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Comment lutter contre le chômage ?

Terminale · SES · Science économique

Science économique

Mesurer le chômage et comprendre ses causes

Avant de se demander comment lutter contre le chômage, il faut savoir de quoi on parle. Le mot « chômage » recouvre des situations très différentes, et les remèdes ne sont pas les mêmes selon l'origine du problème. C'est exactement ce que l'épreuve du bac attend de toi : un diagnostic d'abord, un traitement ensuite.

Aux frontières du chômage : le halo et le sous-emploi
La définition du BIT est stricte : elle laisse de côté des personnes qui, dans le langage courant, se sentent au chômage. L'INSEE mesure donc deux zones grises.

SituationDéfinitionComptée comme chômage BIT ?
Chômeur BITSans emploi, disponible, recherche activeOui
Halo autour du chômagePersonne inactive qui souhaite un emploi mais ne le cherche pas activement, ou n'est pas disponible tout de suite (découragement, garde d'enfant, formation)Non — classée en inactive
Sous-emploiPersonne en emploi à temps partiel qui souhaite travailler davantage et est disponible pour le faireNon — classée en actif occupé
Emploi précaire (CDD, intérim)Personne en emploi, mais sur un contrat courtNon — classée en actif occupé

Deux grandes familles de chômage

Le chômage conjoncturel (ou keynésien) vient d'une insuffisance de la demande globale : quand la consommation, l'investissement et les exportations ralentissent, les entreprises produisent moins et embauchent moins. Il est lié au cycle économique et disparaît en principe avec la reprise.

Le chômage structurel vient du fonctionnement même du marché du travail et de l'appareil productif : il persiste même quand la croissance revient. Ses causes sont les asymétries d'information, les défauts d'appariement, le coût du travail rapporté à la productivité, et les rigidités institutionnelles.

Science économique

Les politiques de l'emploi et leurs limites

Un bon diagnostic appelle un bon remède. Les politiques de l'emploi se rangent en trois grandes catégories : soutenir la demande globale, agir sur le coût du travail, et agir sur le fonctionnement du marché du travail (formation, flexibilité, accompagnement).

1. Les politiques macroéconomiques de soutien de la demande
Face à un chômage conjoncturel, l'État peut relancer la demande globale : hausse des dépenses publiques, baisse d'impôts, soutien du pouvoir d'achat. Le raisonnement est keynésien : plus de demande anticipée par les entreprises, donc plus de production, donc plus d'emploi. La politique monétaire peut appuyer le mouvement en baissant les taux d'intérêt, ce qui stimule l'investissement et la consommation à crédit.

2. Agir sur le coût du travail
Le coût du travail pour l'employeur = salaire brut + cotisations sociales patronales. Si ce coût dépasse la productivité du travailleur, l'entreprise n'a pas intérêt à l'embaucher. D'où les allègements de cotisations sociales, ciblés sur les bas salaires, là où l'écart entre coût et productivité est le plus serré. L'effet attendu est double : embauches supplémentaires et gains de compétitivité-prix.

3. Formation, appariement et flexibilité

Cause du chômage viséePolitique mise en œuvreLimite principale
Insuffisance de la demande (conjoncturel)Relance budgétaire, baisse des taux d'intérêtDéficit public, inflation, fuite vers les importations
Coût du travail trop élevé au regard de la productivitéAllègements de cotisations sur les bas salairesCoût pour les finances publiques, risque de trappe à bas salaires
Défaut d'appariement (qualifications, territoires)Formation professionnelle, apprentissage, accompagnement par le service public de l'emploiEffets lents, difficulté à anticiper les métiers de demain
Rigidités et incertitude de l'embaucheFlexibilisation des contrats et des procédures de rupturePrécarisation, dualisme du marché du travail (insiders / outsiders)
Asymétries d'informationCertification des compétences, contrats aidés, périodes d'essaiEffets d'aubaine et effets de substitution

Exercices corrigés

  1. Selon la définition du Bureau international du travail (BIT), quelles conditions une personne doit-elle remplir pour être comptée comme chômeuse ?

    • A.Être sans emploi, disponible et rechercher activement un emploiBonne réponse
    • B.Être inscrite à France Travail et percevoir une indemnisation
    • C.Avoir perdu son emploi au cours des douze derniers mois
    • D.Être sans emploi et souhaiter travailler, sans autre condition

    Réponse : A — Être sans emploi, disponible et rechercher activement un emploi

    Les trois critères du BIT sont cumulatifs : sans emploi (pas même une heure de travail), disponible sous quinze jours, et recherche active dans le mois écoulé. L'inscription administrative et l'indemnisation ne sont pas des critères : on peut être chômeur au sens du BIT sans être indemnisé. Et souhaiter travailler sans chercher activement place dans le halo, pas dans le chômage.

