La liberté
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La morale
Suis-je libre ? Libre arbitre, déterminisme et illusion de la liberté
Nous avons tous le sentiment de choisir librement nos actions. Mais ce sentiment est-il fiable ? Si tout événement, y compris nos désirs et nos décisions, a des causes qui l'expliquent entièrement, la liberté n'est-elle pas qu'une illusion ? Cette question oppose deux grandes positions : le libre arbitre et le déterminisme.
Le libre arbitre : une liberté d'indifférence ?
Le déterminisme : tout événement a une cause
Le déterminisme soutient que tout événement, y compris les actions humaines, a une cause qui l'explique entièrement : à situation strictement identique, il ne pourrait donc pas en aller autrement. Cette thèse interroge directement le libre arbitre : si mes désirs et mes choix ont des causes (physiques, psychologiques, sociales) qui les déterminent, en quel sens suis-je vraiment libre de choisir autre chose ?
Spinoza : l'illusion de la liberté
| Position | Thèse principale |
|---|---|
| Libre arbitre (Descartes) | La volonté peut se déterminer sans être entièrement causée par autre chose qu'elle-même |
| Déterminisme | Tout événement, y compris les actions humaines, a une cause qui l'explique entièrement |
| Spinoza | L'homme se croit libre par ignorance des causes qui le déterminent réellement |
La morale
Être libre : autonomie, action politique et existence
Au-delà du problème métaphysique du libre arbitre, la liberté se joue aussi dans l'action concrète, la vie en société, et dans le rapport de l'homme à sa propre existence. Trois notions permettent d'éclairer ces autres dimensions : la distinction liberté négative/positive, la liberté civile chez Rousseau, et la liberté radicale de l'existentialisme sartrien.
Liberté négative et liberté positive
Rousseau : la liberté civile
Pour Rousseau, en société, la liberté ne consiste plus à faire tout ce que l'on veut sans limite (liberté naturelle), mais à obéir à une loi que l'on a soi-même contribué à établir, par la volonté générale. Ce passage de la liberté naturelle à la liberté civile n'est pas, pour Rousseau, une perte : obéir à une loi qu'on a soi-même instituée reste une forme de liberté, à la différence de la soumission à la volonté arbitraire d'un autre.
Sartre : condamnés à être libres
Exercices corrigés
Que soutient le déterminisme ?
- A.Aucun événement n'a de cause véritable, tout est pur hasard
- B.Tout événement, y compris les actions humaines, a une cause qui l'explique entièrementBonne réponse
- C.Seuls les événements physiques ont des causes, jamais les actions humaines
- D.Les causes des événements changent selon la volonté de chacun
Réponse : B — Tout événement, y compris les actions humaines, a une cause qui l'explique entièrement
Le déterminisme soutient que tout événement, y compris les actions humaines, a une cause qui l'explique entièrement, de sorte qu'à situation strictement identique, il ne pourrait pas en aller autrement. C'est l'inverse du pur hasard, et le déterminisme s'applique justement aussi bien aux actions humaines qu'aux phénomènes physiques.
Qu'appelle-t-on le « libre arbitre » ?
- A.Le pouvoir de choisir entre plusieurs possibles, indépendamment de toute détermination extérieureBonne réponse
- B.L'obligation de suivre exactement les désirs du corps
- C.Un synonyme strict du hasard pur
- D.La capacité à obéir sans réfléchir à une autorité
Réponse : A — Le pouvoir de choisir entre plusieurs possibles, indépendamment de toute détermination extérieure
Le libre arbitre désigne le pouvoir de choisir entre plusieurs possibles, sans être entièrement déterminé de l'extérieur. Ce n'est ni une obligation de suivre ses désirs corporels, ni un synonyme du pur hasard, ni une capacité à obéir : c'est au contraire la capacité de se déterminer soi-même.
Selon Spinoza, pourquoi les hommes se croient-ils libres ?
- A.Parce qu'ils ont réellement un libre arbitre absolu, selon Spinoza
- B.Parce que Dieu leur a personnellement garanti cette liberté
- C.Parce qu'ils sont conscients de leurs désirs et de leurs actions, mais ignorent les causes qui les déterminent réellementBonne réponse
- D.Parce que la société leur impose de croire qu'ils sont libres
Réponse : C — Parce qu'ils sont conscients de leurs désirs et de leurs actions, mais ignorent les causes qui les déterminent réellement
Pour Spinoza, l'homme a conscience de ses désirs et de ses actes, mais ignore les causes réelles qui le déterminent à désirer et à agir ainsi : c'est cette ignorance des causes qui produit l'illusion de la liberté. Spinoza ne défend justement pas l'existence d'un libre arbitre absolu, et il ne s'agit ni d'une garantie divine ni d'une imposition sociale.
Que distingue-t-on par liberté négative et liberté positive ?
- A.La liberté négative désigne l'obéissance à la loi civile, la liberté positive le libre arbitre absolu
- B.Ce sont deux synonymes stricts, sans différence réelle
- C.La liberté négative concerne uniquement les animaux, la liberté positive uniquement les hommes
- D.La liberté négative désigne l'absence de contraintes extérieures à l'action ; la liberté positive désigne la capacité à se déterminer soi-même selon sa propre raisonBonne réponse
Réponse : D — La liberté négative désigne l'absence de contraintes extérieures à l'action ; la liberté positive désigne la capacité à se déterminer soi-même selon sa propre raison
La liberté négative est l'absence d'obstacles ou de contraintes extérieures à l'action (ne pas être empêché), tandis que la liberté positive est l'autonomie, la capacité à se déterminer soi-même selon sa propre raison. Ce ne sont ni des synonymes, ni des notions réservées à un seul type d'êtres, ni des questions d'obéissance civile.
