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Comment les marchés dysfonctionnent-ils ?

Première · SES · Science économique

Science économique

Le pouvoir de marché : monopole, oligopole et politique de la concurrence

Dans le chapitre précédent, le marché concurrentiel maximisait le surplus total. Mais dans la réalité, les cinq conditions de la concurrence parfaite ne sont presque jamais réunies. Certaines entreprises disposent alors d'un pouvoir de marché : elles peuvent influencer le prix au lieu de le subir.

Trois structures de marché imparfaitement concurrentielles

StructureNombre d'offreursProduitExemple
MonopoleUn seulSans substitut procheRéseau ferré, distribution d'eau d'une commune
OligopoleQuelques-unsHomogène ou différenciéTéléphonie mobile, transport aérien
Concurrence monopolistiqueNombreuxDifférencié (marque, qualité, image)Restauration, vêtements, cosmétiques

Le monopole peut avoir plusieurs origines : un monopole naturel (les coûts fixes sont si élevés qu'il est moins coûteux qu'une seule entreprise produise, comme un réseau ferroviaire), un monopole d'innovation protégé par un brevet, ou un monopole institutionnel accordé par l'État.

L'oligopole : l'interdépendance stratégique

En oligopole, chaque entreprise doit anticiper la réaction de ses rares concurrentes : si elle baisse son prix, les autres suivront-elles ? C'est ce qu'on appelle l'interdépendance stratégique. Deux issues sont possibles : la guerre des prix, qui profite aux consommateurs, ou au contraire l'entente (cartel), où les entreprises s'accordent secrètement sur les prix ou se partagent le marché — au détriment des consommateurs.

La politique de la concurrence

Pour préserver le fonctionnement des marchés, les pouvoirs publics mènent une politique de la concurrence. En France, c'est l'Autorité de la concurrence ; au niveau européen, la Commission européenne.

Science économique

Les défaillances du marché : externalités, biens communs, asymétries d'information

Même parfaitement concurrentiel, un marché peut aboutir à un résultat collectivement mauvais. On parle alors de défaillance du marché : le marché, laissé à lui-même, n'assure plus une allocation efficace des ressources. Trois cas figurent au programme.

1. Les externalités

Le problème est simple : celui qui décide ne supporte pas toutes les conséquences de sa décision. Le coût privé qu'il calcule diffère du coût social supporté par la collectivité. Conséquence : les activités à externalité négative sont surproduites, celles à externalité positive sont sous-produites.

InstrumentPrincipeExemple
Taxe (dite taxe pigouvienne)Faire payer au pollueur le coût qu'il impose aux autres, pour l'inciter à réduire son activité polluanteTaxe carbone, malus écologique
SubventionEncourager une activité à externalité positive en la rendant plus rentableAide à la rénovation thermique, financement de la recherche
RéglementationInterdire ou plafonner directement les comportements nuisiblesNormes d'émission, zones à faibles émissions
Marché de quotas d'émissionFixer un plafond global d'émissions et laisser s'échanger les droits à polluer : la réduction se fait là où elle coûte le moins cherMarché européen du carbone (SEQE-UE)

2. Biens communs et biens collectifs

Pour classer les biens, on croise deux critères. Un bien est rival si la consommation par l'un empêche celle par l'autre. Il est excluable si l'on peut techniquement empêcher quelqu'un d'y accéder (par exemple en faisant payer).

ExcluableNon excluable
RivalBien privé (un sandwich, un vélo)Bien commun (banc de poissons, nappe phréatique, forêt en libre accès)
Non rivalBien de club (chaîne payante, autoroute à péage)Bien collectif (éclairage public, défense nationale, air pur)

3. Les asymétries d'information

  • Remèdes généraux aux asymétries d'information : les signaux émis par la partie informée (diplôme, garantie constructeur, label, certification bio).
  • Le screening : la partie non informée cherche à trier (contrôle technique obligatoire, essai du véhicule, période d'essai).
  • L'intervention publique : obligation d'information du consommateur, étiquetage, agences de notation, autorités sanitaires.

Exercices corrigés

  1. L'éclairage public d'une rue est un exemple de :

    • A.bien collectif : non rival et non excluableBonne réponse
    • B.bien commun : rival et non excluable
    • C.bien de club : non rival et excluable
    • D.bien privé : rival et excluable

    Réponse : A — bien collectif : non rival et non excluable

    Un passant supplémentaire ne prive personne de lumière : le bien est non rival. Et on ne peut pas empêcher un passant d'en profiter : il est non excluable. C'est la définition exacte du bien collectif. Le laisser au marché conduirait au comportement de passager clandestin, chacun attendant que les autres financent l'éclairage.

