Aller au contenu

La vérité

Terminale · Philosophie · La raison et le réel

Notion

Qu'est-ce que la vérité ? Adéquation, opinion, certitude

« C'est vrai » : on emploie l'expression à longueur de journée, souvent sans y penser. Mais qu'est-ce qui distingue une vérité d'une simple opinion qu'on croit vraie, ou d'une certitude subjective qui peut se révéler fausse ? La philosophie ne cherche pas seulement des vérités particulières : elle interroge ce qui fait qu'une pensée mérite d'être dite vraie, et à quelles conditions on peut prétendre y accéder.

La vérité comme adéquation

Platon : vérité et opinion (doxa)

Critère de véritéIdée principaleLimite
Adéquation (correspondance)Une proposition est vraie si elle correspond à la réalitéSuppose qu'on ait déjà accès à la réalité indépendamment de la proposition, pour comparer
CohérenceUne proposition est vraie si elle s'accorde sans contradiction avec le reste d'un systèmeUn système peut être parfaitement cohérent... et entièrement faux (fiction cohérente)
Consensus (intersubjectif)Une proposition est vraie si elle recueille l'accord de la communauté (scientifique, rationnelle)Un accord général ne garantit pas la vérité : on peut se tromper à plusieurs (la Terre plate fit longtemps consensus)

Descartes et la recherche de la certitude

Dans le Discours de la méthode et les Méditations métaphysiques, Descartes veut fonder ses connaissances sur du certain, plutôt que sur des opinions reçues sans examen. Il choisit de douter méthodiquement de tout ce qui peut être douté, non par scepticisme définitif, mais comme outil pour trouver une première vérité absolument indubitable.

Notion

Faut-il toujours dire la vérité ? Morale, science et pouvoir

Chercher la vérité est une chose ; la dire en est une autre. Doit-on toujours dire la vérité, même quand elle blesse ou met en danger ? Et la vérité elle-même est-elle un idéal désintéressé, ou sert-elle parfois des intérêts, une volonté de dominer ou de rassurer ? Cette seconde fiche interroge la vérité du côté de la morale, puis du côté de la science et du pouvoir.

Kant : le devoir absolu de véracité

Constant et l'objection du meurtrier à la porte

Nietzsche : la critique de la volonté de vérité

La vérité scientifique : le critère de réfutabilité (Popper)

Karl Popper cherche un critère pour distinguer une théorie scientifique d'une théorie qui n'en a que l'apparence. Sa réponse : une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable, c'est-à-dire si l'on peut imaginer une observation qui la contredirait. Une théorie physique risque d'être infirmée par une expérience ; une théorie qui explique absolument tout, sans qu'aucun fait imaginable ne puisse jamais la contredire (Popper vise ici certaines lectures dogmatiques de la psychanalyse), n'est pas fausse, mais elle n'est pas non plus scientifique en ce sens précis.

Type de véritéStatutExemple
Vérité nécessaire (a priori)Vraie dans tous les cas possibles, connue indépendamment de l'expérience2 + 2 = 4 ; « tout triangle a trois côtés »
Vérité contingente (a posteriori)Vraie de fait, mais aurait pu être autrement ; connue par l'expérience« L'eau bout à 100 °C au niveau de la mer » ; « Paris est la capitale de la France »

Exercices corrigés

  1. Qu'est-ce que la « vérité-adéquation » ?

    • A.La correspondance entre ce qu'on affirme et la réalitéBonne réponse
    • B.La proposition qui recueille l'accord de tout le monde
    • C.Une proposition qui ne se contredit jamais elle-même
    • D.Une opinion à laquelle on croit très fort

    Réponse : A — La correspondance entre ce qu'on affirme et la réalité

    La vérité-adéquation (adaequatio rei et intellectus, chez Thomas d'Aquin héritier d'Aristote) définit le vrai comme la correspondance entre ce qu'on affirme et la réalité effective : « il pleut » est vrai si et seulement si il pleut réellement. L'accord général, c'est le critère du consensus (autre chose), la non-contradiction, c'est la cohérence (autre chose encore), et croire très fort, ce n'est que la certitude subjective, pas la vérité.

  2. Quel philosophe est l'auteur de l'allégorie de la caverne ?

    • A.Aristote
    • B.Descartes
    • C.PlatonBonne réponse
    • D.Nietzsche

    Réponse : C — Platon

    L'allégorie de la caverne se trouve au livre VII de La République de Platon. Elle illustre le passage de l'opinion (doxa), fondée sur les apparences sensibles comme les ombres sur le mur, à la vérité (épistémè), atteinte par la raison. Aristote, Descartes et Nietzsche ont d'autres apports sur la vérité, mais ce texte précis est bien de Platon.

