
- D.Les dépôts des ménages financent l'investissement des entreprises
Réponse : C — En accordant un crédit, la banque crée de la monnaie nouvelle, qui apparaît comme un dépôt sur le compte de l'emprunteur
La banque n'a pas besoin de détenir au préalable la somme prêtée : elle inscrit le montant au crédit du compte de l'emprunteur, créant ainsi de la monnaie scripturale par une écriture comptable. Le dépôt est donc la CONSÉQUENCE du crédit, et non sa condition. L'idée que la banque se contenterait de recycler l'épargne existante est justement l'erreur que cette formule sert à corriger.
Une action est :
- A.un titre de créance qui donne droit à un intérêt fixe
- B.un prêt accordé par une banque à une entreprise
- C.un compte d'épargne rémunéré
- D.un titre de propriété qui donne droit à un dividende et à un droit de voteBonne réponse
Réponse : D — un titre de propriété qui donne droit à un dividende et à un droit de vote
Acheter une action, c'est devenir copropriétaire d'une fraction de l'entreprise : on vote en assemblée générale et on touche un dividende si des bénéfices sont distribués. Le titre de créance à intérêt fixe, c'est l'obligation. C'est LA distinction du chapitre : propriété et dividende d'un côté, créance et intérêt de l'autre.
Un agent économique est en besoin de financement lorsque :
- A.son épargne est supérieure à ses dépenses d'investissement
- B.ses projets de dépenses dépassent ses ressources propresBonne réponse
- C.il possède plusieurs comptes bancaires
- D.il rembourse un emprunt en cours
Réponse : B — ses projets de dépenses dépassent ses ressources propres
Le besoin de financement apparaît quand un agent veut dépenser plus qu'il ne dispose de ressources : il doit alors emprunter ou émettre des titres. La première proposition décrit exactement l'inverse, la capacité de financement, typique des ménages pris dans leur ensemble. Le nombre de comptes n'a évidemment rien à voir.
Quel est l'objectif principal de la politique monétaire de la Banque centrale européenne ?
- A.La croissance maximale du PIB, quel qu'en soit le coût
- B.L'équilibre du budget des États membres
- C.La suppression totale de l'inflation
- D.La stabilité des prix, avec une inflation proche de 2 % à moyen termeBonne réponse
Réponse : D — La stabilité des prix, avec une inflation proche de 2 % à moyen terme
Le mandat principal de la BCE est la stabilité des prix, définie comme une inflation proche de 2 % à moyen terme. Remarque bien qu'il ne s'agit pas de zéro inflation : une inflation légèrement positive protège de la déflation, plus dangereuse encore. L'équilibre budgétaire relève des États, pas de la banque centrale, même si la BCE peut soutenir la croissance sans compromettre son objectif de prix.
Une entreprise finance une nouvelle usine en émettant des obligations achetées par des épargnants. De quel mode de financement s'agit-il ?
- A.Un autofinancement
- B.Un financement externe indirect
- C.Un financement externe directBonne réponse
- D.Une création monétaire
Réponse : C — Un financement externe direct
Les fonds viennent d'autres agents, donc le financement est externe. Et ils viennent directement des épargnants qui achètent les titres, sans qu'une banque s'interpose en portant le risque : c'est donc du financement externe direct, réalisé sur les marchés financiers. Le financement indirect aurait supposé un crédit bancaire ; l'autofinancement, l'usage des bénéfices de l'entreprise elle-même.
Un placement rapporte un taux d'intérêt nominal de 2 % alors que l'inflation atteint 6 %. Quel est le taux d'intérêt réel ?
- A.8 %
- B.3 %
- C.− 4 %Bonne réponse
- D.4 %
Réponse : C — − 4 %
Taux réel = taux nominal − taux d'inflation = 2 − 6 = − 4 %. Malgré des intérêts positifs, l'épargnant perd du pouvoir d'achat : ses 100 € deviennent 102 €, mais ce qu'il voulait acheter coûte désormais 106 €. Additionner les deux taux (8 %) est l'erreur classique ; retiens qu'on soustrait toujours l'inflation, et qu'un taux réel négatif est parfaitement possible.
Que se passe-t-il lorsqu'un emprunteur rembourse le capital de son crédit bancaire ?
- A.De la monnaie est détruiteBonne réponse
- B.De la monnaie est créée une seconde fois
- C.La masse monétaire reste rigoureusement inchangée
- D.La banque centrale émet de nouveaux billets en contrepartie
Réponse : A — De la monnaie est détruite
La création monétaire fonctionne dans les deux sens. Quand la banque accorde le crédit, elle crée de la monnaie scripturale ; quand l'emprunteur rembourse le capital, la somme disparaît des comptes : la monnaie est détruite. Seuls les intérêts restent, comme revenu de la banque. C'est pourquoi la masse monétaire n'augmente que si les nouveaux crédits dépassent les remboursements.
Laquelle de ces affirmations sur les obligations est EXACTE ?
- A.L'obligataire vote à l'assemblée générale de l'entreprise
- B.L'obligation n'est jamais remboursée : il faut la revendre pour récupérer sa mise
- C.L'obligation est un titre de créance : elle donne droit à un intérêt et à un remboursement à l'échéanceBonne réponse
- D.L'obligation est plus risquée que l'action car sa rémunération est variable
Réponse : C — L'obligation est un titre de créance : elle donne droit à un intérêt et à un remboursement à l'échéance
L'obligataire est un prêteur, pas un propriétaire : il perçoit un intérêt généralement fixe et récupère son capital à l'échéance prévue. Il ne vote donc pas en assemblée générale, ce privilège étant réservé aux actionnaires. Et c'est l'action qui n'est jamais remboursée et dont la rémunération est variable : l'obligation est en général le placement le moins risqué des deux.
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