  2. Comment calcule-t-on le taux de chômage ?

    • A.Nombre de chômeurs / population totale
    • B.Nombre de chômeurs / population activeBonne réponse
    • C.Nombre de chômeurs / nombre d'actifs occupés
    • D.Nombre de chômeurs / population en âge de travailler

    Réponse : B — Nombre de chômeurs / population active

    Le dénominateur est la population active, c'est-à-dire les actifs occupés plus les chômeurs. Rapporter à la population totale ferait entrer les enfants et les retraités, et donnerait un chiffre bien plus faible. Rapporter aux seuls actifs occupés oublierait les chômeurs eux-mêmes au dénominateur.

  3. Qu'est-ce que le chômage conjoncturel ?

    • A.Un chômage lié à l'inadéquation entre qualifications offertes et demandées
    • B.Un chômage lié au temps nécessaire pour trouver un emploi
    • C.Un chômage lié aux institutions du marché du travail
    • D.Un chômage lié à une insuffisance de la demande globaleBonne réponse

    Réponse : D — Un chômage lié à une insuffisance de la demande globale

    Le chômage conjoncturel, dit aussi keynésien, naît d'une demande globale insuffisante : les entreprises anticipent peu de débouchés, produisent moins et embauchent moins. Il suit le cycle économique. Les autres propositions décrivent des composantes du chômage structurel (défaut d'appariement, frictions, institutions), qui persiste même en période de croissance.

  4. Dans une économie, la population active est de 28 millions de personnes et on compte 2,1 millions de chômeurs. Quel est le taux de chômage ?

    • A.6,5 %
    • B.7,0 %
    • C.7,5 %Bonne réponse
    • D.8,0 %

    Réponse : C — 7,5 %

    Taux de chômage = 2,1 / 28 = 0,075, soit 7,5 %. Vérifie dans l'autre sens : 28 × 0,075 = 2,1. Attention à l'erreur classique qui consiste à diviser par le nombre d'actifs occupés (28 − 2,1 = 25,9), ce qui donnerait 8,1 % : le dénominateur du taux de chômage est bien la population active entière.

  5. Quelle politique s'attaque le plus directement au défaut d'appariement ?

    • A.Une baisse des taux d'intérêt directeurs de la banque centrale
    • B.Une hausse des dépenses publiques d'infrastructure
    • C.Le développement de la formation professionnelle et de l'apprentissageBonne réponse
    • D.Une exonération d'impôt sur les bénéfices des grandes entreprises

    Réponse : C — Le développement de la formation professionnelle et de l'apprentissage

    Le défaut d'appariement est un problème de compétences et d'information : former, certifier, orienter et accompagner permet aux chômeurs de correspondre aux postes vacants. La baisse des taux et la hausse des dépenses publiques sont des politiques de demande, efficaces contre le chômage conjoncturel. Retiens la logique : à chaque cause son instrument. La limite de la formation, c'est son délai d'action.

  6. Une politique de relance budgétaire est mise en œuvre. Quel enchaînement décrit correctement l'effet attendu sur l'emploi ?

    • A.Hausse des dépenses publiques → hausse des taux d'intérêt → hausse de l'investissement → hausse de l'emploi
    • B.Hausse des dépenses publiques → baisse de la demande globale → baisse des prix → hausse de l'emploi
    • C.Hausse des dépenses publiques → hausse de la demande globale → hausse de la production anticipée → hausse de l'emploiBonne réponse
    • D.Hausse des dépenses publiques → hausse de l'épargne des ménages → hausse de l'investissement → hausse de l'emploi

    Réponse : C — Hausse des dépenses publiques → hausse de la demande globale → hausse de la production anticipée → hausse de l'emploi

    L'enchaînement keynésien part de la demande : les dépenses publiques supplémentaires accroissent la demande globale, les entreprises révisent à la hausse leurs anticipations de débouchés, augmentent leur production et embauchent. Les autres chaînes sont incohérentes : une relance ne fait pas baisser la demande, et une hausse des taux d'intérêt freinerait l'investissement (c'est l'effet d'éviction, une limite de la relance, pas son mécanisme).

  7. Dans un pays, le nombre de chômeurs passe de 2,4 à 2,2 millions tandis que le nombre d'actifs occupés passe de 27,6 à 27,4 millions. Que peut-on en conclure ?

    • A.Le chômage a baissé grâce à la création nette de 200 000 emplois supplémentaires dans le pays
    • B.Le taux de chômage a baissé alors que l'emploi a reculé : la population active a diminué, ce qui suggère un retrait d'activitéBonne réponse
    • C.Le taux de chômage a nécessairement augmenté puisque l'emploi a reculé de 200 000 postes au total
    • D.Le taux d'emploi et le taux de chômage ont tous deux augmenté en raison du recul de la population active

    Réponse : B — Le taux de chômage a baissé alors que l'emploi a reculé : la population active a diminué, ce qui suggère un retrait d'activité

    Calcule les deux taux. Avant : population active = 2,4 + 27,6 = 30 millions, taux = 2,4/30 = 8 %. Après : 2,2 + 27,4 = 29,6 millions, taux = 2,2/29,6 ≈ 7,4 %. Le taux de chômage baisse... mais l'emploi a reculé de 200 000 postes ! La population active a perdu 400 000 personnes : des chômeurs et des actifs occupés ont quitté le marché du travail. C'est exactement pourquoi il faut toujours croiser taux de chômage et taux d'emploi.