  3. Quelle formule résume la première certitude que Descartes établit dans sa recherche de la vérité ?

    • A.« Tout est relatif »
    • B.« Connais-toi toi-même »
    • C.« La vérité est fille du temps »
    • D.« Je pense, donc je suis »Bonne réponse

    Réponse : D — « Je pense, donc je suis »

    Le « cogito ergo sum » (je pense, donc je suis) est la première vérité que Descartes juge indubitable au terme de son doute méthodique : même si tout le reste était faux, le fait même de douter prouve qu'il existe une pensée. Les autres formules ne viennent pas de Descartes dans ce contexte.

  4. Une vérité dite « a priori » est une vérité qui est connue...

    • A.Indépendamment de l'expérience, par la seule raisonBonne réponse
    • B.Uniquement par l'expérience sensible
    • C.Grâce à un consensus scientifique
    • D.Seulement après avoir été démentie une première fois

    Réponse : A — Indépendamment de l'expérience, par la seule raison

    Une vérité a priori (comme « 2 + 2 = 4 » ou « tout triangle a trois côtés ») est connue indépendamment de l'expérience, par le seul raisonnement : elle est nécessaire, vraie dans tous les cas possibles. La connaissance par l'expérience, elle, définit le a posteriori.

  5. Que soutient Kant dans « Sur un prétendu droit de mentir par humanité » ?

    • A.Le mensonge est permis si l'intention est bonne
    • B.Dire la vérité n'est un devoir que si la vérité ne fait de mal à personne
    • C.La véracité est un devoir absolu, quelles que soient les conséquencesBonne réponse
    • D.Seul un tribunal peut juger si un mensonge est acceptable

    Réponse : C — La véracité est un devoir absolu, quelles que soient les conséquences

    Kant défend une position radicale : dire la vérité est un devoir inconditionné, valable en toute circonstance, y compris quand cela semble mener à des conséquences dramatiques, parce que le mensonge détruit la confiance qui rend possible toute communication humaine. Les autres propositions décrivent plutôt des morales conséquentialistes ou des solutions de compromis que Kant refuse précisément.

  6. Comment articuler, dans une même dissertation, la critique nietzschéenne de la « volonté de vérité » et le critère de réfutabilité de Popper, sans les opposer à tort ?

    • A.En affirmant qu'ils disent exactement la même chose sur la vérité scientifique, comme si les deux philosophes avaient formulé une seule et même thèse, sans aucune différence d'angle ni de niveau d'analyse entre eux
    • B.En montrant que Nietzsche interroge pourquoi on valorise la vérité en général (une question sur les motifs), tandis que Popper propose un critère technique pour distinguer, à l'intérieur même de la recherche de vérité, la science d'une pseudo-science (une question de méthode)Bonne réponse
    • C.En rejetant purement et simplement Popper au nom de Nietzsche, puisque toute théorie scientifique ne serait, selon cette lecture réductrice, qu'un simple exercice de pouvoir déguisé en connaissance objective
    • D.En ignorant purement et simplement l'un des deux auteurs, sous prétexte qu'ils seraient totalement incompatibles et qu'aucun lien argumentatif sérieux ne pourrait jamais être établi entre leurs deux pensées

    Réponse : B — En montrant que Nietzsche interroge pourquoi on valorise la vérité en général (une question sur les motifs), tandis que Popper propose un critère technique pour distinguer, à l'intérieur même de la recherche de vérité, la science d'une pseudo-science (une question de méthode)

    Nietzsche et Popper ne répondent pas à la même question : Nietzsche interroge le fondement et les motifs de notre attachement à la vérité en général (pourquoi la vérité plutôt que l'utile ou le mensonge réconfortant), quand Popper, lui, reste à l'intérieur de la démarche scientifique pour proposer un critère (la réfutabilité) permettant de trier les théories vraiment scientifiques. Les articuler correctement, c'est montrer leur complémentarité (une question de fond, une question de méthode), plutôt que de les fondre en un seul discours ou de les opposer terme à terme, ce qui affaiblirait l'argumentation.

  7. Chez Platon, qu'est-ce que l'opinion (doxa), par opposition à la vérité (épistémè) ?

    • A.Une connaissance fondée sur la démonstration mathématique
    • B.Une croyance fondée sur les apparences sensibles, non vérifiée par la raisonBonne réponse
    • C.Un consensus obtenu après un débat rationnel
    • D.Une vérité scientifique déjà démontrée

    Réponse : B — Une croyance fondée sur les apparences sensibles, non vérifiée par la raison

    La doxa désigne chez Platon une croyance qui s'arrête aux apparences sensibles (les ombres de la caverne) sans être passée par l'examen rationnel qui mène à l'épistémè, le savoir véritable. La démonstration mathématique ou le consensus rationnel, au contraire, relèvent déjà d'un effort de connaissance plus proche de la vérité recherchée par Platon.

