Récits et témoignages des deux guerres mondiales
Troisième · Français · Agir dans la cité : individu et pouvoir
Littérature
Témoigner de la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale (1914-1918) est une guerre d'un genre nouveau : elle mobilise des millions de soldats dans les tranchées, utilise des armes industrielles (gaz, artillerie lourde, mitrailleuses) et provoque des pertes humaines sans précédent. Beaucoup d'écrivains, souvent d'anciens combattants, ont cherché à témoigner de cette expérience pour que le lecteur comprenne ce que « vivre » et « survivre » dans les tranchées voulait vraiment dire.
Pourquoi écrire sur la guerre ?
Les écrivains témoins de la Grande Guerre poursuivent plusieurs objectifs à la fois :
Informer : montrer une réalité que la censure de l'époque cachait souvent au grand public (les journaux minimisaient les pertes et la violence des combats).
Dénoncer l'absurdité et l'horreur de la guerre, la boucherie que représentent les grandes offensives meurtrières.
Rendre hommage aux soldats, appelés « poilus », et à leur courage au quotidien.
Transmettre une expérience aux générations futures, pour que « plus jamais ça » ne reste pas un vœu pieux.
| Auteur | Œuvre | Particularité |
|---|---|---|
| Henri Barbusse | Le Feu (1916) | Roman écrit pendant la guerre par un soldat mobilisé, Prix Goncourt 1916 |
| Maurice Genevoix | Ceux de 14 (1916-1923) | Cycle de récits autobiographiques sur les combats vécus par l'auteur |
| Erich Maria Remarque | À l'Ouest, rien de nouveau (1929) | Point de vue allemand, montre l'horreur vécue des deux côtés du front |
| Blaise Cendrars | La Main coupée (1946) | Récit autobiographique, l'auteur y perd lui-même une main au combat |
Littérature
Écrire la Seconde Guerre mondiale et la Shoah
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) donne lieu à un autre type de témoignage, marqué en particulier par l'expérience de la déportation et du génocide des Juifs d'Europe, appelé la Shoah. Les récits qui en sont issus posent une question redoutable : comment mettre en mots une horreur presque indicible, celle des camps de concentration et d'extermination ?
Des formes de témoignage différentes
Le témoignage sur la Seconde Guerre mondiale prend des formes variées selon le vécu de l'auteur et le moment de l'écriture :
Le journal intime, écrit au jour le jour, pendant les événements, comme celui d'Anne Frank, qui raconte sa vie cachée à Amsterdam de 1942 à 1944.
Le récit de déportation, écrit après la guerre par un survivant des camps, comme Primo Levi (Si c'est un homme, 1947) ou Robert Antelme (L'Espèce humaine, 1947).
Le roman inspiré de faits réels, qui met en scène la Résistance, l'Occupation ou la vie quotidienne sous le régime de Vichy.
- La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) donne lieu à des témoignages sur l'Occupation, la Résistance et la déportation.
- La Shoah désigne le génocide des Juifs d'Europe organisé par le régime nazi.
- Anne Frank tient un journal intime pendant qu'elle se cache ; Primo Levi écrit après-coup son expérience des camps.
- Ces textes ont une valeur de devoir de mémoire : ils transmettent aux générations futures une expérience qu'il ne faut jamais oublier.
Exercices corrigés
Quelles années couvre la Première Guerre mondiale ?
- A.1939-1945
- B.1914-1918Bonne réponse
- C.1870-1871
- D.1789-1799
Réponse : B — 1914-1918
La Première Guerre mondiale se déroule de 1914 à 1918. 1939-1945 correspond à la Seconde Guerre mondiale (option 1), 1870-1871 à la guerre franco-prussienne (option 3), et 1789-1799 à la Révolution française (option 4) : ce sont trois périodes historiques très différentes, à ne pas confondre.
Qui a écrit Le Feu, roman de témoignage sur la Première Guerre mondiale publié en 1916 ?
- A.Maurice Genevoix
- B.Henri BarbusseBonne réponse
- C.Primo Levi
- D.Anne Frank
Réponse : B — Henri Barbusse
Henri Barbusse publie Le Feu en 1916, alors qu'il est lui-même soldat mobilisé : le roman obtient le prix Goncourt cette année-là. Genevoix (option 1) est également un témoin de 14-18 mais l'auteur de Ceux de 14. Primo Levi (option 3) et Anne Frank (option 4) sont des témoins de la Seconde Guerre mondiale, pas de la Première.
