1944-1947 : refonder la République
Troisième · Histoire-Géo · EMC · Histoire — Françaises et Français dans une République repensée
Histoire
La Libération et la refondation politique
À l'été 1944, la France se libère peu à peu de l'occupation allemande : Paris est libérée le 25 août 1944. Le régime de Vichy s'effondre, discrédité par sa collaboration avec l'Allemagne nazie. Il faut alors reconstruire un État et redonner à la France des institutions républicaines légitimes.
Le GPRF : rétablir l'État républicain
Le vote des femmes, une avancée citoyenne majeure
Par l'ordonnance du 21 avril 1944, signée à Alger, le GPRF accorde aux femmes le droit de vote et d'éligibilité, une revendication ancienne restée sans suite sous la IIIe République. Les femmes votent pour la première fois lors des élections municipales d'avril-mai 1945, puis lors des élections législatives d'octobre 1945. Certaines sont élues députées : la citoyenneté française s'élargit enfin à la moitié de la population adulte.
| Date | Événement |
|---|---|
| 21 avril 1944 | Ordonnance : droit de vote et d'éligibilité des femmes |
| 25 août 1944 | Libération de Paris |
| Avril-mai 1945 | Premières élections municipales avec vote des femmes |
| 21 octobre 1945 | Référendum + élection de l'Assemblée constituante |
| 20 janvier 1946 | Démission de Charles de Gaulle |
| 5 mai 1946 | Rejet par référendum du premier projet de Constitution |
| 13 octobre 1946 | Adoption par référendum de la Constitution de la IVe République |
Vers une nouvelle Constitution
Le référendum du 21 octobre 1945 pose une double question aux Français : faut-il élire une Assemblée constituante chargée d'écrire une nouvelle Constitution (« oui » massif : la IIIe République, discréditée, n'est pas rétablie), et faut-il limiter les pouvoirs de cette assemblée (« oui » également). Un premier projet de Constitution, jugé trop favorable à une assemblée unique toute-puissante, est rejeté par référendum le 5 mai 1946. Une seconde Assemblée constituante rédige un nouveau texte, adopté par référendum le 13 octobre 1946 : c'est la naissance de la IVe République.
Histoire
Le programme du CNR et la reconstruction sociale
Pendant l'Occupation, les résistants ne se battent pas seulement pour libérer le territoire : ils préparent aussi le monde d'après. Le 15 mars 1944, le Conseil National de la Résistance (CNR), qui réunit mouvements de résistance, syndicats et partis politiques, adopte un programme ambitieux surnommé « Les Jours heureux ».
Le programme du CNR : un projet de société
Ce programme prévoit d'instaurer une démocratie économique et sociale : garantir à chacun un emploi, un salaire décent, une protection contre la maladie, la vieillesse et le chômage, et reprendre le contrôle des grands leviers de l'économie confisqués par de grandes entreprises privées pendant l'Occupation. Il s'agit de tirer les leçons de la crise des années 1930 et de l'effondrement de 1940.
Les nationalisations, un État plus présent dans l'économie
Entre 1945 et 1946, l'État nationalise plusieurs secteurs jugés stratégiques : les grandes banques et les compagnies d'assurances, les houillères (mines de charbon), l'électricité et le gaz (EDF-GDF, avril 1946) ainsi que le transport aérien (Air France). Ces nationalisations donnent à l'État les moyens de piloter la reconstruction du pays.
Le tripartisme et les débuts difficiles de la IVe République
De 1944 à 1947, la France est gouvernée par une coalition entre trois grands partis issus de la Résistance : le Parti communiste (PCF), la SFIO (socialistes) et le MRP (démocrates-chrétiens). C'est le tripartisme. Mais les tensions montent avec le début de la guerre froide : en mai 1947, le président du Conseil Paul Ramadier exclut les ministres communistes du gouvernement, mettant fin au tripartisme. La IVe République reste ensuite marquée par une grande instabilité ministérielle, malgré les réformes sociales ambitieuses de ses débuts.
