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Histoire et mémoires des conflits

Terminale · HGGSP · Histoire et mémoires

Histoire et mémoires

Histoire, mémoire : la Seconde Guerre mondiale en France

L'historien et le témoin ne racontent pas la même chose du passé. La mémoire est un vécu, individuel ou collectif, chargé d'affect et sélectif ; l'histoire est une reconstruction critique fondée sur des sources vérifiées et soumise au débat scientifique. Ce chapitre étudie comment histoire et mémoire se croisent, se nourrissent et parfois s'affrontent, à travers l'exemple français de la Seconde Guerre mondiale puis de la guerre d'Algérie.

Le mythe résistancialiste (1944 - fin des années 1960)

Dès la Libération, le général de Gaulle construit un récit qui unifie la nation autour de la Résistance : la France aurait résisté « dans son immense majorité », Vichy n'étant qu'une parenthèse illégitime imposée par une poignée de traîtres. Ce récit, relayé aussi par les communistes qui insistent sur le « parti des fusillés », permet de refonder l'unité nationale à la Libération mais occulte largement la collaboration d'État et la responsabilité du régime de Vichy dans la persécution et la déportation des Juifs de France.

Le « syndrome de Vichy » et le réveil des mémoires (années 1970-1990)

L'historien américain Robert Paxton publie en 1973 La France de Vichy, qui démontre, archives allemandes à l'appui, que la collaboration d'État a été une politique autonome du régime de Pétain, et non une simple contrainte de l'occupant. C'est un choc historiographique : il brise le mythe résistancialiste. Cette « prise de conscience » (l'historien Henry Rousso parle de « syndrome de Vichy ») s'accompagne d'un retour du devoir de mémoire envers les victimes juives, porté par des associations et par des procès très médiatisés.

PériodeMémoire dominanteÉvénement clé
1944-1969Résistancialisme, unité nationaleDiscours du général de Gaulle
1970-1994Réveil de la mémoire juive, choc PaxtonLe Chagrin et la Pitié (1971), livre de Paxton (1973)
1987-1998Justice et devoir de mémoireProcès Barbie, Touvier, Papon
1995 - aujourd'huiReconnaissance officielle de l'ÉtatDiscours de Jacques Chirac au Vél d'Hiv

Histoire et mémoires

Les mémoires de la guerre d'Algérie

La guerre d'Algérie (1954-1962) a longtemps été un sujet tabou en France, qualifié pudiquement d'« événements » jusqu'à sa reconnaissance officielle comme guerre par l'Assemblée nationale en 1999. Ses mémoires sont multiples, douloureuses et souvent concurrentes, tant en France qu'en Algérie.

Un silence officiel de part et d'autre de la Méditerranée

En France, les accords d'Évian (mars 1962) organisent l'indépendance mais s'accompagnent d'une amnistie qui referme le débat politique sans apaiser les mémoires. En Algérie, le pouvoir issu du FLN construit un récit héroïque et unanimiste de la « guerre de libération », qui laisse peu de place aux nuances (rôle des harkis, violences internes au FLN, sort des pieds-noirs).

Le rôle des historiens dans le dévoilement. L'historien Benjamin Stora est la figure centrale de la levée du tabou : ses travaux, dès les années 1990, documentent la torture, les disparitions et la censure. En 2021, il remet au président Emmanuel Macron un rapport officiel préconisant des « actes symboliques » de réconciliation mémorielle, sans excuse d'État ni repentance. Des gestes de reconnaissance se multiplient : reconnaissance de la torture (2018, cas Maurice Audin), reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961 à Paris (2021).

MémoirePorteursAttente principale
Mémoire des harkisAnciens supplétifs et descendantsReconnaissance de l'abandon et des massacres
Mémoire des pieds-noirsRapatriés d'AlgérieReconnaissance de l'exil et des pertes
Mémoire des appelésAnciens soldats du contingentReconnaissance du traumatisme et des exactions subies/commises
Mémoire algérienne officielleÉtat algérien, FLNReconnaissance des crimes coloniaux et de la répression

Exercices corrigés

  1. Quelle est la principale différence entre histoire et mémoire ?

    • A.L'histoire est un vécu subjectif, la mémoire une démarche scientifique
    • B.L'histoire est une démarche critique fondée sur des sources, la mémoire un vécu subjectif et sélectifBonne réponse
    • C.Il n'y a aucune différence, ce sont deux mots pour la même chose
    • D.L'histoire concerne les nations, la mémoire concerne uniquement les individus

    Réponse : B — L'histoire est une démarche critique fondée sur des sources, la mémoire un vécu subjectif et sélectif

    L'histoire est une reconstruction critique du passé, soumise à la vérification des sources et au débat entre historiens, tandis que la mémoire est un vécu, individuel ou collectif, chargé d'affect et sélectif. L'option 1 inverse les deux définitions. L'option 4 est fausse : la mémoire peut aussi être collective, portée par des groupes ou des nations entières.

