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Usages sociaux et politiques du patrimoine

Terminale · HGGSP · Identifier, protéger et valoriser le patrimoine

Identifier, protéger, valoriser le patrimoine

Qu'est-ce que le patrimoine ? Naissance d'une notion

Le patrimoine n'est pas une donnée naturelle : c'est une construction sociale et politique. Ce qu'une société décide de conserver, de classer et de transmettre aux générations futures change selon les époques et selon les rapports de pouvoir. Ce chapitre retrace la naissance de la notion de patrimoine, son institutionnalisation, et ses usages politiques.

La Révolution française : entre destruction et invention du patrimoine. Paradoxalement, c'est la Révolution française qui invente à la fois le vandalisme révolutionnaire (destruction des symboles de l'Ancien Régime et de l'Église, comme des statues royales ou des vitraux) et les premières mesures de protection du patrimoine : dès 1790, une Commission des monuments est créée pour sauver les œuvres d'art menacées, notamment en transformant d'anciens biens du clergé et de la noblesse en musées nationaux, dont le Louvre, ouvert en 1793.

L'institutionnalisation du patrimoine au XIXe et XXe siècle

Au XIXe siècle, l'écrivain Prosper Mérimée, en tant qu'inspecteur général des Monuments historiques (à partir de 1834), lance les premières campagnes systématiques de recensement et de restauration (cathédrales, châteaux). La loi de 1913 sur les monuments historiques fixe encore aujourd'hui le cadre juridique du classement en France. Le patrimoine devient un instrument de construction de l'identité nationale, notamment sous la IIIe République, qui valorise le patrimoine médiéval et gothique comme symbole de la « nation française ».

DateÉvénementPortée
1790Création de la Commission des monumentsPremières mesures de protection du patrimoine en France
1793Ouverture du Louvre comme musée nationalLe patrimoine royal devient bien de la nation
1794Invention du mot « vandalisme » par l'abbé GrégoireNaissance du vocabulaire de la protection patrimoniale
1913Loi sur les monuments historiquesCadre juridique encore en vigueur du classement patrimonial en France

Identifier, protéger, valoriser le patrimoine

Le patrimoine, enjeu politique et géopolitique mondial

Depuis le XXe siècle, la protection du patrimoine s'internationalise. Mais le patrimoine reste un terrain d'affrontement : il peut être détruit volontairement comme arme de guerre, approprié à des fins nationalistes ou communautaires, ou pillé et trafiqué à l'échelle mondiale.

L'UNESCO et la patrimonialisation mondiale. Créée en 1945, l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) adopte en 1972 la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. Elle établit une Liste du patrimoine mondial, qui distingue des sites d'une « valeur universelle exceptionnelle » et engage les États signataires à les protéger, avec l'appui d'un Fonds du patrimoine mondial.

Le patrimoine, cible de guerre : l'exemple de Palmyre

La destruction du patrimoine peut être une arme de guerre à part entière. En 2015, l'organisation État islamique détruit méthodiquement plusieurs monuments antiques de la cité de Palmyre (Syrie), site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1980 : temple de Baalshamin, arc de triomphe, une partie du temple de Bêl. Ces destructions, filmées et diffusées, visent à effacer symboliquement un passé préislamique jugé « idolâtre » et à frapper l'opinion internationale, en plus d'alimenter un trafic d'antiquités pillées.

Site détruitAuteursAnnée
Bouddhas de Bamiyan (Afghanistan)Talibans2001
Mausolées de Tombouctou (Mali)Groupes armés islamistes2012
Cité antique de Palmyre (Syrie)État islamique2015

Le patrimoine, enjeu d'appropriation politique et de trafic. Le patrimoine sert aussi à légitimer un pouvoir ou une revendication : régimes autoritaires qui instrumentalisent un passé glorieux, revendications identitaires régionales qui s'appuient sur une langue ou une tradition classée « patrimoine immatériel ». Enfin, le patrimoine alimente un trafic international d'antiquités extrêmement lucratif, en particulier depuis les zones de guerre (Syrie, Irak, Mali), où des objets pillés rejoignent des marchés parallèles avant d'être parfois blanchis vers des collections privées ou des salles des ventes.

Exercices corrigés

  1. En quelle année le mot « vandalisme » est-il inventé, pour dénoncer les destructions d'œuvres d'art pendant la Révolution française ?