Exercices corrigés
Quelle ordonnance accorde aux femmes le droit de vote et d'éligibilité en France ?
- A.L'ordonnance du 21 avril 1944Bonne réponse
- B.La loi du 21 avril 1944
- C.Le décret du 25 août 1944
- D.La Constitution de 1946
Réponse : A — L'ordonnance du 21 avril 1944
C'est bien une ordonnance, signée à Alger le 21 avril 1944 par le GPRF, qui accorde le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Le 25 août 1944 correspond à la libération de Paris, pas à ce droit. La Constitution de 1946, elle, vient bien plus tard : le droit de vote des femmes est acquis avant.
En quelle année les femmes votent-elles pour la première fois en France ?
- A.1936
- B.1944
- C.1945Bonne réponse
- D.1946
Réponse : C — 1945
Même si l'ordonnance date d'avril 1944, le premier scrutin où les femmes votent réellement est celui des élections municipales d'avril-mai 1945. 1936, c'est le Front populaire, où les femmes ne votent pas encore. 1946, c'est déjà la Constitution de la IVe République, bien après le premier vote féminin.
Que désigne le sigle CNR ?
- A.Conseil National de la République
- B.Comité National du Ravitaillement
- C.Commission Nationale de la Reconstruction
- D.Conseil National de la RésistanceBonne réponse
Réponse : D — Conseil National de la Résistance
Le CNR, c'est le Conseil National de la Résistance : il réunit mouvements de résistance, syndicats et partis politiques et adopte, le 15 mars 1944, un programme de réformes pour l'après-guerre. Les autres sigles n'existent pas : ce sont des pièges construits sur des mots proches.
Comment s'appelle le régime politique instauré par la Constitution adoptée le 13 octobre 1946 ?
- A.La IIIe République
- B.L'État français
- C.La IVe RépubliqueBonne réponse
- D.La Ve République
Réponse : C — La IVe République
La Constitution adoptée par référendum le 13 octobre 1946 fonde la IVe République. La IIIe République s'est effondrée en 1940 et n'est pas rétablie. L'État français, c'est le régime de Vichy (1940-1944). La Ve République, elle, ne naît qu'en 1958, bien après la période étudiée ici.
Comment surnomme-t-on le programme adopté par le CNR le 15 mars 1944 ?
- A.« La France libre »
- B.« L'État providence »
- C.« Le Grand Soir »
- D.« Les Jours heureux »Bonne réponse
Réponse : D — « Les Jours heureux »
Le programme du CNR est surnommé « Les Jours heureux » : il prévoit une démocratie économique et sociale pour l'après-guerre (Sécurité sociale, nationalisations…). « La France libre » désigne le mouvement de De Gaulle depuis Londres, pas ce programme. « Le Grand Soir » est une expression révolutionnaire générale, pas le nom du programme du CNR.
Parmi ces secteurs, lequel n'est PAS nationalisé entre 1945 et 1946 ?
- A.Les grandes banques et assurances
- B.L'électricité et le gaz (EDF-GDF)
- C.Les houillères (mines de charbon)
- D.L'industrie automobile dans son ensembleBonne réponse
Réponse : D — L'industrie automobile dans son ensemble
Seule l'entreprise Renault est nationalisée (en sanction de la collaboration de son patron) : l'ensemble de l'industrie automobile française, elle, reste privée (Peugeot, Citroën...). En revanche, banques, assurances, énergie (EDF-GDF, avril 1946) et houillères sont bien nationalisées à cette période.
Qu'appelle-t-on le « tripartisme » entre 1944 et 1947 ?
- A.Un partage du territoire français en trois zones
- B.Les trois référendums organisés sur la Constitution
- C.La coalition gouvernementale entre le PCF, la SFIO et le MRPBonne réponse
- D.Le partage des pouvoirs entre trois présidents
Réponse : C — La coalition gouvernementale entre le PCF, la SFIO et le MRP
Le tripartisme désigne la coalition gouvernementale entre trois grands partis issus de la Résistance : le Parti communiste (PCF), les socialistes (SFIO) et les démocrates-chrétiens (MRP). Ce n'est ni un découpage territorial, ni les référendums constitutionnels (qui sont bien au nombre de trois, mais c'est une coïncidence sans lien avec ce mot), ni un partage entre trois présidents.
