Aller au contenu

Les formes de la guerre à travers l'histoire

Terminale · HGGSP · Faire la guerre, faire la paix

Faire la guerre, faire la paix

De la guerre interétatique classique à la guerre asymétrique

La guerre a profondément changé de visage depuis le XXe siècle. D'un affrontement classique entre armées régulières d'États souverains, elle est devenue de plus en plus souvent une guerre civile, une guerre asymétrique opposant un État à des groupes armés non étatiques, ou une combinaison de plusieurs formes de violence à la fois.

La guerre interétatique classique

Le théoricien prussien Carl von Clausewitz définissait la guerre comme « la continuation de la politique par d'autres moyens » : un affrontement organisé entre États, mené par des armées régulières, dans le but d'imposer une volonté politique à l'adversaire. Les deux guerres mondiales (1914-1918, 1939-1945) en sont les exemples les plus meurtriers, mobilisant des sociétés entières (guerre totale).

Les guerres civiles et conflits internes. Depuis 1945, la majorité des conflits armés dans le monde sont des guerres civiles ou des conflits intra-étatiques, opposant des groupes armés à l'intérieur d'un même État (pouvoir central contre rébellion, groupes ethniques ou religieux rivaux). Les guerres de décolonisation, le conflit en ex-Yougoslavie dans les années 1990, ou la guerre civile syrienne depuis 2011 illustrent cette réalité : ces conflits impliquent souvent des populations civiles massivement touchées et des ingérences étrangères qui les internationalisent de fait.

La guerre asymétrique et le terrorisme

On parle de guerre asymétrique lorsque les belligérants disposent de moyens militaires très inégaux : un État doté d'une armée régulière puissante affronte un acteur non étatique (guérilla, groupe djihadiste) qui compense son infériorité matérielle par des tactiques de harcèlement, d'embuscade ou d'attentat. Le terrorisme — l'usage de la violence contre des civils à des fins politiques ou idéologiques — en est une composante centrale depuis la fin du XXe siècle, symbolisé par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui ont conduit à une reconfiguration majeure des politiques de sécurité mondiales (« guerre contre le terrorisme »).

Type de guerreActeursExemple
Guerre interétatiquearmées régulières de deux ou plusieurs ÉtatsPremière et Seconde Guerres mondiales
Guerre civilegroupes armés au sein d'un même Étatguerre civile syrienne (depuis 2011)
Guerre asymétriqueÉtat contre acteur non étatique aux moyens inégauxinterventions occidentales en Afghanistan
Terrorismegroupe non étatique visant des civils à des fins politiquesattentats du 11 septembre 2001

Faire la guerre, faire la paix

Les nouvelles formes de conflictualité et le droit de la guerre

Aux formes traditionnelles de la guerre s'ajoutent aujourd'hui des modes de conflictualité inédits, qui brouillent la frontière entre paix et guerre, entre civil et militaire. Parallèlement, le droit international tente d'encadrer la violence armée pour protéger les populations et sanctionner les crimes les plus graves.

La guerre hybride et la cyberguerre

La guerre hybride combine des moyens militaires classiques avec des moyens non militaires : désinformation, cyberattaques, pressions économiques, soutien à des groupes armés irréguliers (milices, « hommes verts »), sans déclaration de guerre formelle. Le conflit russo-ukrainien, depuis 2014 puis à partir de l'invasion de 2022, illustre cette combinaison de guerre conventionnelle et de guerre de l'information. La cyberguerre — attaques informatiques visant des infrastructures critiques (réseaux électriques, systèmes bancaires, institutions publiques) — constitue une nouvelle dimension du conflit, difficile à attribuer avec certitude à un État, ce qui complique toute riposte.

Le droit international humanitaire (DIH). Face à la violence de la guerre, la communauté internationale a construit un ensemble de règles visant à en limiter les effets : le droit international humanitaire. Les conventions de Genève (1949, complétées par des protocoles additionnels) protègent les civils, les blessés, les prisonniers de guerre et interdisent certaines armes ou méthodes de combat jugées trop cruelles.

