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L'État

Terminale · Philosophie · La politique

La politique

Qu'est-ce que l'État ? Fondements et légitimité

Tous les jours, tu vis sous l'autorité d'un État sans forcément y penser : c'est lui qui fait les lois, qui perçoit l'impôt, qui garantit (en principe) ta sécurité. Mais qu'est-ce que l'État, exactement ? Ce n'est ni la nation (une communauté historique et culturelle), ni la société civile (l'ensemble des rapports économiques et sociaux entre individus), ni le gouvernement (l'équipe au pouvoir à un instant donné). L'État est une institution plus abstraite et plus durable : c'est l'appareil de pouvoir qui organise la vie collective sur un territoire, au-delà des changements de gouvernement.

L'état de nature et le contrat social

Pour comprendre pourquoi les hommes acceptent de se soumettre à un État, les philosophes du contrat social imaginent une fiction : l'état de nature, la situation des hommes avant toute institution politique. Trois versions s'opposent.

PhilosopheÉtat de naturePourquoi contracter ?Résultat du contrat
Hobbes (Léviathan, 1651)Guerre de tous contre tous, « l'homme est un loup pour l'homme »Fuir la peur permanente de la mort violenteUn souverain absolu (le Léviathan) reçoit tout le pouvoir, sans retour possible
Locke (Traité du gouvernement civil, 1690)Relativement pacifique, mais l'insécurité menace la propriétéFaire garantir par une autorité neutre les droits naturels déjà existantsUn gouvernement limité, contrôlé, qui peut être renversé s'il abuse
Rousseau (Du contrat social, 1762)L'homme y est bon et libre, isolé et sans besoin d'autruiCe n'est pas la nature mais la société (propriété, comparaison) qui corrompt l'homme ; il faut refonder une association justeLa volonté générale : chacun obéit à une loi qu'il s'est donnée, donc reste libre

L'homme, un animal politique

À l'opposé de cette tradition, Aristote (Politique) refuse l'idée d'un état de nature pré-politique : pour lui, l'homme est par nature un zoon politikon, un animal politique. Vivre en cité n'est pas un choix rationnel après coup, c'est l'accomplissement naturel de l'homme, seul être vivant doué de langage capable de discuter du juste et de l'injuste. Celui qui vivrait hors de toute cité serait, dit Aristote, « une bête ou un dieu ».

La politique

L'État entre protection et contrainte : liberté, droit, totalitarisme

L'État présente un paradoxe : il est censé protéger nos libertés (contre la violence d'autrui, contre l'arbitraire), mais il le fait en limitant lui-même notre liberté (lois, impôts, sanctions). Faut-il alors craindre l'État, ou au contraire craindre son absence ?

L'État de droit : le pouvoir limité par le droit

Dans De l'esprit des lois (1748), Montesquieu constate que « c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Sa solution : la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif (qui fait les lois), le pouvoir exécutif (qui les applique) et le pouvoir judiciaire (qui tranche les litiges) doivent être confiés à des organes distincts, qui se contrôlent mutuellement. C'est le principe des « checks and balances » : le pouvoir arrête le pouvoir.

  • Pouvoir législatif : vote les lois (le Parlement).
  • Pouvoir exécutif : applique les lois et gouverne au quotidien (le gouvernement).
  • Pouvoir judiciaire : juge les litiges et sanctionne les infractions, indépendamment des deux autres.
  • Un État de droit, c'est un État où même les gouvernants sont soumis au droit qu'ils ont eux-mêmes édicté.

Marx : l'État comme instrument de domination de classe

Pour Marx, l'État n'est pas neutre : dans une société divisée en classes, il sert avant tout à protéger les intérêts de la classe dominante (les propriétaires des moyens de production), par exemple en garantissant juridiquement la propriété privée. L'État apparaît donc comme un outil de domination masqué sous une apparence d'intérêt général. Ce point de vue s'oppose à celui de Hegel, pour qui l'État est au contraire la réalisation la plus haute de la liberté rationnelle, le moment où l'individu dépasse ses intérêts particuliers pour accéder à l'intérêt universel.