Qui est l'auteure du célèbre Journal tenu de 1942 à 1944, alors qu'elle se cachait avec sa famille à Amsterdam ?
- A.Primo Levi
- B.Anne FrankBonne réponse
- C.Robert Antelme
- D.Maurice Genevoix
Réponse : B — Anne Frank
Anne Frank, adolescente juive, tient son journal de juin 1942 à août 1944, pendant qu'elle se cache avec sa famille à Amsterdam. Primo Levi (option 0) et Robert Antelme (option 2) écrivent après-coup leur expérience des camps, pas un journal tenu en temps réel. Genevoix (option 3) est un témoin de la Première Guerre mondiale, pas de la Seconde.
Quelle différence essentielle sépare un journal intime comme celui d'Anne Frank et un récit comme Si c'est un homme de Primo Levi ?
- A.Le journal est écrit au jour le jour, le récit de Levi après-coup, une fois les faits terminésBonne réponse
- B.Le journal parle de la Première Guerre mondiale, le récit de Levi de la Seconde
- C.Il n'y a strictement aucune différence entre ces deux formes de récit
- D.Le journal est un texte de fiction, le récit de Levi est un documentaire filmé
Réponse : A — Le journal est écrit au jour le jour, le récit de Levi après-coup, une fois les faits terminés
Anne Frank écrit son journal en temps réel, sans connaître la suite des événements, tandis que Primo Levi écrit Si c'est un homme après sa libération des camps, avec le recul du survivant. Les deux textes parlent bien de la Seconde Guerre mondiale, pas de guerres différentes (option 1 fausse). Il existe une vraie différence de forme et de moment d'écriture (option 2 fausse). Et aucun des deux n'est un documentaire filmé (option 3 fausse) : ce sont deux textes écrits.
Quel type de récit correspond le mieux à L'Espèce humaine de Robert Antelme, écrit après la libération des camps en 1947 ?
- A.Un journal intime tenu au jour le jour, en temps réel
- B.Un récit de déportation écrit après-coup par un survivant des campsBonne réponse
- C.Un roman de science-fiction se déroulant dans le futur
- D.Une pièce de théâtre engagée, jouée sur scène
Réponse : B — Un récit de déportation écrit après-coup par un survivant des camps
L'Espèce humaine (1947) est un récit de déportation écrit par Robert Antelme après sa libération : il a le recul du survivant sur son expérience, contrairement à un journal intime tenu au jour le jour (option 0), qui décrit les faits sans connaître la suite. Ce n'est ni un roman de science-fiction (option 2), ni une pièce de théâtre (option 3) : c'est un texte en prose à visée testimoniale, ancré dans une expérience réellement vécue.
Pourquoi peut-on dire que le témoignage littéraire n'est pas un simple compte-rendu neutre des faits ?
- A.Parce qu'il s'agit forcément d'une fiction totalement inventée, sans lien avec la réalité
- B.Parce que l'auteur construit un récit travaillé, tout en cherchant à rester fidèle à ce qu'il a vécuBonne réponse
- C.Parce que les témoignages n'ont, selon certains, aucune valeur historique reconnue
- D.Parce que les auteurs de témoignages ne connaissent jamais les événements qu'ils racontent
Réponse : B — Parce que l'auteur construit un récit travaillé, tout en cherchant à rester fidèle à ce qu'il a vécu
Un témoignage littéraire est un texte construit : l'auteur choisit ses mots, organise son récit, crée des effets, tout en cherchant la fidélité à son expérience vécue. Ce n'est pas une fiction totalement inventée (option 0), sa valeur historique est justement reconnue par les historiens (option 2 fausse), et l'auteur a nécessairement vécu ou observé de près les événements qu'il raconte (option 3 fausse), sinon on ne parlerait pas de témoignage.
Quel est le principal défi que rencontrent les auteurs qui témoignent de l'expérience des camps de concentration ?
- A.Trouver rapidement un éditeur prêt à publier leur texte
- B.Trouver les mots pour une expérience presque indicible, sans perdre le lecteurBonne réponse
- C.Décrire de longs paysages agréables pour détendre le lecteur
- D.Éviter absolument d'évoquer leurs propres émotions personnelles
Réponse : B — Trouver les mots pour une expérience presque indicible, sans perdre le lecteur
Le défi central est celui du langage face à l'indicible : comment décrire une expérience d'une violence extrême sans la trahir, tout en restant compréhensible et supportable pour le lecteur ? C'est un défi d'écriture bien plus profond qu'une simple question d'édition (option 0). Décrire des paysages agréables (option 2) serait contraire au projet même du témoignage. Et loin d'éviter les émotions (option 3), les meilleurs témoignages les expriment avec justesse, sans les cacher.