La Cour pénale internationale (CPI), créée par le Statut de Rome en 1998 et entrée en fonction en 2002, poursuit les individus responsables des crimes les plus graves : crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. Elle marque une avancée majeure : la responsabilité pénale individuelle des dirigeants et des combattants, même en temps de guerre, n'est plus un principe seulement théorique.

Exercices corrigés

  1. Qu'est-ce qu'une guerre asymétrique ?

    • A.Une guerre entre deux États de puissance égale
    • B.Une guerre uniquement menée par des drones
    • C.Une guerre entre belligérants aux moyens militaires très inégauxBonne réponse
    • D.Une guerre déclarée officiellement par les deux camps

    Réponse : C — Une guerre entre belligérants aux moyens militaires très inégaux

    La guerre asymétrique se définit par l'inégalité des moyens militaires entre les belligérants : un État doté d'une armée régulière puissante affronte un acteur non étatique (guérilla, groupe armé) qui compense son infériorité matérielle par d'autres tactiques.

  2. Que protège principalement le droit international humanitaire (DIH) ?

    • A.Les civils, les blessés et les prisonniers de guerreBonne réponse
    • B.Les intérêts économiques des États en guerre
    • C.Uniquement les soldats combattants
    • D.Les frontières territoriales des États

    Réponse : A — Les civils, les blessés et les prisonniers de guerre

    Le droit international humanitaire, issu principalement des conventions de Genève (1949), vise à protéger les personnes qui ne participent pas ou plus aux combats : civils, blessés, malades et prisonniers de guerre, tout en encadrant les méthodes de guerre autorisées.

  3. Quelle institution juge les individus responsables de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide ?

    • A.Le Conseil de sécurité de l'ONU, quinze États
    • B.L'Assemblée générale de l'ONU, tous pays réunis
    • C.L'OTAN, alliance militaire occidentale
    • D.La Cour pénale internationale (CPI)Bonne réponse

    Réponse : D — La Cour pénale internationale (CPI)

    La Cour pénale internationale (CPI), créée par le Statut de Rome en 1998 et entrée en fonction en 2002, juge les individus (et non les États) responsables des crimes les plus graves : crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

  4. Qu'est-ce qui caractérise une « guerre hybride » ?

    • A.L'usage exclusif d'armes nucléaires, une stratégie de dissuasion sans lien avec la notion de guerre hybride
    • B.La combinaison de moyens militaires classiques et non militaires (cyberattaques, désinformation, milices), sans déclaration de guerre formelleBonne réponse
    • C.Une guerre menée uniquement par des robots et des systèmes automatisés, sans aucune intervention humaine directe
    • D.Une guerre déclarée simultanément par plus de trois États, selon une définition purement quantitative du conflit

    Réponse : B — La combinaison de moyens militaires classiques et non militaires (cyberattaques, désinformation, milices), sans déclaration de guerre formelle

    La guerre hybride combine des moyens militaires classiques avec des moyens non militaires : désinformation, cyberattaques, pressions économiques, soutien à des groupes armés irréguliers, souvent sans déclaration de guerre formelle, ce qui brouille la frontière entre paix et conflit.

  5. Quelles conventions internationales, signées en 1949, fondent l'essentiel du droit international humanitaire ?

    • A.Les Accords Artémis
    • B.Les conventions de GenèveBonne réponse
    • C.Le Traité de l'espace
    • D.La Convention de Montego Bay

    Réponse : B — Les conventions de Genève

    Les conventions de Genève, signées en 1949 et complétées par des protocoles additionnels, forment la base du droit international humanitaire : elles protègent les civils, les blessés et les prisonniers de guerre. Les autres textes cités portent sur l'espace ou le droit de la mer, sans lien avec le droit humanitaire.

  6. En quoi le conflit en ex-Yougoslavie dans les années 1990 illustre-t-il un conflit intra-étatique aux répercussions internationales ?