  2. Se faire vacciner produit une externalité :

    • A.négative, car la vaccination a un coût pour la Sécurité sociale
    • B.négative, car cela crée des files d'attente en pharmacie
    • C.nulle, car la vaccination ne concerne que la personne vaccinée
    • D.positive, car en se protégeant on réduit aussi le risque de contamination des autresBonne réponse

    Réponse : D — positive, car en se protégeant on réduit aussi le risque de contamination des autres

    Une personne vaccinée ne transmet plus, ou beaucoup moins, la maladie : elle protège donc des gens qui ne lui ont rien demandé et ne la paient pas. C'est une externalité positive typique. Conséquence : laissée au marché seul, la vaccination serait sous-produite, chacun ne tenant compte que de son bénéfice privé. D'où les campagnes gratuites ou obligatoires.

  3. Par rapport à un marché en concurrence parfaite, un monopole conduit généralement à :

    • A.un prix plus élevé et une quantité échangée plus faibleBonne réponse
    • B.un prix plus faible et une quantité plus élevée
    • C.un prix identique mais une meilleure qualité
    • D.un prix plus élevé et une quantité plus élevée

    Réponse : A — un prix plus élevé et une quantité échangée plus faible

    Le monopole exploite l'absence de concurrent pour vendre plus cher. Mais à prix plus élevé, une partie des consommateurs renonce à acheter : la quantité échangée diminue. Le surplus du consommateur baisse, une partie est captée par le monopoleur et une autre est purement perdue. Un prix plus élevé ET une quantité plus élevée est impossible : cela contredirait la loi de la demande.

  4. Un banc de poissons en haute mer, accessible à tous les bateaux, est :

    • A.un bien collectif, car il appartient à l'humanité
    • B.un bien privé, car chaque pêcheur possède ses prises
    • C.un bien commun : rival et non excluable, d'où un risque de surexploitationBonne réponse
    • D.un bien de club, réservé aux pêcheurs professionnels

    Réponse : C — un bien commun : rival et non excluable, d'où un risque de surexploitation

    Chaque poisson pêché n'est plus disponible pour les autres : le bien est rival. Et en haute mer, on ne peut pas empêcher un bateau d'y accéder : il est non excluable. Ce croisement définit le bien commun, exposé à la tragédie des communs : chacun a intérêt à pêcher avant les autres, jusqu'à l'épuisement de la ressource. Ne le confonds pas avec un bien collectif, qui lui est non rival.

  5. Pourquoi une activité produisant une externalité négative est-elle surproduite par le marché ?

    • A.Parce que le producteur ne supporte que son coût privé, inférieur au coût socialBonne réponse
    • B.Parce que les consommateurs en demandent toujours trop
    • C.Parce que l'État subventionne systématiquement ces activités
    • D.Parce que le coût privé est supérieur au coût social

    Réponse : A — Parce que le producteur ne supporte que son coût privé, inférieur au coût social

    Le producteur décide de sa quantité en comparant ses recettes à SON coût. Comme il ne paie pas les dégâts qu'il inflige aux autres, son coût privé est inférieur au coût social réellement supporté par la collectivité. Il produit donc davantage que la quantité socialement optimale. C'est exactement pour combler cet écart qu'on utilise une taxe : elle internalise l'externalité.

  6. Une entreprise dispose d'un pouvoir de marché lorsqu'elle :

    • A.vend en très grandes quantités
    • B.peut fixer un prix supérieur au prix de concurrence parfaite sans perdre tous ses clientsBonne réponse
    • C.réalise un chiffre d'affaires supérieur à un milliard d'euros
    • D.exporte dans de nombreux pays

    Réponse : B — peut fixer un prix supérieur au prix de concurrence parfaite sans perdre tous ses clients

    Le pouvoir de marché se définit par la capacité à influencer le prix, c'est-à-dire à ne plus être preneur de prix mais faiseur de prix. Ni la taille absolue, ni le chiffre d'affaires, ni l'internationalisation ne suffisent : une très grosse entreprise sur un marché mondial extrêmement concurrentiel peut rester preneuse de prix.

