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Le langage

Terminale · Philosophie · L'existence humaine et la culture

Notion

Qu'est-ce que le langage ? Signe, langue et parole

Nous parlons sans y penser, comme on respire. Et pourtant, dès qu'on cherche à comprendre ce qu'est réellement le langage, les questions se multiplient : le langage n'est-il qu'un outil pour communiquer, ou bien est-il la condition même de notre pensée ? Les animaux ont-ils un langage ? Peut-on tout dire ? Cette fiche pose les bases conceptuelles indispensables, à commencer par la distinction entre langue et parole, proposée par le linguiste Ferdinand de Saussure.

Langue et parole : la distinction de Saussure

Saussure, dans son Cours de linguistique générale, distingue le langage (la faculté humaine générale de communiquer par des signes), la langue (le système de signes propre à une communauté : le français, l'allemand…) et la parole (l'usage individuel, concret, que chaque locuteur fait de la langue à un instant donné). La langue est sociale, commune à tous les locuteurs et relativement stable ; la parole est individuelle, changeante, propre à chaque acte de communication.

Une conséquence importante de l'arbitraire du signe : la valeur d'un mot ne vient pas d'un lien naturel avec la chose désignée, mais de sa différence avec les autres mots de la langue. Le mot « mouton » n'a de sens que parce qu'il se distingue de « bélier », « brebis » ou « agneau » : la langue est un système de différences, sans termes positifs.

CritèreLa langueLa parole
NatureSystème abstrait de signes communsUsage concret et individuel de ce système
AppartenanceSociale : appartient à toute une communautéIndividuelle : propre à chaque locuteur
StabilitéRelativement stable, évolue lentementChange à chaque instant, à chaque phrase
ÉtudeObjet de la linguistique (la grammaire, le lexique)Objet de la parole vivante, de l'énonciation

La double articulation : ce qui rend le langage humain productif

Notion

Le langage, la pensée et le pouvoir des mots

Le langage sert-il seulement à communiquer une pensée déjà formée, comme un simple véhicule ? Ou bien est-il la condition même par laquelle la pensée devient claire et communicable ? Cette seconde fiche explore ce rapport entre langage et pensée, la question du langage animal, et le pouvoir — parfois trompeur — des mots.

Langage animal et langage humain

Les abeilles communiquent par une danse qui indique à leurs congénères la direction et la distance d'une source de nourriture : est-ce là un langage ? Descartes, dans le Discours de la méthode, répond par la négative : les animaux, même les plus habiles, ne peuvent « assembler diverses paroles » pour « répondre à propos » à tout ce qu'on leur dit, comme le ferait même l'être humain le plus « stupide ». La danse des abeilles est un signal fixe, réactif, propre à une seule situation (la nourriture) ; elle ne permet pas, contrairement au langage humain, de parler d'autre chose que de l'ici et maintenant, ni d'inventer des combinaisons nouvelles à l'infini.

Le langage trahit-il la pensée ? Bergson et l'indicible

Si le langage semble indispensable pour partager une pensée, certains philosophes soulignent aussi ses limites. Bergson, dans Les Données immédiates de la conscience, montre que le langage, fait pour l'usage social et pratique, découpe notre expérience intérieure — qu'il appelle la durée, un flux continu et unique à chacun — en unités fixes, générales, communes à tout le monde (les mots du dictionnaire). En nommant une émotion « joie » ou « tristesse », je la fige dans une catégorie générale qui ne correspond jamais exactement à ce que je ressens, moi, à cet instant précis. Il y aurait ainsi une part de notre vécu qui échappe, en partie, à toute mise en mots.

Rhétorique et dialectique : le pouvoir des mots

Dans l'Antiquité déjà, les sophistes enseignaient l'art de convaincre par tous les moyens rhétoriques disponibles, indépendamment de la vérité de ce qu'on avance : c'est ce que Platon leur reproche, à travers la bouche de Socrate, qui oppose à cette rhétorique (l'art de persuader) la dialectique (l'art de dialoguer méthodiquement pour atteindre la vérité, par questions et réponses). Le langage peut donc servir à révéler le vrai, mais tout autant à le masquer : c'est la question du pouvoir des mots.

Exercices corrigés

  1. Selon la distinction de Saussure, qu'est-ce que la « langue » ?

    • A.L'usage individuel et concret que chacun fait des mots
    • B.Un ensemble de gestes accompagnant la parole
    • C.Le seul dialecte parlé dans une région précise
    • D.Le système de signes commun à toute une communauté de locuteursBonne réponse

    Réponse : D — Le système de signes commun à toute une communauté de locuteurs

    Pour Saussure, la langue est le système abstrait et social de signes, commun à tous les membres d'une communauté linguistique (le français, par exemple). C'est la parole, à l'inverse, qui désigne l'usage individuel et concret que chaque locuteur fait de ce système à un moment donné.