Quelle est la différence entre l'épuration « légale » et l'épuration « sauvage » à la Libération ?
- A.L'épuration légale vise les hommes, la sauvage les femmes
- B.L'épuration légale passe par des tribunaux, la sauvage se fait sans jugementBonne réponse
- C.L'épuration légale a lieu en 1944, la sauvage en 1946
- D.Il n'y a aucune différence, ce sont deux noms pour la même chose
Réponse : B — L'épuration légale passe par des tribunaux, la sauvage se fait sans jugement
L'épuration légale est organisée par l'État : des cours de justice et des chambres civiques jugent les collaborateurs (procès de Pétain, de Laval…). L'épuration « sauvage », elle, se produit surtout dans les semaines qui suivent la Libération, en dehors de tout cadre judiciaire (exécutions sommaires, humiliations publiques). La distinction porte donc sur la légalité de la procédure, pas sur le sexe des personnes visées ni sur une simple différence de dates.
Qui dirige le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) à la Libération ?
- A.Philippe Pétain
- B.Charles de GaulleBonne réponse
- C.Léon Blum
- D.Paul Ramadier
Réponse : B — Charles de Gaulle
Charles de Gaulle, figure de la France libre et de la Résistance, dirige le GPRF. Sa légitimité vient de son rôle dans le combat contre l'occupant. Pétain est au contraire le chef de l'État français de Vichy, jugé après la Libération. Blum et Ramadier joueront un rôle plus tard, sous la IVe République.
Quelle réforme majeure, créée fin 1945, protège les Français contre la maladie, la vieillesse et les accidents du travail ?
- A.La Sécurité socialeBonne réponse
- B.Les allocations familiales de 1932
- C.Le Front populaire
- D.L'assurance chômage de 1958
Réponse : A — La Sécurité sociale
La Sécurité sociale, créée par les ordonnances d'octobre 1945, protège les Français contre les grands risques de la vie grâce à un système de cotisations et de solidarité. Les allocations familiales de 1932 existent déjà avant-guerre mais ne couvrent pas maladie et vieillesse. Le Front populaire, c'est 1936, bien avant. L'assurance chômage de 1958 est postérieure et hors sujet ici.
Pourquoi l'entreprise Renault est-elle nationalisée en janvier 1945 ?
- A.Parce qu'elle était en faillite
- B.En sanction de la collaboration de son patron avec l'occupantBonne réponse
- C.Pour préparer son entrée en Bourse
- D.Parce que ses ouvriers l'avaient votée par référendum
Réponse : B — En sanction de la collaboration de son patron avec l'occupant
Renault est un cas particulier parmi les nationalisations : c'est une sanction contre Louis Renault, qui avait fait fabriquer des véhicules pour l'armée allemande pendant l'Occupation. L'entreprise n'était pas en faillite, il n'y a pas eu de référendum d'usine, et l'entrée en Bourse n'a bien sûr aucun rapport avec une nationalisation.
Que décident les Français lors du référendum du 21 octobre 1945 ?
- A.L'élection d'une Assemblée constituante et le refus de rétablir la IIIe RépubliqueBonne réponse
- B.Le rétablissement de la IIIe République
- C.L'adoption définitive de la Constitution de la IVe République
- D.La nationalisation des banques
Réponse : A — L'élection d'une Assemblée constituante et le refus de rétablir la IIIe République
Le 21 octobre 1945, les Français votent massivement pour faire élire une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution, et refusent de revenir aux institutions de la IIIe République. La Constitution de la IVe République, elle, n'est adoptée qu'un an plus tard, en octobre 1946. Les nationalisations sont des décisions du gouvernement, pas l'objet de ce référendum.
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