  2. Que désigne le « mythe résistancialiste » construit après 1944 ?

    • A.L'idée que la France a résisté dans son immense majorité et que Vichy fut une parenthèse illégitimeBonne réponse
    • B.L'idée que la Résistance a été inefficace face à l'occupant allemand
    • C.Le récit selon lequel Vichy et la Résistance ont collaboré ensemble
    • D.La reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État dans la déportation des Juifs

    Réponse : A — L'idée que la France a résisté dans son immense majorité et que Vichy fut une parenthèse illégitime

    Porté par le général de Gaulle et relayé par les communistes, le mythe résistancialiste présente la France comme un pays unanimement résistant, minimisant la collaboration d'État. C'est l'inverse de l'option 4 : la reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État n'interviendra que bien plus tard, en 1995.

  3. Quel historien publie en 1973 un livre qui brise le mythe résistancialiste ?

    • A.Pierre Nora
    • B.Henry Rousso
    • C.Robert PaxtonBonne réponse
    • D.Benjamin Stora

    Réponse : C — Robert Paxton

    Robert Paxton, historien américain, publie en 1973 La France de Vichy, qui démontre l'autonomie de la politique de collaboration du régime de Pétain. Pierre Nora est le théoricien des « lieux de mémoire », Henry Rousso a théorisé le « syndrome de Vichy », et Benjamin Stora est spécialiste de la mémoire de la guerre d'Algérie, pas de Vichy.

  4. Quel président de la République reconnaît officiellement la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs, en 1995 ?

    • A.Charles de Gaulle
    • B.François Mitterrand
    • C.Jacques ChiracBonne réponse
    • D.François Hollande

    Réponse : C — Jacques Chirac

    Le 16 juillet 1995, lors d'un discours au Vél d'Hiv, Jacques Chirac reconnaît pour la première fois officiellement la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs. François Mitterrand, son prédécesseur, avait toujours refusé d'engager la responsabilité de la République, distinguant l'État français de Vichy de la République.

  5. En quelle année l'Assemblée nationale reconnaît-elle officiellement le terme de « guerre d'Algérie », remplaçant l'expression « événements » ?

    • A.1962
    • B.1999Bonne réponse
    • C.2005
    • D.2021

    Réponse : B — 1999

    Ce n'est qu'en 1999 que la loi reconnaît officiellement le terme « guerre d'Algérie », après plus de 35 ans d'euphémisme officiel (« événements », « opérations de maintien de l'ordre »). 1962 est la date des accords d'Évian et de l'indépendance, pas de la reconnaissance mémorielle.

  6. Quel événement de la répression policière parisienne, longtemps occulté, est reconnu par François Hollande en 2012 puis qualifié de « crimes inexcusables » par Emmanuel Macron en 2021 ?

    • A.Le massacre de Sétif (1945)
    • B.La bataille d'Alger (1957)
    • C.Le massacre du 17 octobre 1961 à ParisBonne réponse
    • D.Les accords d'Évian (1962)

    Réponse : C — Le massacre du 17 octobre 1961 à Paris

    Le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique d'Algériens à Paris contre le couvre-feu discriminatoire est violemment réprimée par la police, faisant plusieurs dizaines de morts, un événement longtemps occulté avant sa reconnaissance progressive. Le massacre de Sétif a lieu en Algérie en 1945, la bataille d'Alger est un épisode militaire de 1957, et les accords d'Évian mettent fin à la guerre en 1962 : aucun de ces trois ne correspond à la répression parisienne d'octobre 1961.

  7. Un document présente la Résistance française comme un mouvement unanime regroupant « toute la nation » dès 1940. À quelle période et à quel objectif ce type de récit correspond-il le plus probablement ?

