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Quels sont les sources et les défis de la croissance ?

Terminale · SES · Science économique

Science économique

Mesurer la croissance et identifier ses sources

Depuis la révolution industrielle, le niveau de vie moyen a été multiplié par plus de vingt dans les pays développés. Ce phénomène, la croissance économique, n'a rien d'automatique : il faut comprendre d'où il vient. Ce chapitre est un pilier du programme de Terminale — il tombe très souvent en dissertation comme en épreuve composée.

PIB en valeur, PIB en volume

Le PIB en valeur (ou nominal) est calculé aux prix de l'année courante : il augmente à la fois quand on produit plus et quand les prix montent. Le PIB en volume (ou réel) est calculé à prix constants : il neutralise l'inflation et mesure donc la seule évolution des quantités produites. La croissance se mesure toujours en volume.

Pour apprécier le niveau de vie, on rapporte le PIB à la population : le PIB par habitant. Un PIB qui progresse de 2 % dans un pays dont la population croît de 2 % laisse le niveau de vie inchangé.

Première source : l'accumulation des facteurs de production

Produire nécessite deux facteurs de production : le travail (quantité d'heures travaillées, elle-même dépendant de la population active et de la durée du travail) et le capital fixe (machines, bâtiments, logiciels, accumulés par l'investissement). Accumuler ces facteurs engendre une croissance extensive : on produit plus parce qu'on utilise plus de moyens.

Mais cette source s'essouffle : les rendements factoriels sont décroissants. Ajouter une machine supplémentaire à un nombre de travailleurs inchangé augmente la production de moins en moins. L'accumulation seule ne peut donc pas expliquer une croissance durable.

Source de la croissanceMécanismeType de croissanceLimite
Hausse du facteur travailPlus d'actifs occupés, plus d'heures travailléesExtensiveDémographie, durée légale du travail
Hausse du facteur capitalInvestissement, accumulation de machinesExtensiveRendements décroissants
Hausse de la PGFProgrès technique, organisation, capital humainIntensiveSuppose innovation et institutions favorables

Science économique

Progrès technique endogène, institutions et défis écologiques

Si la PGF est le moteur principal, une question surgit aussitôt : d'où vient le progrès technique ? Longtemps considéré comme tombant du ciel (exogène), il est aujourd'hui analysé comme le produit de décisions économiques. C'est le cœur de la théorie de la croissance endogène.

Quatre types d'accumulation qui nourrissent le progrès technique

  • Capital humain : ensemble des connaissances, qualifications et expériences des travailleurs. L'éducation et la formation le font croître (Gary Becker).
  • Capital technologique : le stock de connaissances issu de la recherche-développement, public comme privé.
  • Capital public : infrastructures de transport, réseaux, hôpitaux, qui augmentent l'efficacité de toute l'économie.
  • Apprentissage par la pratique (learning by doing) : en produisant, les entreprises apprennent et deviennent plus efficaces.

Ces accumulations ont un point commun décisif : elles engendrent des externalités positives. Une connaissance nouvelle bénéficie à toute l'économie, pas seulement à celui qui l'a financée. La connaissance est un bien non rival : mon usage n'empêche pas le tien. Conséquence : les entreprises seules investissent moins que ce qui serait socialement souhaitable — ce qui justifie l'intervention publique (financement de la recherche, crédit d'impôt recherche, système éducatif).

Le rôle des institutions et des droits de propriété

Un innovateur n'engage des dépenses risquées que s'il peut espérer en tirer profit. Les droits de propriété — et en particulier le brevet, qui accorde un monopole d'exploitation temporaire — protègent cette rente d'innovation et incitent donc à innover. Plus largement, des institutions stables (État de droit, respect des contrats, système financier fiable) sont une condition de la croissance.

Chez Schumpeter, l'innovation est le moteur du capitalisme via la destruction créatrice : les innovations font disparaître des activités, des emplois et des entreprises anciennes, tout en en créant de nouvelles, plus productives. Le progrès n'est donc pas indolore — il redistribue les cartes.

Les limites écologiques de la croissance

La croissance repose sur l'usage de ressources naturelles et engendre des pollutions. On raisonne alors en termes de quatre capitaux : le capital physique (machines), humain (compétences), naturel (ressources, biodiversité, climat) et institutionnel (règles, confiance). Le développement durable suppose de transmettre aux générations futures un stock de capital global au moins équivalent : c'est la question de la soutenabilité.

