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Conditions féminines dans une société en mutation

Quatrième · Histoire-Géo · EMC · Histoire — Société, culture et politique dans la France du XIXe siècle

Histoire

Un statut légal très inégal : le Code civil et la vie quotidienne

Tout au long du XIXe siècle, la société française évolue profondément (industrialisation, urbanisation, école), mais la place des femmes dans la loi et dans la vie sociale reste très inégale par rapport à celle des hommes.

Le Code civil de 1804 : une femme mariée « incapable »

Le Code civil, promulgué en 1804, organise durablement les rapports entre hommes et femmes. Une fois mariée, la femme doit obéissance à son mari : elle ne peut, sans son autorisation, ni travailler, ni ouvrir un compte, ni gérer ses propres biens, ni agir en justice.

DroitHomme mariéFemme mariée
Gérer ses propres biensOui, librementNon, sans l'accord du mari
Travailler sans autorisationOuiNon, jusqu'en 1907 pour disposer de son salaire
Voter aux électionsOui (suffrage universel masculin depuis 1848)Non, jusqu'en 1944
Autorité sur les enfantsAutorité paternelle prépondéranteAutorité limitée

Le travail des femmes dans les milieux populaires

Contrairement à l'image d'une femme uniquement « au foyer » (surtout répandue dans la bourgeoisie), de nombreuses femmes des milieux populaires travaillent : usines textiles, ateliers, mines, champs. Elles sont payées bien moins que les hommes pour un travail souvent équivalent.

Histoire

Éducation, féminisme et premières avancées

Une éducation inégale

Pendant longtemps, les filles reçoivent une éducation différente de celle des garçons, jugée suffisante pour leur futur rôle d'épouse et de mère : lecture, écriture, calcul de base, travaux d'aiguille et tenue d'un foyer, plutôt qu'un savoir permettant d'exercer une profession ou de poursuivre de longues études. Cette différence n'est pas un oubli, mais un choix cohérent avec la place que la société du XIXe siècle réserve aux femmes : puisqu'on ne les prépare pas à voter ni à exercer un métier qualifié, on ne juge pas utile de leur donner la même instruction qu'aux garçons. En 1880, la loi Camille Sée crée des lycées publics pour les jeunes filles, une avancée réelle puisque jusque-là l'enseignement secondaire féminin restait rare. Mais leur programme reste différent de celui des garçons : pas de latin, pas de baccalauréat au programme, ce qui leur ferme ensuite l'accès aux études supérieures et aux professions qui l'exigent.

La naissance du mouvement féministe

Hubertine Auclert fonde en 1876 le mouvement « Le Droit des femmes » et réclame en priorité le droit de vote pour les femmes. Ce choix n'est pas un hasard : en 1848, le suffrage devient universel, mais réservé aux seuls hommes, alors que les femmes restent totalement exclues des urnes. Pour Auclert, sans droit de vote, les femmes ne peuvent peser sur les lois qui les concernent, y compris celles qui organisent leur incapacité juridique. Elle refuse notamment de payer ses impôts sans être représentée politiquement, reprenant l'argument « pas de représentation sans impôt, pas d'impôt sans représentation ». Son combat reste cependant sans victoire de son vivant : elle meurt en 1914, et il faudra attendre encore trente ans, jusqu'en 1944, pour que les femmes votent en France.

  • 1861 : Julie-Victoire Daubié, première bachelière française.
  • 1876 : Hubertine Auclert fonde « Le Droit des femmes ».
  • 1880 : loi Camille Sée, création de lycées publics de jeunes filles.
  • 1907 : les femmes mariées peuvent disposer librement de leur salaire.
  • 1944 : les femmes obtiennent enfin le droit de vote.

Exercices corrigés

  1. En quelle année le Code civil, qui organise l'inégalité juridique entre hommes et femmes, est-il promulgué ?

    • A.1848
    • B.1804Bonne réponse
    • C.1870
    • D.1905

    Réponse : B — 1804

    Le Code civil est promulgué en 1804, sous le Consulat de Napoléon Bonaparte. Il fixera durablement, tout au long du XIXe siècle, le statut juridique inférieur de la femme mariée.

  2. Au XIXe siècle, les femmes ont-elles le droit de voter aux élections ?

    • A.Non, elles n'obtiendront ce droit qu'en 1944Bonne réponse
    • B.Oui, depuis 1848 comme les hommes
    • C.Oui, mais seulement les femmes riches
    • D.Oui, depuis la Révolution française

    Réponse : A — Non, elles n'obtiendront ce droit qu'en 1944

    Même quand le suffrage devient universel en 1848, il reste masculin : les femmes en sont exclues tout au long du XIXe siècle et n'obtiendront le droit de vote qu'en 1944, en France.

