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Quels sont les fondements du commerce international ?

Terminale · SES · Science économique

Science économique

Pourquoi les pays échangent-ils ?

Le commerce mondial a été multiplié par plus de trente en volume depuis 1950, bien plus vite que la production mondiale. Pourquoi les pays préfèrent-ils échanger plutôt que tout produire eux-mêmes ? Et pourquoi la France et l'Allemagne, deux pays comparables, s'échangent-elles massivement… des voitures contre des voitures ? Ce chapitre répond à ces deux questions.

Les dotations factorielles : le prolongement de Ricardo

Le modèle HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson) explique d'où viennent ces différences de coûts relatifs : des dotations factorielles, c'est-à-dire des quantités de facteurs dont chaque pays dispose (travail qualifié ou non, capital, terres, ressources naturelles, technologie).

Un pays abondamment doté en travail peu qualifié se spécialise dans les productions intensives en travail peu qualifié ; un pays richement doté en capital et en travail qualifié se spécialise dans les productions à forte intensité technologique. Ces dotations ne sont d'ailleurs pas figées : un pays peut construire son avantage comparatif en investissant dans l'éducation et la recherche.

Mais alors, pourquoi la France exporte-t-elle des voitures en Allemagne… et inversement ?

Ricardo et HOS expliquent le commerce inter-branche : on échange des biens différents (du vin contre du drap). Or l'essentiel du commerce mondial actuel se fait entre pays semblables et porte sur des produits similaires : c'est le commerce intra-branche. Trois mécanismes l'expliquent :

  • La différenciation des produits : les consommateurs veulent de la variété. Une Renault et une Volkswagen ne sont pas substituables aux yeux de l'acheteur (différenciation horizontale, par le style ou l'image) ou diffèrent par leur gamme et leur qualité (différenciation verticale).
  • Les économies d'échelle : produire pour un marché mondial fait baisser le coût unitaire. Chaque firme se spécialise donc sur quelques modèles vendus partout, plutôt que de produire toute la gamme pour son seul marché national.
  • La fragmentation de la chaîne de valeur : un même produit traverse plusieurs frontières au cours de sa fabrication. On compte alors plusieurs fois des flux d'import-export pour un seul bien final.
Commerce inter-brancheCommerce intra-branche
Nature des produits échangésProduits de branches différentes (vin contre drap)Produits d'une même branche (voitures contre voitures)
Pays concernésPays aux dotations très différentes (Nord / Sud)Pays au niveau de développement proche (Nord / Nord)
Explication principaleAvantages comparatifs, dotations factoriellesDifférenciation des produits, économies d'échelle
Effet sur l'emploi nationalRéallocations sectorielles importantes, coût d'ajustement élevéAjustements plus limités, à l'intérieur des branches

Science économique

Firmes multinationales, compétitivité et protectionnisme

Le commerce international n'est plus seulement une affaire de pays qui échangent des biens finis : il est structuré par des firmes multinationales (FMN) qui découpent leur production à l'échelle du monde. Environ un tiers du commerce mondial est du commerce intra-firme, c'est-à-dire entre filiales d'un même groupe.

Pourquoi les firmes internationalisent-elles leur production ?

  • Réduire les coûts : coût du travail, fiscalité, coûts logistiques, accès à des ressources naturelles.
  • Conquérir des marchés : produire sur place pour être au plus près de la demande locale et contourner d'éventuelles barrières douanières.
  • Accéder à des compétences : implanter la R&D là où se trouvent les ingénieurs et les écosystèmes d'innovation.
  • Optimiser fiscalement : jouer sur les prix de transfert entre filiales pour localiser les profits dans les pays à faible imposition.

Les deux compétitivités

La compétitivité est la capacité d'une entreprise ou d'un pays à faire face à la concurrence. Elle a deux visages, à ne surtout pas confondre :

La compétitivité-prix : vendre moins cher. Elle dépend des coûts de production (dont le coût du travail rapporté à la productivité), des marges et du taux de change.

La compétitivité hors-prix (ou structurelle) : vendre mieux, à prix égal ou supérieur. Elle repose sur la qualité, l'innovation, le design, l'image de marque, les délais de livraison, le service après-vente. C'est elle qui explique qu'un pays à hauts salaires comme l'Allemagne conserve un excédent commercial important.

Gagnants et perdants du libre-échange

Effets favorables du libre-échangeEffets défavorables et coûts d'ajustement
Baisse des prix et hausse du pouvoir d'achat des consommateursDestructions d'emplois dans les secteurs exposés à la concurrence
Accès à une plus grande variété de biensCreusement des inégalités entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés
Économies d'échelle et gains de productivité pour les firmesDépendance à l'égard de chaînes d'approvisionnement lointaines
Diffusion internationale de l'innovation et des technologiesConcurrence fiscale et sociale entre États, dumping environnemental

Les gains du libre-échange sont globaux et diffus (chaque consommateur y gagne un peu), tandis que ses coûts sont localisés et concentrés (une usine, un bassin d'emploi, un métier). Cette asymétrie explique la force politique des demandes de protection, et rend indispensables des politiques d'accompagnement : formation, mobilité, redistribution.