    • A.Aux années 1990, pour répondre aux procès Barbie et Touvier
    • B.À l'immédiat après-guerre, pour refonder l'unité nationale autour du général de GaulleBonne réponse
    • C.Aux années 2020, pour répondre au rapport Stora sur l'Algérie
    • D.À la période de l'Occupation, pour légitimer le régime de Vichy

    Réponse : B — À l'immédiat après-guerre, pour refonder l'unité nationale autour du général de Gaulle

    Un récit insistant sur l'unanimité résistante de la nation dès 1940 correspond typiquement au mythe résistancialiste construit à la Libération pour refonder l'unité nationale autour du général de Gaulle, alors que la réalité de l'Occupation fut bien plus contrastée (collaboration, attentisme, résistance minoritaire au départ). Un tel récit n'aurait aucun sens pendant l'Occupation elle-même, période où Vichy légitimait au contraire sa politique de collaboration.

  8. Sur une frise chronologique, dans quel ordre doivent apparaître ces quatre événements : (a) discours de Chirac au Vél d'Hiv, (b) livre de Paxton, (c) procès Papon, (d) reconnaissance légale du terme « guerre d'Algérie » ?

    • A.b, a, c, dBonne réponse
    • B.b, d, a, c
    • C.a, b, c, d
    • D.d, b, a, c

    Réponse : A — b, a, c, d

    Il faut situer chaque date : le livre de Paxton paraît en 1973 (b), le discours de Chirac date de 1995 (a), le procès Papon se tient en 1998 (c), et la reconnaissance légale du terme « guerre d'Algérie » intervient en 1999 (d). L'ordre chronologique exact est donc b (1973), a (1995), c (1998), d (1999), soit « b, a, c, d ». Les autres options intervertissent au moins deux dates.

  9. Qui sont les « harkis » ?

    • A.Des colons français installés en Algérie avant l'indépendance
    • B.Des Algériens ayant combattu aux côtés de la France pendant la guerreBonne réponse
    • C.Des soldats français appelés du contingent
    • D.Des membres du FLN algérien

    Réponse : B — Des Algériens ayant combattu aux côtés de la France pendant la guerre

    Les harkis sont des supplétifs algériens engagés aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Beaucoup ont été massacrés à l'indépendance et ceux qui ont pu fuir en France ont connu un accueil indigne, dans des camps. Les colons français d'Algérie sont appelés « pieds-noirs », pas « harkis ».

  10. Quel rôle joue l'historien Benjamin Stora dans la mémoire de la guerre d'Algérie ?

    • A.Il a théorisé le concept de « lieu de mémoire »
    • B.Il a documenté depuis les années 1990 la torture et la censure, et remis un rapport officiel en 2021Bonne réponse
    • C.Il a été le premier président algérien après l'indépendance
    • D.Il a présidé la Commission Vérité et Réconciliation

    Réponse : B — Il a documenté depuis les années 1990 la torture et la censure, et remis un rapport officiel en 2021

    Benjamin Stora est l'historien de référence sur la guerre d'Algérie : ses travaux dès les années 1990 lèvent le tabou sur la torture et la censure, et il remet en 2021 un rapport officiel à Emmanuel Macron proposant des gestes symboliques de réconciliation. Le concept de « lieu de mémoire » vient de Pierre Nora, et la Commission Vérité et Réconciliation concerne l'Afrique du Sud, pas l'Algérie.

  11. Qui a condamné pour crimes contre l'humanité Klaus Barbie en 1987, un procès très médiatisé en France ?

    • A.Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie
    • B.La justice française, dans le cadre d'un procès en cour d'assisesBonne réponse
    • C.Le Tribunal de Nuremberg
    • D.La Cour pénale internationale

    Réponse : B — La justice française, dans le cadre d'un procès en cour d'assises

    Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon, est jugé et condamné en 1987 par la justice française (cour d'assises du Rhône), un procès très suivi qui participe au réveil des mémoires de la Shoah en France. Le tribunal de Nuremberg avait déjà jugé les grands criminels nazis en 1945-46, avant même l'arrestation de Barbie en France, et la CPI n'existe que depuis 2002.

  12. Quelle mémoire porte principalement la douleur de l'exil et de la perte de la terre natale après l'indépendance de l'Algérie en 1962 ?

    • A.La mémoire des harkis
    • B.La mémoire des pieds-noirsBonne réponse
    • C.La mémoire du FLN
    • D.La mémoire des appelés du contingent

    Réponse : B — La mémoire des pieds-noirs

    Les pieds-noirs, Français nés ou installés en Algérie, rapatriés en masse en 1962, portent la mémoire d'un exil brutal et de la perte de leur terre natale. Les harkis portent plutôt la mémoire d'un double abandon (massacres puis accueil indigne en France), et les appelés du contingent celle du traumatisme du combat, pas de l'exil.

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