Exercices corrigés

  1. Selon Hobbes, l'état de nature est caractérisé par…

    • A.Une paix naturelle entre les hommes, bons par nature
    • B.Une organisation politique déjà présente, la cité
    • C.Une guerre de tous contre tous, où l'homme est un loup pour l'hommeBonne réponse
    • D.Une propriété privée déjà bien protégée par les coutumes

    Réponse : C — Une guerre de tous contre tous, où l'homme est un loup pour l'homme

    Pour Hobbes, dans le Léviathan, l'état de nature est une guerre de tous contre tous où règne la peur constante de la mort violente : « l'homme est un loup pour l'homme ». C'est cette peur qui pousse les hommes à contracter et à se soumettre à un souverain absolu.

  2. Chez Aristote, l'expression « zoon politikon » signifie que l'homme est…

    • A.Un animal comme les autres, sans particularité
    • B.Un être qui doit fuir la vie en société pour être libre
    • C.Un citoyen uniquement s'il en fait le choix rationnel
    • D.Un être naturellement destiné à vivre en cité, un animal politiqueBonne réponse

    Réponse : D — Un être naturellement destiné à vivre en cité, un animal politique

    Pour Aristote, l'homme est par nature un animal politique : la vie en cité n'est pas un choix ultérieur mais l'accomplissement naturel de l'homme, seul être doué de langage pour discuter du juste et de l'injuste. Celui qui vivrait hors de toute cité serait, selon lui, « une bête ou un dieu ».

  3. Quelle différence Locke établit-il avec Hobbes sur l'état de nature ?

    • A.Locke pense l'état de nature bien plus violent que Hobbes
    • B.Locke nie que l'état de nature ait jamais existé en pensée
    • C.Locke le juge relativement pacifique, mais menacé par l'insécurité de la propriétéBonne réponse
    • D.Locke pense qu'il faut y rester pour être vraiment libre

    Réponse : C — Locke le juge relativement pacifique, mais menacé par l'insécurité de la propriété

    Contrairement à Hobbes, Locke juge l'état de nature relativement pacifique : les hommes y possèdent déjà des droits naturels (vie, liberté, propriété), mais rien ne garantit ces droits en cas de conflit. C'est pour faire garantir ces droits par une autorité neutre que les hommes contractent, ce qui justifie un gouvernement limité et non absolu.

  4. Quelle formule résume le principe de la volonté générale chez Rousseau ?

    • A.Chacun obéit à une loi qu'il s'est donnée à lui-même, donc reste libreBonne réponse
    • B.Chacun obéit à un souverain absolu qu'il n'a pas choisi
    • C.Chacun obéit uniquement à ses désirs particuliers
    • D.Chacun est dispensé d'obéir dès qu'il n'est pas d'accord

    Réponse : A — Chacun obéit à une loi qu'il s'est donnée à lui-même, donc reste libre

    Chez Rousseau, la volonté générale permet de résoudre le paradoxe de l'obéissance : en obéissant à une loi que le peuple souverain s'est lui-même donnée, chaque citoyen reste libre, car il n'obéit finalement qu'à lui-même en tant que membre du corps politique.

  5. Selon Marx, quelle est la fonction principale de l'État dans une société de classes ?

    • A.Il sert avant tout à protéger les intérêts de la classe dominanteBonne réponse
    • B.Il est parfaitement neutre et défend l'intérêt général de tous les citoyens
    • C.Il n'a aucune fonction, car pour Marx l'État n'existe pas encore
    • D.Il incarne la réalisation la plus haute de la liberté rationnelle

    Réponse : A — Il sert avant tout à protéger les intérêts de la classe dominante

    Pour Marx, l'État n'est pas neutre : dans une société divisée en classes, il protège d'abord les intérêts de la classe dominante (par exemple en garantissant juridiquement la propriété privée), tout en se présentant comme au service de l'intérêt général. C'est Hegel, à l'inverse, qui voit dans l'État la réalisation la plus haute de la liberté rationnelle.

  6. Un élève écrit : « Selon Hobbes, l'homme est naturellement bon, mais la société le corrompt. » Que penser de cette phrase dans une copie ?

    • A.C'est exact, c'est bien la thèse de Hobbes dans le Léviathan
    • B.C'est une confusion : cette thèse est celle de Rousseau, pas de HobbesBonne réponse
    • C.C'est exact, car Hobbes et Rousseau défendent la même thèse
    • D.C'est sans importance, les deux auteurs disent la même chose sur ce point

    Réponse : B — C'est une confusion : cette thèse est celle de Rousseau, pas de Hobbes

    C'est le piège classique à éviter : pour Hobbes, l'état de nature est une guerre de tous contre tous, pas un état de bonté naturelle. L'idée que l'homme est bon par nature et corrompu par la société est au contraire la thèse de Rousseau. Confondre les deux auteurs coûte cher en dissertation.