  3. Dans les familles bourgeoises du XIXe siècle, quel rôle est attendu des femmes ?

    • A.Diriger seule une boutique de couture
    • B.Faire une carrière politique locale
    • C.Rester au foyer, s'occuper des enfants et de la maisonBonne réponse
    • D.Travailler à l'usine comme journalière

    Réponse : C — Rester au foyer, s'occuper des enfants et de la maison

    Dans la bourgeoisie du XIXe siècle, l'idéal social attend des femmes qu'elles restent au foyer, s'occupent de l'éducation des enfants et de la tenue de la maison, sans exercer de profession ni de carrière publique.

  4. Dans les milieux populaires, que fait souvent une femme au XIXe siècle, en plus des tâches domestiques ?

    • A.Elle consacre ses journées à des œuvres de charité, comme les femmes de la bourgeoisie
    • B.Elle dirige elle-même une usine avec plusieurs dizaines d'ouvriers
    • C.Elle vote très régulièrement aux élections locales de sa commune
    • D.Elle travaille (usine, atelier, champs) pour un salaire inférieur à celui des hommesBonne réponse

    Réponse : D — Elle travaille (usine, atelier, champs) pour un salaire inférieur à celui des hommes

    Contrairement à l'idéal bourgeois de la femme au foyer, beaucoup de femmes des milieux populaires travaillent en usine, en atelier ou aux champs, tout en assumant les tâches domestiques, pour un salaire nettement inférieur à celui des hommes.

  5. Que revendique le mouvement féministe naissant à la fin du XIXe siècle ?

    • A.Le retour à la monarchie absolue de l'Ancien Régime
    • B.Le droit de vote et l'égalité des droits pour les femmesBonne réponse
    • C.La suppression de l'école pour tous
    • D.La suppression du Code civil pour les hommes

    Réponse : B — Le droit de vote et l'égalité des droits pour les femmes

    Le mouvement féministe, incarné notamment par Hubertine Auclert, réclame l'égalité des droits entre hommes et femmes : droit de vote, éducation équivalente, droits civils et droit au travail.

  6. Pourquoi peut-on dire que le travail des ouvrières au XIXe siècle est une « double journée » ?

    • A.Parce qu'elles ne travaillent que deux jours par semaine, le reste étant du repos
    • B.Parce qu'elles sont payées deux fois plus que les hommes pour le même poste
    • C.Parce qu'en plus de leur travail salarié, elles assument seules les tâches domestiques et l'éducation des enfantsBonne réponse
    • D.Parce qu'elles changent d'atelier tous les deux jours pour compléter leur salaire

    Réponse : C — Parce qu'en plus de leur travail salarié, elles assument seules les tâches domestiques et l'éducation des enfants

    L'expression « double journée » désigne le cumul, pour de nombreuses ouvrières, d'un travail salarié épuisant (souvent 11 à 12 heures) et de l'ensemble des tâches domestiques et familiales à la maison, sans partage avec le mari.

  7. En quoi la situation d'une ouvrière et celle d'une bourgeoise, au XIXe siècle, diffèrent-elles tout en se ressemblant sur un point ?

    • A.Leurs conditions de vie sont très différentes, mais aucune des deux n'a le droit de vote ni une pleine capacité juridique une fois mariéeBonne réponse
    • B.Les deux touchent exactement le même salaire pour un travail strictement identique et les mêmes horaires
    • C.Les deux disposent pleinement du droit de vote dès la majorité, quel que soit leur statut marital ou leur origine sociale
    • D.Les deux occupent fréquemment des postes politiques importants dans les assemblées locales et nationales

    Réponse : A — Leurs conditions de vie sont très différentes, mais aucune des deux n'a le droit de vote ni une pleine capacité juridique une fois mariée

    Ouvrière et bourgeoise vivent des réalités quotidiennes très différentes (travail épuisant et pauvreté d'un côté, vie de foyer et aisance matérielle de l'autre), mais elles partagent, une fois mariées, la même absence de pleine capacité juridique et la même exclusion du droit de vote, quelle que soit leur classe sociale.

  8. Pourquoi la loi de 1907 sur le salaire des femmes mariées est-elle une avancée limitée plutôt qu'une révolution ?

    • A.Parce que cette loi aurait été immédiatement annulée l'année suivante sous la pression des députés les plus conservateurs
    • B.Parce qu'elle autorise les femmes mariées à disposer de leur salaire, mais seulement avec l'accord préalable de leur mari
    • C.Parce qu'elle touche un point précis (le salaire) sans remettre en cause l'incapacité juridique générale de la femme mariée ni lui donner le droit de voteBonne réponse
    • D.Parce qu'elle donne dès 1907 le droit de vote à toutes les femmes mariées, sur l'ensemble du territoire français

    Réponse : C — Parce qu'elle touche un point précis (le salaire) sans remettre en cause l'incapacité juridique générale de la femme mariée ni lui donner le droit de vote

    La loi de 1907 est une avancée réelle mais ciblée : elle règle uniquement la question du salaire, sans supprimer l'incapacité juridique générale de la femme mariée (gestion des biens, autorité du mari) ni lui accorder le droit de vote, obtenu seulement en 1944.