  8. Que désigne le « coût du travail » pour un employeur ?

    • A.Le salaire net versé au salarié
    • B.Le salaire brut augmenté des cotisations sociales patronalesBonne réponse
    • C.Le salaire brut diminué des cotisations sociales salariales
    • D.Le salaire minimum en vigueur dans le secteur

    Réponse : B — Le salaire brut augmenté des cotisations sociales patronales

    Le coût du travail, c'est tout ce que l'embauche coûte à l'entreprise : le salaire brut plus les cotisations patronales. Le salaire net est ce que perçoit le salarié une fois retirées les cotisations salariales : il est donc inférieur au brut, lui-même inférieur au coût du travail. C'est pour cela que les allègements de cotisations patronales font baisser le coût du travail sans toucher au salaire perçu.

  9. Que désigne le « halo autour du chômage » ?

    • A.Les salariés en contrat court qui craignent de perdre leur emploi
    • B.Les chômeurs de très longue durée, inscrits depuis plus de deux ans
    • C.Les personnes inactives qui souhaitent un emploi mais n'en cherchent pas activement ou ne sont pas disponiblesBonne réponse
    • D.Les jeunes en études qui exercent un petit boulot le week-end

    Réponse : C — Les personnes inactives qui souhaitent un emploi mais n'en cherchent pas activement ou ne sont pas disponibles

    Le halo réunit les personnes classées inactives selon les critères du BIT alors qu'elles souhaitent travailler : découragées après des recherches infructueuses, indisponibles à court terme, ou en cours de formation. Elles n'apparaissent pas dans le taux de chômage, ce qui peut faire sous-estimer les tensions du marché du travail. Les salariés en contrat court et les étudiants qui travaillent sont, eux, des actifs occupés.

  10. Que désigne un défaut d'appariement sur le marché du travail ?

    • A.Une situation où les salaires augmentent plus vite que la productivité
    • B.Une situation où la demande globale est insuffisante pour absorber la production
    • C.Une situation où les entreprises refusent de publier leurs offres d'emploi
    • D.Une situation où des emplois vacants et des chômeurs coexistent sans se rencontrer, faute de correspondance des qualifications, des secteurs ou des territoiresBonne réponse

    Réponse : D — Une situation où des emplois vacants et des chômeurs coexistent sans se rencontrer, faute de correspondance des qualifications, des secteurs ou des territoires

    L'appariement (matching) désigne la rencontre entre une offre et une demande d'emploi. Le paradoxe du défaut d'appariement, c'est que des postes restent non pourvus en même temps que des personnes cherchent du travail : les compétences, les secteurs ou la localisation ne coïncident pas. La réponse adaptée est la formation, la mobilité géographique et l'amélioration de l'information sur les offres, pas la relance de la demande.

  11. Un salarié à temps partiel souhaite travailler davantage et se déclare disponible pour le faire. Comment l'INSEE le classe-t-il ?

    • A.Chômeur au sens du BIT
    • B.Inactif appartenant au halo du chômage
    • C.Actif occupé en situation de sous-emploiBonne réponse
    • D.Chômeur de longue durée

    Réponse : C — Actif occupé en situation de sous-emploi

    Il travaille, donc il est actif occupé : impossible de le compter comme chômeur BIT, puisque le premier critère (être sans emploi) n'est pas rempli. Comme il souhaite travailler plus et peut le faire, il relève du sous-emploi. Le halo, lui, concerne des personnes inactives qui souhaitent un emploi sans le rechercher activement.

  12. Une entreprise reçoit une aide publique pour embaucher un jeune qu'elle avait de toute façon prévu de recruter. Comment nomme-t-on cette situation ?

    • A.Un effet d'aubaineBonne réponse
    • B.Un effet de substitution
    • C.Un effet multiplicateur
    • D.Un aléa moral

    Réponse : A — Un effet d'aubaine

    L'effet d'aubaine désigne la subvention versée pour une embauche qui aurait eu lieu sans elle : l'argent public ne crée aucun emploi supplémentaire. Ne confonds pas avec l'effet de substitution, où l'entreprise embauche le public aidé à la place d'un autre candidat : là, le chômage se déplace au lieu de baisser. L'effet multiplicateur relève des politiques de relance, l'aléa moral du chapitre sur les crises financières.

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