  7. Quelle thèse s'oppose frontalement à celle de Marx sur la nature de l'État ?

    • A.Celle de Hegel, pour qui l'État est la réalisation la plus haute de la liberté rationnelleBonne réponse
    • B.Celle d'Aristote, pour qui l'homme est un animal politique
    • C.Celle de Hobbes, pour qui l'état de nature est une guerre de tous contre tous
    • D.Celle de Locke, pour qui l'état de nature est relativement pacifique

    Réponse : A — Celle de Hegel, pour qui l'État est la réalisation la plus haute de la liberté rationnelle

    Marx voit l'État comme un instrument de domination de classe, masqué derrière une apparence de neutralité. Hegel défend la thèse opposée : l'État est le moment où l'individu dépasse ses intérêts particuliers pour accéder à l'intérêt universel, la forme la plus haute de la liberté rationnelle réalisée dans l'histoire.

  8. Quelle définition sociologique de l'État propose Max Weber ?

    • A.L'institution qui a le monopole de la violence physique légitime sur un territoireBonne réponse
    • B.L'ensemble des citoyens partageant une même culture
    • C.L'équipe de personnes actuellement au pouvoir
    • D.L'ensemble des rapports économiques entre individus

    Réponse : A — L'institution qui a le monopole de la violence physique légitime sur un territoire

    Weber définit l'État par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné : seul l'État peut user légalement de la force, et cette force est reconnue comme légitime par les citoyens. La première option décrit plutôt la nation, la troisième le gouvernement, la quatrième la société civile.

  9. Qu'est-ce que « l'état de nature » chez les philosophes du contrat social ?

    • A.Un événement historique réel, daté et documenté
    • B.Une fiction philosophique imaginant les hommes avant toute institution politiqueBonne réponse
    • C.Le nom donné à la nature sauvage, par opposition aux villes
    • D.Le régime politique des sociétés primitives selon les historiens

    Réponse : B — Une fiction philosophique imaginant les hommes avant toute institution politique

    L'état de nature est une expérience de pensée, une fiction : elle sert à interroger ce qui justifie l'obéissance politique, pas à raconter un fait historique vérifié. Aucun contrat n'a jamais été signé littéralement.

  10. Que signifie la « séparation des pouvoirs » défendue par Montesquieu ?

    • A.Confier le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire à des organes distincts qui se contrôlentBonne réponse
    • B.Donner tout le pouvoir à un seul souverain absolu
    • C.Supprimer totalement le pouvoir exécutif
    • D.Faire élire le pouvoir judiciaire par le pouvoir législatif chaque année

    Réponse : A — Confier le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire à des organes distincts qui se contrôlent

    Montesquieu constate que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Sa solution est de répartir législatif, exécutif et judiciaire entre des organes distincts qui se limitent mutuellement, selon le principe « le pouvoir arrête le pouvoir ».

  11. Un « État de droit » désigne un État où…

    • A.Il n'existe aucune loi écrite
    • B.Même les gouvernants sont soumis au droit qu'ils ont édictéBonne réponse
    • C.Seuls les citoyens sont soumis au droit, pas les gouvernants
    • D.Le droit est décidé chaque jour par le chef de l'État seul

    Réponse : B — Même les gouvernants sont soumis au droit qu'ils ont édicté

    Un État de droit est un État où le pouvoir lui-même est limité par le droit : les gouvernants ne peuvent pas agir arbitrairement, ils doivent respecter les lois et la constitution, au même titre que les citoyens.

  12. Pourquoi, selon Rousseau, l'homme à l'état de nature est-il bon, alors que la société le corrompt ?

    • A.Parce que l'état de nature est déjà organisé politiquement
    • B.Parce que Rousseau pense comme Hobbes que l'homme est naturellement violent
    • C.Parce que la société supprime tout besoin de lois
    • D.Parce que la société multiplie les comparaisons, la propriété et l'amour-propreBonne réponse

    Réponse : D — Parce que la société multiplie les comparaisons, la propriété et l'amour-propre

    Pour Rousseau, l'homme naturel est bon et libre car isolé, sans besoin comparatif d'autrui. C'est la vie en société — la propriété privée, la comparaison sociale, l'amour-propre — qui introduit l'inégalité et corrompt l'homme. Le contrat social vise alors à refonder une association juste, où chacun obéit à une loi qu'il s'est donnée : la volonté générale.

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