  8. Quel critère Karl Popper propose-t-il pour distinguer une théorie scientifique d'une théorie qui n'en a que l'apparence ?

    • A.La popularité de la théorie auprès du grand public
    • B.L'ancienneté de la théorie
    • C.La réfutabilité : la théorie doit pouvoir être contredite par une observation possibleBonne réponse
    • D.Le fait que la théorie explique absolument tous les cas sans exception

    Réponse : C — La réfutabilité : la théorie doit pouvoir être contredite par une observation possible

    Pour Popper, une théorie est scientifique seulement si elle est réfutable, c'est-à-dire si l'on peut imaginer une observation qui la contredirait. À l'inverse, une théorie qui « explique tout » sans qu'aucun fait ne puisse jamais la contredire n'est pas fausse mais n'est pas scientifique en ce sens précis : c'est justement le piège, pas le critère de scientificité.

  9. Dans l'allégorie de la caverne, que représentent les ombres projetées sur le mur ?

    • A.Les Idées éternelles, seule vraie réalité selon Platon
    • B.Les apparences sensibles, prises à tort pour la réalité par les prisonniersBonne réponse
    • C.Le soleil, symbole de l'Idée du Bien
    • D.Les vérités mathématiques, indépendantes de l'expérience

    Réponse : B — Les apparences sensibles, prises à tort pour la réalité par les prisonniers

    Les ombres sont de simples apparences, des reflets d'objets que les prisonniers ne voient jamais directement : ils les prennent pourtant pour la réalité elle-même, faute de mieux. C'est le règne de l'opinion. Les Idées éternelles et le soleil (Idée du Bien) sont au contraire ce que découvre le prisonnier libéré, une fois sorti de la caverne.

  10. Pourquoi Descartes doute-t-il d'abord de ses sens dans sa démarche vers la certitude ?

    • A.Parce que les sens n'existent pas réellement
    • B.Parce que seule la religion peut garantir une vérité certaine
    • C.Parce que les mathématiques sont moins fiables que la perception
    • D.Parce que les sens l'ont déjà trompé (illusions, rêves), donc on ne peut pas s'y fier aveuglémentBonne réponse

    Réponse : D — Parce que les sens l'ont déjà trompé (illusions, rêves), donc on ne peut pas s'y fier aveuglément

    Descartes remarque que ses sens l'ont déjà trompé par le passé (illusions d'optique, confusion entre rêve et veille) : il est donc prudent de ne plus leur accorder une confiance aveugle, et de chercher un fondement plus solide. Il ne nie pas l'existence des sens, et ce n'est ni un argument religieux ni une remise en cause des mathématiques (qui viennent après, avec l'hypothèse du malin génie).

  11. Quelle objection Benjamin Constant adresse-t-il à Kant à propos du devoir de dire la vérité ?

    • A.La vérité n'est due qu'à celui qui a un droit à la vérité, ce que perd un meurtrier par son intention criminelleBonne réponse
    • B.La vérité n'existe pas, tout est affaire de point de vue
    • C.On doit toujours mentir pour protéger ses proches
    • D.Seuls les philosophes ont le droit de connaître la vérité

    Réponse : A — La vérité n'est due qu'à celui qui a un droit à la vérité, ce que perd un meurtrier par son intention criminelle

    Constant imagine le cas du meurtrier qui demande où se cache sa victime : il objecte que la vérité n'est un devoir qu'« envers celui qui a droit à la vérité », et qu'un criminel, par son intention, perd ce droit. Ce n'est ni un relativisme total, ni une invitation à mentir systématiquement : c'est une objection précise et limitée à la position absolue de Kant.

  12. Que veut dire Nietzsche quand il écrit que nos vérités sont des « illusions dont on a oublié qu'elles sont des illusions » ?

    • A.Que la science est totalement inutile
    • B.Que seules les mathématiques disent la vérité
    • C.Que tout le monde ment tout le temps volontairement
    • D.Que nos certitudes sont des métaphores ou des conventions figées par l'habitude, prises à tort pour des reflets fidèles du réelBonne réponse

    Réponse : D — Que nos certitudes sont des métaphores ou des conventions figées par l'habitude, prises à tort pour des reflets fidèles du réel

    Dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, Nietzsche avance que nos « vérités » sont d'anciennes métaphores ou conventions dont on a fini par oublier le caractère construit : on les prend pour des reflets exacts du réel alors qu'elles sont des habitudes de langage et de pensée. Ce n'est pas un rejet de la science ni une accusation de mensonge délibéré : c'est une critique de l'oubli du caractère construit de nos catégories.

S'entraîner sur ce chapitre

Ce chapitre compte 35 exercices corrigés dans l'application, avec le suivi de ta progression.

Commencer les exercices