    • A.Il opposait deux États totalement étrangers l'un à l'autre, sans aucun lien historique ni administratif commun entre eux
    • B.Il ne concernait que des questions économiques entre régions voisines, sans aucune violence armée ni intervention extérieure
    • C.Il s'agissait d'un conflit hérité de la guerre froide, opposant directement les États-Unis et l'URSS sur le sol européen
    • D.Il opposait des groupes ethniques rivaux au sein d'un même espace étatique en dissolution, avec une internationalisation par les interventions étrangères et de l'ONUBonne réponse

    Réponse : D — Il opposait des groupes ethniques rivaux au sein d'un même espace étatique en dissolution, avec une internationalisation par les interventions étrangères et de l'ONU

    Les guerres de Yougoslavie ont opposé des groupes ethniques et nationaux (Serbes, Croates, Bosniaques...) lors de l'éclatement de l'État fédéral yougoslave, avec des interventions étrangères et de l'ONU/OTAN qui ont internationalisé un conflit à l'origine intra-étatique : un cas typique de guerre civile aux répercussions internationales.

  7. Pourquoi dit-on que la majorité des guerres depuis 1945 remettent en question la définition strictement étatique de la guerre chez Clausewitz ?

    • A.Parce que ces guerres impliquent souvent des acteurs non étatiques (rebelles, milices, groupes armés) dont la logique diffère de celle d'un État cherchant une décision politique claireBonne réponse
    • B.Parce que Clausewitz, dès le XIXe siècle, avait déjà théorisé en détail les guerres civiles et la place des acteurs non étatiques dans le conflit
    • C.Parce qu'il n'y a plus eu la moindre guerre ni le moindre conflit armé nulle part dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945
    • D.Parce que tous les conflits armés survenus depuis 1945 opposent exclusivement des États entre eux, comme au temps des guerres napoléoniennes

    Réponse : A — Parce que ces guerres impliquent souvent des acteurs non étatiques (rebelles, milices, groupes armés) dont la logique diffère de celle d'un État cherchant une décision politique claire

    Clausewitz pensait la guerre principalement entre États dotés d'objectifs politiques rationnels. Or la majorité des conflits depuis 1945 sont des guerres civiles ou asymétriques impliquant des acteurs non étatiques (groupes rebelles, milices ethniques ou religieuses) dont la logique d'action, les objectifs et les moyens diffèrent souvent de ceux d'un État, ce qui a poussé les théoriciens contemporains à enrichir ou nuancer le cadre clausewitzien.

  8. Quelle est la principale différence entre une guerre civile classique et un conflit hybride internationalisé ?

    • A.Il n'y a aucune différence : les deux termes désignent exactement la même réalité sur le terrain
    • B.La guerre civile est toujours plus meurtrière que la guerre hybride, quel que soit le contexte historique
    • C.Le conflit hybride n'implique jamais d'acteurs étatiques, contrairement à la guerre civile la plus classique
    • D.La guerre civile oppose des acteurs internes ; le conflit hybride ajoute ingérences extérieures et cyberattaques déguiséesBonne réponse

    Réponse : D — La guerre civile oppose des acteurs internes ; le conflit hybride ajoute ingérences extérieures et cyberattaques déguisées

    Une guerre civile classique oppose principalement des acteurs internes à un même État. Un conflit hybride, lui, ajoute souvent une dimension d'ingérence extérieure organisée (soutien déguisé à des milices, désinformation ciblée, cyberattaques), sans déclaration de guerre formelle, ce qui le distingue autant d'une guerre civile pure que d'une guerre interétatique classique.