  7. Qu'est-ce qu'une externalité ?

    • A.Un coût de production supporté par l'entreprise
    • B.Une taxe payée par le consommateur final
    • C.L'effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un autre, sans contrepartie monétaireBonne réponse
    • D.La délocalisation d'une activité à l'étranger

    Réponse : C — L'effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un autre, sans contrepartie monétaire

    L'externalité est un effet qui échappe au marché : personne ne paie ni ne reçoit de compensation pour lui. C'est justement ce qui la rend problématique, car le prix ne transmet plus toute l'information. Le préfixe « externe » ne renvoie pas à l'étranger, mais à ce qui est extérieur à la transaction marchande.

  8. Comment appelle-t-on une entente secrète entre entreprises d'un oligopole pour fixer les prix ?

    • A.Une concentration
    • B.Une externalité positive
    • C.Une subvention croisée
    • D.Un cartelBonne réponse

    Réponse : D — Un cartel

    Un cartel est un accord, généralement secret, par lequel des entreprises concurrentes fixent leurs prix ou se partagent le marché. C'est illégal, car cela revient à supprimer la concurrence tout en gardant l'apparence de plusieurs vendeurs indépendants. Une concentration, elle, est une fusion ou un rachat : elle est légale mais soumise à autorisation.

  9. Un automobiliste très bien assuré devient nettement moins prudent au volant. De quel phénomène s'agit-il ?

    • A.D'une sélection adverse
    • B.D'un aléa moralBonne réponse
    • C.D'une externalité positive
    • D.D'un comportement de passager clandestin

    Réponse : B — D'un aléa moral

    Le contrat est déjà signé, et c'est le comportement du conducteur, non observable par l'assureur, qui change : c'est la définition de l'aléa moral. La sélection adverse jouerait avant le contrat, quand l'assureur ignore le niveau de risque réel du candidat. Le repère à retenir : sélection adverse = avant, aléa moral = après. Les franchises servent justement à limiter l'aléa moral.

  10. Quelle situation relève de la politique de la concurrence menée par l'Autorité de la concurrence ?

    • A.Fixer le prix de vente des médicaments remboursés
    • B.Décider du montant du SMIC
    • C.Autoriser, sous conditions, la fusion de deux grandes chaînes de supermarchésBonne réponse
    • D.Verser une aide aux entreprises exportatrices

    Réponse : C — Autoriser, sous conditions, la fusion de deux grandes chaînes de supermarchés

    Le contrôle des concentrations est l'un des trois volets de la politique de la concurrence, avec la lutte contre les ententes et la sanction des abus de position dominante. Une fusion peut être autorisée, refusée, ou autorisée à condition de céder certains magasins. Le SMIC relève de la politique du travail, l'aide à l'export de la politique industrielle, et le prix des médicaments d'une régulation sanitaire spécifique.

  11. Sur le marché des voitures d'occasion, les vendeurs de bonnes voitures finissent par se retirer et la qualité moyenne s'effondre. Ce mécanisme s'appelle :

    • A.l'aléa moral
    • B.la tragédie des communs
    • C.l'abus de position dominante
    • D.la sélection adverseBonne réponse

    Réponse : D — la sélection adverse

    L'acheteur ne peut pas distinguer une bonne voiture d'une épave AVANT l'achat : il ne propose donc qu'un prix moyen. Ce prix est trop bas pour les bonnes voitures, dont les vendeurs quittent le marché ; la qualité moyenne baisse, le prix baisse encore, et ainsi de suite. C'est la sélection adverse analysée par Akerlof : le mauvais chasse le bon. L'aléa moral, lui, concernerait un comportement après la vente.

  12. Un marché de quotas d'émission de CO2 fonctionne selon quel principe ?

    • A.L'État interdit purement et simplement toute émission au-delà d'un seuil, sans échange possible
    • B.Un plafond global d'émissions est fixé, et les droits à émettre s'échangent : la réduction se fait là où elle coûte le moins cherBonne réponse
    • C.Chaque entreprise paie une amende proportionnelle à son chiffre d'affaires
    • D.Les entreprises reçoivent une subvention proportionnelle à leurs émissions

    Réponse : B — Un plafond global d'émissions est fixé, et les droits à émettre s'échangent : la réduction se fait là où elle coûte le moins cher

    Le régulateur fixe une quantité totale d'émissions autorisées, puis distribue ou vend des quotas. Les entreprises pour lesquelles dépolluer coûte peu réduisent leurs émissions et revendent leurs quotas ; celles pour qui c'est très coûteux achètent des quotas. L'objectif global est atteint au moindre coût pour la collectivité. Subventionner les émissions serait évidemment contre-productif, et une interdiction sèche relèverait de la réglementation, pas du marché de quotas.

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Ce chapitre compte 35 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

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