    • A.1789
    • B.1793
    • C.1794Bonne réponse
    • D.1913

    Réponse : C — 1794

    L'abbé Grégoire invente le mot « vandalisme » en 1794 pour dénoncer les destructions révolutionnaires d'œuvres d'art. 1789 est la date de la prise de la Bastille, 1793 celle de l'ouverture du Louvre comme musée national, et 1913 celle de la loi française sur les monuments historiques.

  2. Quelle loi française, encore en vigueur aujourd'hui dans ses grands principes, fixe le cadre juridique du classement des monuments historiques ?

    • A.La loi de 1790
    • B.La loi de 1913Bonne réponse
    • C.La loi de 1945
    • D.La loi de 1972

    Réponse : B — La loi de 1913

    La loi de 1913 sur les monuments historiques constitue encore aujourd'hui le cadre juridique du classement patrimonial en France. La Commission des monuments date de 1790, l'UNESCO est créée en 1945, et la Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO date de 1972.

  3. En quelle année l'UNESCO adopte-t-elle la Convention concernant la protection du patrimoine mondial ?

    • A.1945
    • B.1954
    • C.1972Bonne réponse
    • D.2003

    Réponse : C — 1972

    La Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO est adoptée en 1972, établissant la Liste du patrimoine mondial. 1945 est la date de création de l'UNESCO elle-même, 1954 celle de la Convention de La Haye sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, et 2003 celle de la reconnaissance du patrimoine immatériel.

  4. Quel rôle Prosper Mérimée joue-t-il dans l'histoire du patrimoine français au XIXe siècle ?

    • A.Il rédige personnellement, entièrement à lui seul, la loi de 1913 sur les monuments historiques
    • B.En tant qu'inspecteur général des Monuments historiques, il lance les premières campagnes de recensement et de restaurationBonne réponse
    • C.Il fonde l'UNESCO, organisation internationale chargée de protéger le patrimoine mondial
    • D.Il invente lui-même le mot « vandalisme », employé pour la première fois pendant la Révolution française

    Réponse : B — En tant qu'inspecteur général des Monuments historiques, il lance les premières campagnes de recensement et de restauration

    Prosper Mérimée, écrivain et inspecteur général des Monuments historiques à partir de 1834, mène les premières grandes campagnes systématiques de recensement et de restauration du patrimoine français (cathédrales, châteaux). La loi de 1913 est postérieure à son mandat, l'UNESCO est fondée en 1945, et le mot « vandalisme » est inventé par l'abbé Grégoire en 1794.

  5. Pourquoi le patrimoine peut-il devenir un enjeu de rivalité diplomatique entre États ?

    • A.Parce que l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial n'a aucun effet concret
    • B.Parce que l'inscription est un enjeu de prestige international et de développement touristiqueBonne réponse
    • C.Parce que seuls les pays les plus pauvres peuvent candidater à la Liste
    • D.Parce que l'UNESCO impose ses choix sans consulter les États

    Réponse : B — Parce que l'inscription est un enjeu de prestige international et de développement touristique

    Être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial confère un prestige international et stimule le tourisme culturel, ce qui explique les nombreuses candidatures des États et parfois des rivalités diplomatiques autour de certains classements contestés ou revendiqués par plusieurs pays. Ce n'est donc pas un dispositif sans effet concret, ni réservé aux pays pauvres, et les candidatures émanent des États eux-mêmes.

  6. Quelle convention internationale, antérieure à celle de 1972, vise spécifiquement à protéger les biens culturels en cas de conflit armé ?

    • A.La Convention de l'UNESCO de 1972
    • B.La Convention de La Haye de 1954Bonne réponse
    • C.La Convention de l'UNESCO de 2003
    • D.Le Statut de Rome de 1998

    Réponse : B — La Convention de La Haye de 1954

    La Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé précède celle de 1972 sur le patrimoine mondial et vise spécifiquement les destructions liées à la guerre, un cadre dont l'efficacité reste toutefois limitée par la volonté effective des belligérants. Le Statut de Rome de 1998 crée quant à lui la Cour pénale internationale, sans lien direct avec la protection matérielle des biens culturels.

  7. Pourquoi les historiens insistent-ils sur le fait que le patrimoine « révèle des silences » autant que des choix de valorisation ?