Exercices corrigés

  1. Quel économiste est à l'origine de la théorie des avantages comparatifs ?

    • A.Adam Smith
    • B.David RicardoBonne réponse
    • C.Friedrich List
    • D.Paul Krugman

    Réponse : B — David Ricardo

    C'est David Ricardo (1817) qui formule la théorie des avantages comparatifs. Attention au piège : Adam Smith avait bien théorisé le commerce international, mais à partir des avantages absolus. List, lui, est l'auteur du protectionnisme éducateur, et Krugman a expliqué le commerce intra-branche par les économies d'échelle.

  2. Comment appelle-t-on l'échange de produits appartenant à une même branche entre deux pays ?

    • A.Le commerce intra-brancheBonne réponse
    • B.Le commerce inter-branche
    • C.Le commerce intra-firme
    • D.Le commerce triangulaire

    Réponse : A — Le commerce intra-branche

    Le commerce intra-branche : « intra » = à l'intérieur d'une même branche (des voitures contre des voitures). Ne le confonds pas avec le commerce intra-firme, qui désigne les échanges entre filiales d'un même groupe — un critère d'organisation, pas de nature de produit. Les deux notions se recoupent souvent sans se confondre.

  3. Lequel de ces instruments n'est PAS un instrument protectionniste ?

    • A.Le droit de douane, une taxe prélevée sur les produits importés
    • B.Le quota d'importation, qui limite la quantité importée chaque année
    • C.La libre circulation des marchandises au sein d'une zone de libre-échangeBonne réponse
    • D.La norme technique restrictive imposée aux produits importés

    Réponse : C — La libre circulation des marchandises au sein d'une zone de libre-échange

    Droits de douane (protection tarifaire), quotas et normes techniques (protections non tarifaires) limitent tous l'entrée de produits étrangers. La libre circulation des marchandises est au contraire une mesure de libre-échange. Retiens que le protectionnisme contemporain passe surtout par les barrières non tarifaires, beaucoup plus discrètes que les droits de douane.

  4. Le modèle HOS explique les avantages comparatifs par…

    • A.Les différences de goût entre les consommateurs des différents pays
    • B.Les politiques commerciales menées par les États
    • C.Les différences de dotations factorielles entre les paysBonne réponse
    • D.La taille du marché intérieur de chaque pays

    Réponse : C — Les différences de dotations factorielles entre les pays

    Heckscher, Ohlin et Samuelson prolongent Ricardo en expliquant d'où viennent les écarts de coûts relatifs : de l'abondance ou de la rareté relative des facteurs (travail qualifié ou non, capital, terres, ressources). Un pays se spécialise dans les productions qui utilisent intensivement le facteur dont il est le mieux doté. À savoir : ces dotations peuvent être construites par l'éducation et la R&D — l'avantage comparatif n'est pas un destin.

  5. Pourquoi deux pays développés comparables comme la France et l'Allemagne échangent-ils massivement des automobiles entre eux ?

    • A.Parce que leurs dotations factorielles sont radicalement différentes
    • B.Parce que les produits sont différenciés et que les firmes recherchent des économies d'échelleBonne réponse
    • C.Parce que l'un des deux pays a un avantage absolu écrasant sur l'autre
    • D.Parce que les droits de douane européens rendent les importations plus rentables

    Réponse : B — Parce que les produits sont différenciés et que les firmes recherchent des économies d'échelle

    Ricardo et HOS n'expliquent pas ce commerce intra-branche : justement, ces pays ont des dotations très proches. L'explication (Krugman) tient à la différenciation des produits — les consommateurs veulent de la variété, une Renault n'est pas une Volkswagen — et aux économies d'échelle : chaque firme se concentre sur quelques modèles vendus à l'échelle mondiale plutôt que sur toute la gamme pour son seul marché.

  6. Dans un pays, le coût du travail augmente de 4 % tandis que la productivité du travail progresse de 4 %. Que devient le coût salarial unitaire ?

    • A.Il augmente de 8 %
    • B.Il augmente de 4 %
    • C.Il diminue de 4 %
    • D.Il reste stableBonne réponse

    Réponse : D — Il reste stable

    Le coût salarial unitaire est un rapport : coût du travail / productivité. Ici, 1,04 / 1,04 = 1 : il est inchangé. La compétitivité-prix du pays n'est donc pas dégradée, malgré une hausse des salaires de 4 %. C'est exactement l'argument à mobiliser contre l'idée simpliste selon laquelle des salaires élevés détruiraient forcément la compétitivité.

  7. Quel est l'argument central du « protectionnisme éducateur » de Friedrich List ?

    • A.Il faut protéger temporairement les industries naissantes le temps qu'elles deviennent compétitivesBonne réponse
    • B.Il faut protéger définitivement les industries nationales de toute concurrence étrangère
    • C.Il faut former les travailleurs plutôt que de taxer les importations
    • D.Il faut interdire les exportations de technologies vers les pays concurrents

    Réponse : A — Il faut protéger temporairement les industries naissantes le temps qu'elles deviennent compétitives

    List (XIXe siècle) observe qu'une industrie dans l'enfance n'a aucune chance face à des concurrents déjà installés, qui bénéficient d'économies d'échelle et d'expérience. Il défend donc une protection temporaire et ciblée, destinée à disparaître une fois l'industrie mûre. Le mot « éducateur » est décisif : ce n'est pas une protection permanente, sans quoi elle abriterait durablement des entreprises inefficaces.