  2. Dans la théorie du signe linguistique de Saussure, que désigne le « signifié » ?

    • A.La suite de sons qui compose un mot
    • B.Le concept ou l'idée associée au motBonne réponse
    • C.L'objet réel désigné dans le monde
    • D.La graphie du mot à l'écrit uniquement

    Réponse : B — Le concept ou l'idée associée au mot

    Le signifié est le concept, l'idée mentale associée au mot (l'idée d'« arbre »), tandis que le signifiant est l'image acoustique, la suite de sons qui compose le mot. Attention : le signifié n'est pas l'objet réel lui-même (l'arbre concret dans le jardin), mais bien le concept général qu'on en a.

  3. Que signifie l'expression « arbitraire du signe » chez Saussure ?

    • A.Le lien entre le signifiant et le signifié n'est pas naturel, il est une convention propre à chaque langueBonne réponse
    • B.Les locuteurs peuvent changer les mots du dictionnaire quand ils le souhaitent, sans aucune règle
    • C.Certains mots n'ont aucun sens du tout
    • D.Toutes les langues du monde utilisent exactement les mêmes sons pour les mêmes idées

    Réponse : A — Le lien entre le signifiant et le signifié n'est pas naturel, il est une convention propre à chaque langue

    L'arbitraire du signe signifie que rien, dans le son d'un mot, ne ressemble naturellement à la chose désignée : c'est une convention propre à chaque langue, ce que prouve le fait que différentes langues utilisent des sons totalement différents pour un même concept (arbre / tree / Baum). Cela ne veut pas dire que les locuteurs peuvent changer les mots à volonté : la langue reste un système social stable.

  4. Selon Descartes, qu'est-ce qui manque fondamentalement à la communication animale pour qu'on puisse parler d'un véritable langage ?

    • A.La capacité à assembler diverses paroles pour répondre à propos à ce qu'on lui ditBonne réponse
    • B.La capacité à émettre des sons variés
    • C.La capacité à se déplacer rapidement
    • D.La capacité à vivre en groupe

    Réponse : A — La capacité à assembler diverses paroles pour répondre à propos à ce qu'on lui dit

    Descartes insiste sur la capacité à « assembler diverses paroles » et à « répondre à propos » à n'importe quel propos tenu, ce que même l'être humain le plus simple sait faire, mais qu'aucun animal, même très habile, ne peut faire selon lui. Ce n'est donc pas une question de nombre de sons émis ou de vie sociale.

  5. Qu'appelle-t-on la « double articulation » du langage humain, selon Martinet ?

    • A.L'articulation des bras et des mains lors de la parole
    • B.Le fait de répéter deux fois chaque mot pour se faire comprendre
    • C.La combinaison d'unités de sens (monèmes) elles-mêmes formées d'unités sonores (phonèmes)Bonne réponse
    • D.La capacité à parler deux langues en même temps

    Réponse : C — La combinaison d'unités de sens (monèmes) elles-mêmes formées d'unités sonores (phonèmes)

    La double articulation désigne le fait que le langage humain combine des unités de sens (les monèmes, comme « chat » ou « manger »), elles-mêmes décomposables en unités sonores plus petites (les phonèmes). C'est cette structure à deux niveaux qui permet, à partir d'un nombre limité de sons, de produire un nombre potentiellement infini de mots et de phrases.

  6. Dans le roman 1984 de George Orwell, à quoi sert la « novlangue » mise en place par le régime totalitaire ?

    • A.À enrichir le vocabulaire pour permettre une pensée plus fine
    • B.À standardiser la prononciation régionale
    • C.À faciliter l'apprentissage des langues étrangères
    • D.À appauvrir volontairement la langue pour rendre certaines pensées critiques impossibles à formulerBonne réponse

    Réponse : D — À appauvrir volontairement la langue pour rendre certaines pensées critiques impossibles à formuler

    La novlangue vise, dans la fiction d'Orwell, à réduire volontairement le vocabulaire disponible afin de rendre certaines idées critiques du régime littéralement impossibles à penser et à exprimer, faute de mots pour les formuler. C'est l'inverse d'un enrichissement : appauvrir le langage pour contrôler la pensée.

  7. Pourquoi peut-on dire que la valeur d'un mot, selon Saussure, vient de sa différence avec les autres mots plutôt que d'un lien positif avec la chose ?

    • A.Parce que « mouton » n'a de sens que parce qu'il se distingue de « bélier », « brebis » ou « agneau » au sein du système de la langueBonne réponse
    • B.Parce que chaque mot désigne un objet totalement unique et isolé du reste de la langue
    • C.Parce que les mots n'ont en réalité aucune signification stable
    • D.Parce que la langue française n'a qu'un seul mot pour désigner chaque animal

    Réponse : A — Parce que « mouton » n'a de sens que parce qu'il se distingue de « bélier », « brebis » ou « agneau » au sein du système de la langue

    Saussure montre que la langue est un « système de différences sans termes positifs » : un mot ne vaut pas par un lien naturel avec la chose, mais par sa position différentielle par rapport aux autres mots du système (« mouton » se définit en creux, par ce qu'il n'est pas : ni « bélier », ni « brebis », ni « agneau »).