Soutenabilité faibleSoutenabilité forte
Hypothèse centraleLes différents capitaux sont substituables entre euxLe capital naturel n'est pas substituable : il est critique
Rôle du progrès techniqueIl peut remplacer une ressource épuisée par une autreIl ne peut pas recréer un climat stable ou une espèce éteinte
ConclusionLa croissance peut continuer si l'on innove (croissance verte)Il faut préserver un stock minimal de nature, quitte à ralentir la croissance
Auteur associéRobert SolowHerman Daly

Exercices corrigés

  1. Que mesure le PIB d'un pays ?

    • A.La somme des valeurs ajoutées produites par les unités résidentes en un anBonne réponse
    • B.La richesse totale accumulée par le pays depuis sa création
    • C.La somme des chiffres d'affaires de toutes les entreprises du pays
    • D.La somme des revenus perçus par les ménages du pays

    Réponse : A — La somme des valeurs ajoutées produites par les unités résidentes en un an

    Le PIB est un indicateur de flux annuel de production : on additionne les valeurs ajoutées, c'est-à-dire ce que chaque unité produit moins ce qu'elle a consommé pour produire. Additionner les chiffres d'affaires reviendrait à compter plusieurs fois les mêmes biens (les consommations intermédiaires). Et le PIB n'est pas un stock de patrimoine : c'est bien ce qui est produit dans l'année.

  2. Quels sont les deux facteurs de production retenus par l'analyse économique ?

    • A.Le capital et la monnaie
    • B.Le travail et le capitalBonne réponse
    • C.Le travail et les matières premières
    • D.Le capital et l'innovation

    Réponse : B — Le travail et le capital

    Les deux facteurs de production sont le travail (les heures travaillées) et le capital fixe (machines, bâtiments, logiciels). La monnaie n'est pas un facteur de production : elle sert à financer l'achat du capital. Quant à l'innovation, elle n'est pas un facteur en soi mais ce qui améliore la façon dont on combine les deux facteurs — c'est-à-dire la PGF.

  3. Quel économiste a théorisé la « destruction créatrice » ?

    • A.David Ricardo
    • B.Joseph SchumpeterBonne réponse
    • C.John Maynard Keynes
    • D.Robert Solow

    Réponse : B — Joseph Schumpeter

    C'est Joseph Schumpeter (1883-1950) qui décrit le capitalisme comme un processus où l'innovation détruit sans cesse les activités anciennes en créant les nouvelles. Ricardo est associé aux avantages comparatifs, Keynes à la demande effective, et Solow à un modèle de croissance où le progrès technique reste exogène.

  4. Pourquoi mesure-t-on la croissance à partir du PIB en volume plutôt qu'en valeur ?

    • A.Parce que le PIB en volume inclut les échanges avec l'étranger
    • B.Parce que le PIB en volume est plus facile à calculer
    • C.Parce que le PIB en valeur ne prend pas en compte les services
    • D.Parce que le PIB en volume neutralise l'effet de la variation des prixBonne réponse

    Réponse : D — Parce que le PIB en volume neutralise l'effet de la variation des prix

    Le PIB en valeur est calculé aux prix courants : il augmente aussi quand les prix montent, sans qu'on ait produit une seule unité de plus. Le PIB en volume est calculé à prix constants : sa variation ne reflète donc que celle des quantités produites. Exemple : un PIB en valeur qui progresse de 4 % avec une inflation de 4 % correspond à une croissance réelle nulle.

  5. Sur quoi repose principalement une croissance dite « intensive » ?

    • A.Sur l'augmentation du nombre d'heures travaillées
    • B.Sur les gains de productivité globale des facteursBonne réponse
    • C.Sur l'accumulation de capital fixe
    • D.Sur la croissance de la population active

    Réponse : B — Sur les gains de productivité globale des facteurs

    Croissance extensive = on produit plus parce qu'on mobilise plus de facteurs (plus d'heures, plus de machines). Croissance intensive = on produit plus parce qu'on utilise mieux les facteurs dont on dispose, c'est-à-dire grâce à des gains de PGF. Les trois autres réponses décrivent toutes des hausses de quantité de facteurs, donc de la croissance extensive.

  6. En quoi le brevet incite-t-il à innover ?

    • A.Il garantit à l'innovateur un monopole temporaire d'exploitation, donc une renteBonne réponse
    • B.Il permet à l'entreprise de ne pas payer d'impôts sur ses ventes
    • C.Il oblige les concurrents à financer la recherche de l'innovateur
    • D.Il diffuse gratuitement l'innovation à toute l'économie

    Réponse : A — Il garantit à l'innovateur un monopole temporaire d'exploitation, donc une rente

    Le brevet est un droit de propriété sur une innovation. En interdisant temporairement aux concurrents de l'exploiter, il permet à l'innovateur de récupérer ses coûts de R&D et de dégager un profit : c'est la rente d'innovation, qui rend l'investissement risqué en recherche rationnel. Attention toutefois au revers de la médaille : ce monopole freine la diffusion de la connaissance. Les deux effets doivent être mentionnés dans une copie.

  7. Dans un pays, la croissance du PIB en volume atteint 3 %. La hausse du volume de travail y contribue pour 0,5 point et l'accumulation de capital pour 1 point. Quelle est la contribution de la PGF ?