    • A.Parce que tout le passé est nécessairement patrimonialisé de manière exhaustive
    • B.Parce que ce qui n'est pas classé ou valorisé révèle aussi des choix, parfois des mémoires écartées ou minoritairesBonne réponse
    • C.Parce que les silences patrimoniaux n'ont aucune signification historique
    • D.Parce que seuls les monuments religieux peuvent être exclus du patrimoine

    Réponse : B — Parce que ce qui n'est pas classé ou valorisé révèle aussi des choix, parfois des mémoires écartées ou minoritaires

    Étudier le patrimoine, c'est aussi étudier ce qui n'est PAS conservé ou valorisé : ces silences révèlent des rapports de force, des mémoires minoritaires écartées, ou des choix politiques implicites, tout autant que les éléments effectivement patrimonialisés. Le patrimoine n'est donc jamais exhaustif ni neutre.

  8. Classe ces quatre dates dans l'ordre chronologique : (a) loi française sur les monuments historiques, (b) ouverture du Louvre comme musée national, (c) Convention de l'UNESCO sur le patrimoine mondial, (d) invention du mot « vandalisme ».

    • A.b, d, a, cBonne réponse
    • B.d, b, a, c
    • C.b, d, c, a
    • D.a, b, d, c

    Réponse : A — b, d, a, c

    Il faut situer chaque date : ouverture du Louvre en 1793 (b), invention du mot « vandalisme » en 1794 (d), loi sur les monuments historiques en 1913 (a), Convention de l'UNESCO en 1972 (c). L'ordre chronologique exact est donc b (1793), d (1794), a (1913), c (1972), soit « b, d, a, c ».

  9. Comment définit-on le patrimoine dans une perspective de sciences sociales ?

    • A.Une donnée naturelle, présente depuis toujours dans toutes les sociétés
    • B.Une construction sociale et politique, résultant de choix de conservation et de transmissionBonne réponse
    • C.Uniquement les monuments classés par l'État
    • D.Uniquement les objets exposés dans les musées nationaux

    Réponse : B — Une construction sociale et politique, résultant de choix de conservation et de transmission

    Le patrimoine résulte de choix sociaux et politiques : une société décide de conserver et transmettre certains biens matériels ou immatériels plutôt que d'autres, en leur reconnaissant une valeur historique, artistique ou identitaire. Ce n'est donc ni une donnée naturelle et universelle, ni limité aux seuls monuments classés ou objets de musée.

  10. Quel groupe armé détruit méthodiquement plusieurs monuments antiques de la cité de Palmyre en 2015 ?

    • A.Les talibans
    • B.L'État islamiqueBonne réponse
    • C.Le régime syrien
    • D.Al-Qaïda

    Réponse : B — L'État islamique

    L'organisation État islamique détruit en 2015 plusieurs monuments de Palmyre (temple de Baalshamin, arc de triomphe, partie du temple de Bêl), un site syrien classé au patrimoine mondial. Les talibans sont responsables de la destruction des bouddhas de Bamiyan en Afghanistan en 2001, un événement distinct.

  11. Qu'est-ce que le patrimoine immatériel, reconnu par une convention de l'UNESCO en 2003 ?

    • A.Les monuments et sites naturels classés
    • B.Les objets exposés dans les musées
    • C.Les savoir-faire, traditions orales, fêtes et langues transmis d'une génération à l'autreBonne réponse
    • D.Uniquement les œuvres d'art contemporain

    Réponse : C — Les savoir-faire, traditions orales, fêtes et langues transmis d'une génération à l'autre

    Le patrimoine immatériel désigne les savoir-faire, traditions orales, fêtes, langues et pratiques culturelles transmises de génération en génération, reconnu par une convention spécifique de l'UNESCO en 2003, en complément du patrimoine matériel (monuments, objets, sites) reconnu depuis 1972.

  12. Pourquoi peut-on dire que la Révolution française a un rapport paradoxal au patrimoine ?

    • A.Parce qu'elle protège systématiquement tous les monuments de l'Ancien Régime sans exception
    • B.Parce qu'elle détruit des symboles de l'Ancien Régime tout en créant les premières institutions de protection patrimonialeBonne réponse
    • C.Parce qu'elle interdit la création de musées publics
    • D.Parce qu'elle n'a eu aucun impact sur le patrimoine français

    Réponse : B — Parce qu'elle détruit des symboles de l'Ancien Régime tout en créant les premières institutions de protection patrimoniale

    La Révolution française détruit des symboles de l'Ancien Régime (vandalisme révolutionnaire) tout en créant, dès 1790, une Commission des monuments pour sauver certaines œuvres, et en ouvrant le Louvre comme musée national en 1793 : c'est ce mouvement simultané de destruction et de protection qui constitue le paradoxe.

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