  8. Qu'appelle-t-on le « déplacement » dans le langage humain ?

    • A.Le fait de changer physiquement de lieu en parlant
    • B.La capacité à évoquer par la parole ce qui est absent, passé, futur ou imaginaireBonne réponse
    • C.La modification du sens d'un mot au fil des siècles
    • D.La traduction d'une langue à une autre

    Réponse : B — La capacité à évoquer par la parole ce qui est absent, passé, futur ou imaginaire

    Le déplacement désigne la capacité, propre au langage humain articulé, à parler de choses absentes du contexte immédiat : un souvenir, un projet futur, une fiction pure. C'est ce qui manque généralement aux signaux animaux, comme la danse des abeilles, qui restent liés à une situation présente et concrète (une source de nourriture repérée).

  9. Selon Bergson, pourquoi le langage social peut-il « trahir » en partie notre expérience intérieure (la durée) ?

    • A.Parce que le langage est trop rapide pour décrire nos pensées
    • B.Parce que le langage n'existe que depuis très peu de temps dans l'histoire humaine
    • C.Parce qu'il découpe le flux continu et singulier du vécu en mots généraux, communs à tout le mondeBonne réponse
    • D.Parce que les mots sont toujours prononcés trop fort pour être compris

    Réponse : C — Parce qu'il découpe le flux continu et singulier du vécu en mots généraux, communs à tout le monde

    Pour Bergson, le langage, fait pour l'usage pratique et social, découpe notre expérience intérieure continue (la durée, unique à chacun) en catégories générales et fixes (les mots du dictionnaire, communs à tous). En nommant une émotion « joie », je la fige dans une catégorie générale qui ne coïncide jamais parfaitement avec ce que je ressens précisément, moi, à cet instant.

  10. Quelle est la différence entre rhétorique et dialectique, selon l'opposition établie par Platon à travers Socrate ?

    • A.La rhétorique et la dialectique sont deux mots strictement synonymes pour désigner l'art de parler
    • B.La dialectique est l'art de mentir, la rhétorique l'art de dire la vérité
    • C.La rhétorique concerne uniquement l'écrit, la dialectique uniquement l'oral
    • D.La rhétorique vise à persuader par tous les moyens, la dialectique vise à atteindre la vérité par un dialogue méthodique de questions et réponsesBonne réponse

    Réponse : D — La rhétorique vise à persuader par tous les moyens, la dialectique vise à atteindre la vérité par un dialogue méthodique de questions et réponses

    Platon, par la voix de Socrate, oppose la rhétorique des sophistes, qui vise à convaincre indépendamment de la vérité de ce qu'on avance, à la dialectique, méthode de dialogue rigoureux par questions et réponses visant à faire émerger la vérité. Ce n'est donc ni une opposition oral/écrit, ni une simple synonymie.

  11. Un élève écrit : « Le langage et la langue, c'est pareil, ce sont juste deux mots pour dire la même chose. » Pourquoi cette affirmation est-elle imprécise selon le cours ?

    • A.Elle confond la faculté générale de communiquer par des signes (le langage) et un système particulier de signes propre à une communauté (la langue)Bonne réponse
    • B.Elle a raison, Saussure ne fait aucune différence entre ces deux notions
    • C.Elle est fausse car le langage n'existe pas, seule la langue existe réellement
    • D.Elle est fausse car la parole et la langue sont en réalité identiques

    Réponse : A — Elle confond la faculté générale de communiquer par des signes (le langage) et un système particulier de signes propre à une communauté (la langue)

    C'est le piège classique signalé dans le cours : le langage est la faculté humaine générale de communiquer par des signes (propre, selon certains, à l'espèce humaine), tandis que la langue est un système particulier de cette faculté (le français, l'allemand…), commun à une communauté donnée. Ce sont deux niveaux différents, qu'il ne faut pas confondre en dissertation.

  12. Pourquoi la distinction langue / parole de Saussure permet-elle de nuancer une thèse trop générale du type « le langage empêche toute pensée originale » ?

    • A.Parce qu'elle permet de distinguer ce qui, dans le langage, relève du système social contraignant (la langue) de ce qui relève de l'usage créatif et singulier que chacun en fait (la parole), où l'originalité reste possibleBonne réponse
    • B.Parce que la distinction langue / parole n'a aucun rapport avec la question de l'originalité de la pensée
    • C.Parce qu'elle prouve que la parole est toujours identique pour tous les locuteurs
    • D.Parce qu'elle montre que seule la langue permet de penser, jamais la parole

    Réponse : A — Parce qu'elle permet de distinguer ce qui, dans le langage, relève du système social contraignant (la langue) de ce qui relève de l'usage créatif et singulier que chacun en fait (la parole), où l'originalité reste possible

    La distinction est précieuse pour nuancer une thèse trop générale : si la langue, comme système social stable, impose effectivement un cadre commun (le vocabulaire disponible, la grammaire), la parole reste le lieu de l'usage individuel et créatif de ce système — c'est là, dans l'agencement singulier des mots, que peut se loger l'originalité d'une pensée, sans que la langue en tant que système l'empêche totalement.

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