Pourquoi la censure de l'époque de la Première Guerre mondiale rend-elle les témoignages littéraires d'autant plus précieux ?
- A.Parce que les journaux de l'époque disaient déjà toute la vérité sur les combats
- B.Parce que les journaux minimisaient souvent les pertes et la violence réelle des combatsBonne réponse
- C.Parce que la censure officielle n'a absolument jamais existé pendant cette guerre
- D.Parce que les soldats n'avaient légalement pas le droit d'écrire la moindre lettre
Réponse : B — Parce que les journaux minimisaient souvent les pertes et la violence réelle des combats
Pendant la Première Guerre mondiale, la censure et la propagande officielle amenaient souvent les journaux à minimiser les pertes et l'horreur réelle des combats, pour maintenir le moral à l'arrière : c'est justement ce qui rend les témoignages littéraires si précieux, car ils osent montrer une réalité plus crue. L'option 0 est donc fausse, à l'inverse de la réalité historique. La censure a bien existé (option 2 fausse). Et si le courrier des soldats était surveillé, ils pouvaient bien écrire des lettres (option 3 fausse) : c'est même une source historique importante.
Un élève écrit dans sa copie : "Primo Levi a vécu dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale." Que peut-on lui répondre ?
- A.C'est exact, il suffit simplement de préciser la date exacte des faits
- B.C'est faux : Primo Levi est un déporté italien envoyé au camp d'Auschwitz, pas dans des tranchéesBonne réponse
- C.C'est faux, car Primo Levi n'a jamais rien écrit ni publié de son vivant
- D.C'est exact, les tranchées existaient aussi pendant la Seconde Guerre mondiale
Réponse : B — C'est faux : Primo Levi est un déporté italien envoyé au camp d'Auschwitz, pas dans des tranchées
Primo Levi est un chimiste italien déporté au camp d'Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) ; il n'a donc rien à voir avec les tranchées de la Première Guerre mondiale (1914-1918), qui appartiennent à une toute autre génération et un tout autre contexte de guerre. Il a bien écrit, notamment Si c'est un homme (option 2 fausse). Et si des tranchées ont pu exister ponctuellement pendant la Seconde Guerre mondiale (option 3), ce n'est absolument pas le contexte de l'expérience de Primo Levi, qui est celle des camps de concentration.
Que désigne le mot « Shoah » ?
- A.La grande bataille de Verdun, en 1916
- B.Le génocide des Juifs d'Europe organisé par le régime naziBonne réponse
- C.La libération de Paris, en août 1944
- D.Le nom donné aux tranchées de la Première Guerre mondiale
Réponse : B — Le génocide des Juifs d'Europe organisé par le régime nazi
La Shoah désigne le génocide des Juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, organisé par le régime nazi, qui a causé la mort d'environ six millions de personnes. Verdun (option 1) est une bataille de la Première Guerre mondiale. La libération de Paris (option 3) est un événement de 1944, distinct du génocide. Et les tranchées (option 4) appartiennent au vocabulaire de 14-18, pas à celui de la Shoah.
Quel est le nom donné aux soldats français combattant dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale ?
- A.Les résistants
- B.Les poilusBonne réponse
- C.Les déportés
- D.Les collaborateurs
Réponse : B — Les poilus
Les soldats français de la Première Guerre mondiale sont surnommés « les poilus », en référence à leur apparence peu soignée dans les tranchées. Les « résistants » (option 0) et les « collaborateurs » (option 3) sont des termes liés à la Seconde Guerre mondiale et à l'Occupation. Les « déportés » (option 2) désignent les victimes envoyées dans les camps de concentration, également pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans quelle ville Anne Frank s'est-elle cachée avec sa famille pendant l'Occupation ?
- A.Berlin
- B.AmsterdamBonne réponse
- C.Paris
- D.Varsovie
Réponse : B — Amsterdam
Anne Frank et sa famille se cachent dans une annexe secrète à Amsterdam, aux Pays-Bas, de 1942 à leur arrestation en 1944. Berlin (option 0) est la capitale allemande, siège du pouvoir nazi, pas le lieu où se cache la famille Frank. Paris (option 2) et Varsovie (option 3) sont d'autres villes marquées par l'Occupation et la Shoah, mais ce n'est pas là qu'Anne Frank a écrit son journal.
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