  9. Pourquoi le terrorisme ne doit-il pas être confondu avec la notion plus large de guerre asymétrique ?

    • A.Parce que ce sont des synonymes stricts : les deux termes désignent exactement la même réalité militaire, sans aucune différence de sens ni de contexte d'emploi
    • B.Parce que le terrorisme n'existe que dans les guerres interétatiques, c'est-à-dire les conflits armés opposant directement deux États souverains reconnus
    • C.Parce que le terrorisme est une tactique parmi d'autres (avec la guérilla) que peut employer un acteur faible en situation asymétrique, mais qu'il peut aussi être utilisé hors de tout contexte de guerre déclaréeBonne réponse
    • D.Parce que le terrorisme est toujours mené par des États, jamais par des groupes armés non étatiques, des organisations clandestines ou des individus isolés agissant seuls

    Réponse : C — Parce que le terrorisme est une tactique parmi d'autres (avec la guérilla) que peut employer un acteur faible en situation asymétrique, mais qu'il peut aussi être utilisé hors de tout contexte de guerre déclarée

    La guerre asymétrique se définit par l'inégalité des moyens militaires entre belligérants ; le terrorisme n'est qu'une des tactiques (avec la guérilla, l'embuscade) que peut employer l'acteur le plus faible dans ce rapport de force. Mais le terrorisme peut aussi survenir hors de tout contexte de guerre déclarée (attentat isolé, terrorisme intérieur) : les deux notions se recoupent partiellement sans être identiques.

  10. En quoi les cyberattaques contre des infrastructures critiques (réseaux électriques, systèmes bancaires) constituent-elles un défi nouveau pour le droit international humanitaire, conçu à l'origine pour la guerre classique ?

    • A.Le DIH a été conçu pour des violences physiques identifiables entre combattants, ce qui rend complexe la qualification juridique d'une cyberattaque, son attribution à un État et l'évaluation de ses effets sur les populations civilesBonne réponse
    • B.Le droit international humanitaire, rédigé pour les conflits armés classiques, s'applique en réalité sans la moindre difficulté aux cyberattaques, sans qu'aucune adaptation particulière ne soit nécessaire
    • C.Les cyberattaques contre les infrastructures critiques ne touchent jamais directement les populations civiles, puisqu'elles ne visent que des systèmes informatiques, sans conséquence sur la vie quotidienne des habitants
    • D.Le droit international humanitaire interdit totalement l'usage d'ordinateurs et de tout moyen informatique par les armées en temps de guerre, quelle que soit la nature de l'attaque menée

    Réponse : A — Le DIH a été conçu pour des violences physiques identifiables entre combattants, ce qui rend complexe la qualification juridique d'une cyberattaque, son attribution à un État et l'évaluation de ses effets sur les populations civiles

    Le droit international humanitaire, construit historiquement autour de la protection physique des civils et des combattants dans des conflits armés identifiables, peine à s'appliquer clairement à la cyberguerre : difficulté d'attribuer une attaque à un État précis, difficulté à qualifier juridiquement une cyberattaque comme acte de guerre, et effets parfois indirects mais bien réels sur les populations civiles (coupure d'électricité, paralysie d'hôpitaux). C'est un des grands chantiers d'adaptation du droit international contemporain.

  11. Qui a défini la guerre comme « la continuation de la politique par d'autres moyens » ?

    • A.Sun Tzu
    • B.Napoléon Bonaparte
    • C.Machiavel
    • D.Carl von ClausewitzBonne réponse

    Réponse : D — Carl von Clausewitz

    C'est le théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz, dans son ouvrage « De la guerre » (posthume, 1832), qui a formulé cette célèbre définition : la guerre est un instrument politique, pas une fin en soi.

  12. Depuis 1945, quel type de conflit armé est le plus fréquent dans le monde ?

    • A.La guerre interétatique classique
    • B.La guerre nucléaire
    • C.La guerre civile ou le conflit intra-étatiqueBonne réponse
    • D.La guerre spatiale

    Réponse : C — La guerre civile ou le conflit intra-étatique

    Depuis 1945, la majorité des conflits armés sont des guerres civiles ou des conflits internes à un État, opposant souvent un pouvoir central à une rébellion ou des groupes ethniques ou religieux rivaux. La guerre interétatique classique, bien qu'existante, est devenue statistiquement plus rare.

S'entraîner sur ce chapitre

Ce chapitre compte 35 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

Commencer les exercices