    • A.0,5 point
    • B.1 point
    • C.1,5 pointBonne réponse
    • D.2,5 points

    Réponse : C — 1,5 point

    La PGF est le résidu : ce que les facteurs n'expliquent pas. Contribution PGF = 3 − 0,5 − 1 = 1,5 point. Vérification : 0,5 + 1 + 1,5 = 3, on retrouve bien le taux total. Autrement dit, la PGF explique 1,5/3 = 50 % de la croissance de l'année : la moitié de la croissance vient d'une meilleure efficacité, pas d'un surcroît de moyens.

  8. Quelle est l'hypothèse centrale de la thèse de la soutenabilité forte ?

    • A.La croissance doit être la plus forte possible pour financer la transition
    • B.Le progrès technique finira toujours par résoudre les problèmes environnementaux
    • C.Les différents types de capitaux sont parfaitement substituables entre eux
    • D.Le capital naturel est en partie irremplaçable : il ne peut être substitué par du capital physiqueBonne réponse

    Réponse : D — Le capital naturel est en partie irremplaçable : il ne peut être substitué par du capital physique

    La soutenabilité forte (Herman Daly) part du constat qu'un climat stable, une espèce éteinte ou un écosystème détruit ne se recréent pas avec des machines : le capital naturel est critique. Il faut donc en préserver un stock minimal, quitte à limiter la croissance. La soutenabilité faible (proche de Solow) soutient au contraire l'hypothèse de substituabilité — c'est la proposition d'index 2, qui est donc la thèse adverse.

  9. Quelle affirmation décrit correctement la destruction créatrice au sens de Schumpeter ?

    • A.L'innovation supprime plus d'emplois qu'elle n'en crée, ce qui explique le chômage de masse
    • B.L'innovation fait disparaître des activités et des emplois anciens tout en en créant de nouveaux, plus productifsBonne réponse
    • C.Les crises économiques détruisent le capital et permettent ainsi de repartir sur des bases saines
    • D.La concurrence entre entreprises fait baisser les prix jusqu'à la disparition des profits

    Réponse : B — L'innovation fait disparaître des activités et des emplois anciens tout en en créant de nouveaux, plus productifs

    La destruction créatrice est un processus à double face et simultané : de nouveaux produits, procédés ou entreprises rendent obsolètes les anciens. C'est le moteur du dynamisme capitaliste, pas une machine à chômage — Schumpeter n'affirme pas un solde négatif d'emplois. Le vrai enjeu qu'il pointe est celui de la transition : les emplois détruits et créés ne concernent ni les mêmes secteurs, ni les mêmes qualifications, ni les mêmes territoires.

  10. Une économie croît régulièrement de 3,5 % par an. Au bout de combien d'années son PIB aura-t-il approximativement doublé ?

    • A.Environ 29 ans
    • B.Environ 35 ans
    • C.Environ 50 ans
    • D.Environ 20 ansBonne réponse

    Réponse : D — Environ 20 ans

    Il faut chercher n tel que 1,035 puissance n = 2. On peut utiliser la règle des 70 : durée de doublement ≈ 70 / taux de croissance en % = 70 / 3,5 = 20 ans. Vérification par le calcul : 1,035 puissance 20 vaut environ 1,99 — on double bien. L'erreur classique consiste à raisonner de façon linéaire (100 / 3,5 ≈ 29 ans), ce qui oublie que la croissance est cumulative : chaque année, le pourcentage s'applique à une base plus grande.

  11. Comment définit-on la croissance économique ?

    • A.La hausse générale des prix sur une longue période
    • B.L'enrichissement des ménages les plus aisés
    • C.L'augmentation soutenue, sur longue période, de la production de biens et servicesBonne réponse
    • D.L'augmentation du nombre d'emplois créés dans l'année

    Réponse : C — L'augmentation soutenue, sur longue période, de la production de biens et services

    La croissance porte sur la production, pas sur les prix (ça, c'est l'inflation) ni sur l'emploi (même si les deux sont liés). Le mot « soutenue sur longue période » est important : un simple rebond après une récession n'est pas de la croissance au sens du programme, c'est une reprise conjoncturelle.

  12. Que traduit une hausse de la productivité globale des facteurs (PGF) ?

    • A.On a embauché davantage de salariés
    • B.On a investi dans de nouvelles machines
    • C.Les prix de vente ont augmenté
    • D.On produit davantage avec la même quantité de travail et de capitalBonne réponse

    Réponse : D — On produit davantage avec la même quantité de travail et de capital

    La PGF est le résidu de la croissance : la part qui n'est expliquée ni par la quantité de travail, ni par la quantité de capital. Si elle augmente, c'est que la combinaison des facteurs est devenue plus efficace — grâce au progrès technique, à une meilleure organisation ou à une main-d'œuvre plus qualifiée. Embaucher ou investir fait croître la production, mais ce sont là des hausses de quantité de facteurs, pas de PGF.

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