  9. Classe ces événements dans l'ordre chronologique : loi Camille Sée, Code civil, loi sur le salaire des femmes mariées, fondation du mouvement d'Hubertine Auclert.

    • A.Loi Camille Sée (1880), Code civil (1804), fondation du mouvement (1876), loi sur le salaire (1907)
    • B.Fondation du mouvement (1876), Code civil (1804), loi Camille Sée (1880), loi sur le salaire (1907)
    • C.Loi sur le salaire (1907), loi Camille Sée (1880), fondation du mouvement (1876), Code civil (1804)
    • D.Code civil (1804), fondation du mouvement d'Hubertine Auclert (1876), loi Camille Sée (1880), loi sur le salaire des femmes mariées (1907)Bonne réponse

    Réponse : D — Code civil (1804), fondation du mouvement d'Hubertine Auclert (1876), loi Camille Sée (1880), loi sur le salaire des femmes mariées (1907)

    L'ordre chronologique est : Code civil (1804), fondation du mouvement d'Hubertine Auclert (1876), loi Camille Sée créant les lycées de filles (1880), loi sur le salaire des femmes mariées (1907). Cette chronologie montre bien la lenteur des progrès sur plus d'un siècle.

  10. En quoi la situation des femmes au XIXe siècle illustre-t-elle un décalage entre progrès social (éducation, salaire) et progrès politique (droit de vote) ?

    • A.Des avancées réelles mais limitées apparaissent progressivement sur l'éducation (1880) et le salaire (1907), sans jamais toucher à l'exclusion politique des femmes, qui perdure jusqu'en 1944 malgré les mobilisations féministesBonne réponse
    • B.Le droit de vote est acquis dès 1804 en même temps que le Code civil, qui accorde alors aux femmes les mêmes droits politiques que les hommes dans toute la société
    • C.Aucun progrès n'a lieu avant le XXe siècle : ni l'éducation, ni le salaire, ni aucun autre domaine de la vie des femmes ne connaît la moindre évolution avant 1900
    • D.L'éducation des filles n'évolue pas du tout entre 1804 et 1914, les programmes scolaires et l'accès à l'école restant rigoureusement identiques pendant tout le XIXe siècle

    Réponse : A — Des avancées réelles mais limitées apparaissent progressivement sur l'éducation (1880) et le salaire (1907), sans jamais toucher à l'exclusion politique des femmes, qui perdure jusqu'en 1944 malgré les mobilisations féministes

    Le XIXe siècle voit des avancées ponctuelles sur l'éducation et l'économie du foyer, mais l'exclusion politique des femmes (pas de droit de vote) reste totale jusqu'en 1944, malgré les revendications féministes dès 1876 : les progrès sociaux précèdent largement le progrès politique.

  11. D'après le Code civil de 1804, une femme mariée est considérée comme...

    • A.Totalement libre de ses décisions
    • B.L'égale juridique de son mari
    • C.Propriétaire de tous les biens du couple
    • D.Juridiquement incapable, sous l'autorité de son mariBonne réponse

    Réponse : D — Juridiquement incapable, sous l'autorité de son mari

    Le Code civil de 1804 place la femme mariée dans une situation d'incapacité juridique : elle doit obéissance à son mari et ne peut accomplir seule de nombreux actes de la vie civile (travailler, gérer ses biens, ester en justice) sans son autorisation.

  12. Concrètement, que signifie le fait qu'une femme mariée soit « juridiquement incapable » selon le Code civil de 1804 ?

    • A.Elle ne peut pas travailler, ouvrir un compte ou ester en justice sans l'autorisation de son mariBonne réponse
    • B.Elle ne sait ni lire ni écrire, faute d'école obligatoire
    • C.Elle n'a pas le droit de se marier sans dot fournie par sa famille
    • D.Elle ne peut pas avoir d'enfants hors du mariage religieux

    Réponse : A — Elle ne peut pas travailler, ouvrir un compte ou ester en justice sans l'autorisation de son mari

    « Incapacité juridique » est un terme légal, pas un jugement sur l'intelligence : il signifie que la femme mariée ne peut accomplir seule certains actes civils (travailler librement, ouvrir un compte, agir en justice) sans l'accord de son mari.

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