  8. Qu'appelle-t-on commerce intra-firme ?

    • A.Les échanges entre entreprises d'un même secteur d'activité
    • B.Les échanges de biens similaires entre deux pays développés
    • C.Les échanges internationaux réalisés entre les différentes filiales d'un même groupeBonne réponse
    • D.Les échanges réalisés à l'intérieur des frontières d'un même pays

    Réponse : C — Les échanges internationaux réalisés entre les différentes filiales d'un même groupe

    Le commerce intra-firme traverse bien les frontières, mais reste à l'intérieur d'un même groupe : une filiale mexicaine envoie des composants à une filiale américaine du même constructeur. Il représente environ un tiers du commerce mondial. Enjeu majeur : ces échanges internes permettent d'ajuster les prix de transfert pour localiser les profits là où l'impôt est le plus faible.

  9. Pourquoi la fragmentation des chaînes de valeur conduit-elle à surestimer le volume réel du commerce mondial ?

    • A.Parce que les prix de transfert sont volontairement gonflés par les firmes
    • B.Parce que les services ne sont pas comptabilisés dans les statistiques douanières
    • C.Parce qu'un même produit franchit plusieurs fois des frontières et est donc comptabilisé plusieurs foisBonne réponse
    • D.Parce que les échanges intra-firme échappent aux statistiques nationales

    Réponse : C — Parce qu'un même produit franchit plusieurs fois des frontières et est donc comptabilisé plusieurs fois

    Quand un composant part de Chine vers la Corée, revient en Chine pour l'assemblage puis part aux États-Unis, sa valeur est enregistrée à chaque passage de frontière. Le commerce mesuré en valeur brute compte donc plusieurs fois les mêmes contenus. C'est pourquoi l'OMC et l'OCDE publient des statistiques en valeur ajoutée, qui ne retiennent que ce que chaque pays a réellement ajouté au produit.

  10. Selon le modèle HOS, quel effet l'ouverture commerciale a-t-elle sur les inégalités salariales dans un pays développé richement doté en travail qualifié ?

    • A.Elle réduit l'écart entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés
    • B.Elle est sans effet sur la structure des salaires
    • C.Elle augmente uniformément tous les salaires
    • D.Elle tend à creuser l'écart en faveur des travailleurs qualifiésBonne réponse

    Réponse : D — Elle tend à creuser l'écart en faveur des travailleurs qualifiés

    Le pays se spécialise dans les productions intensives en travail qualifié, son facteur abondant : la demande de travail qualifié augmente, donc sa rémunération relative aussi. À l'inverse, les productions intensives en travail peu qualifié sont concurrencées par les importations : cette main-d'œuvre voit sa demande et sa rémunération relative reculer. Le libre-échange produit donc bien des gagnants et des perdants à l'intérieur de chaque pays — un point essentiel en dissertation.

  11. Une dépréciation de la monnaie nationale agit d'abord sur quel type de compétitivité ?

    • A.La compétitivité-prix, car elle rend les exportations moins chères pour les acheteurs étrangersBonne réponse
    • B.La compétitivité hors-prix, car elle améliore l'image des produits nationaux
    • C.Aucune des deux : le taux de change n'a aucun effet sur le commerce
    • D.La compétitivité hors-prix, car elle permet de financer davantage de recherche

    Réponse : A — La compétitivité-prix, car elle rend les exportations moins chères pour les acheteurs étrangers

    Une monnaie qui se déprécie fait baisser le prix des exportations exprimé en devises étrangères : les produits nationaux deviennent plus abordables à l'étranger. C'est un levier de compétitivité-prix, et un levier purement conjoncturel. Attention à la contrepartie souvent oubliée : la dépréciation renchérit aussi les importations, notamment l'énergie et les consommations intermédiaires, ce qui peut alimenter l'inflation et éroder le gain initial.

  12. Qu'est-ce qu'une firme multinationale ?

    • A.Une entreprise qui exporte vers plusieurs pays
    • B.Une entreprise détenue par des actionnaires de plusieurs nationalités
    • C.Une entreprise qui possède ou contrôle au moins une unité de production à l'étrangerBonne réponse
    • D.Une entreprise qui emploie des salariés de nationalités différentes

    Réponse : C — Une entreprise qui possède ou contrôle au moins une unité de production à l'étranger

    Le critère est celui de l'implantation productive à l'étranger, pas celui de l'exportation. Une PME française qui vend dans quinze pays sans y avoir la moindre usine ou filiale n'est pas une FMN : elle est simplement exportatrice. Ce sont les investissements directs à l'étranger (IDE) qui font la multinationale.

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