Selon Rousseau, en quoi consiste la liberté civile, différente de la liberté naturelle ?
- A.Obéir à une loi que l'on a soi-même contribué à établir (par la volonté générale), plutôt que de faire tout ce que l'on veut sans limiteBonne réponse
- B.Faire absolument tout ce que l'on désire, sans aucune limite
- C.Obéir sans discuter à toute autorité en place, quelle qu'elle soit
- D.Vivre isolé, en dehors de toute société organisée
Réponse : A — Obéir à une loi que l'on a soi-même contribué à établir (par la volonté générale), plutôt que de faire tout ce que l'on veut sans limite
Pour Rousseau, la liberté civile consiste à obéir à une loi que l'on a soi-même contribué à instituer, par la volonté générale, plutôt qu'à faire tout ce que l'on veut sans limite (ce qui définissait la liberté naturelle). Ce n'est ni une obéissance aveugle à n'importe quelle autorité, ni une vie hors de toute société.
Que signifie la formule sartrienne « l'existence précède l'essence » ?
- A.L'homme possède une nature fixée dès sa naissance, qui détermine son destin
- B.L'homme n'a pas de nature fixée d'avance qui déterminerait ce qu'il doit être ; il se définit lui-même par ses choix et ses actesBonne réponse
- C.L'existence humaine n'a, selon Sartre, absolument aucun sens
- D.L'essence précède toujours l'existence, chez tous les êtres vivants
Réponse : B — L'homme n'a pas de nature fixée d'avance qui déterminerait ce qu'il doit être ; il se définit lui-même par ses choix et ses actes
Pour Sartre, l'homme n'a pas de nature (essence) fixée avant même d'exister : il se définit par ses choix et ses actes tout au long de sa vie. C'est exactement l'inverse d'une nature fixée d'avance, et cela ne signifie pas que l'existence serait dénuée de sens : au contraire, c'est l'homme qui la construit par sa liberté.
Pourquoi Descartes considère-t-il la « liberté d'indifférence » (choisir sans aucune raison déterminante) comme le degré le plus bas de la liberté ?
- A.Parce que Descartes rejette totalement l'usage de la raison dans le choix moral
- B.Parce que choisir au hasard rapporte toujours un avantage matériel immédiat
- C.Parce qu'une liberté véritable s'exerce mieux lorsqu'elle est éclairée par des raisons claires et distinctes ; choisir sans aucun motif montre un manque de connaissance qui limite la liberté plutôt qu'il ne l'accomplitBonne réponse
- D.Parce que la liberté d'indifférence est, selon Descartes, réservée aux seuls philosophes
Réponse : C — Parce qu'une liberté véritable s'exerce mieux lorsqu'elle est éclairée par des raisons claires et distinctes ; choisir sans aucun motif montre un manque de connaissance qui limite la liberté plutôt qu'il ne l'accomplit
Descartes considère que la liberté s'exerce le mieux lorsqu'elle est guidée par des raisons claires et distinctes : plus on connaît les raisons d'agir, plus on est libre. Choisir sans aucun motif (liberté d'indifférence) révèle au contraire un manque de connaissance, donc une liberté moins accomplie, et non un rejet de la raison de la part de Descartes.
Dans l'image de la pierre utilisée par Spinoza, que représente la pierre lancée qui « croirait vouloir » tomber ?
- A.Un symbole de la toute-puissance divine sur les événements naturels
- B.Une image purement décorative, sans portée philosophique selon Spinoza lui-même
- C.Le hasard pur, qui échappe à toute cause selon Spinoza
- D.L'homme qui se croit libre parce qu'il a conscience de ses désirs, sans percevoir les causes extérieures qui le déterminent réellement à agir comme il agitBonne réponse
Réponse : D — L'homme qui se croit libre parce qu'il a conscience de ses désirs, sans percevoir les causes extérieures qui le déterminent réellement à agir comme il agit
La pierre lancée qui « croirait vouloir » poursuivre son mouvement représente, dans l'analogie de Spinoza, l'homme qui se croit libre parce qu'il a conscience de ses désirs sans percevoir les causes réelles qui le déterminent. Ce n'est pas un symbole religieux, ni une simple image décorative, ni une illustration du pur hasard, qui est justement rejeté par le déterminisme spinoziste.
Pourquoi le déterminisme scientifique interroge-t-il directement la notion de libre arbitre ?
- A.Parce que si toute action humaine a des causes qui l'expliquent entièrement, il devient difficile de soutenir qu'un choix aurait pu, à situation strictement identique, se produire autrementBonne réponse
- B.Parce que la science moderne a définitivement prouvé l'existence du libre arbitre absolu
- C.Parce que le déterminisme ne concerne, en réalité, que les phénomènes célestes
- D.Parce que le libre arbitre et le déterminisme n'ont, en réalité, jamais été mis en relation par aucun philosophe
Réponse : A — Parce que si toute action humaine a des causes qui l'expliquent entièrement, il devient difficile de soutenir qu'un choix aurait pu, à situation strictement identique, se produire autrement
Si toute action humaine a des causes qui l'expliquent entièrement, il devient difficile de soutenir qu'à situation strictement identique, un choix aurait pu se produire autrement : c'est précisément ce qui met en tension le déterminisme et l'idée d'un libre arbitre absolu. La science n'a pas « prouvé » le libre arbitre, et cette question a justement été abondamment débattue en philosophie.
Pourquoi peut-on dire que, pour Rousseau, la liberté civile n'est pas une perte de liberté par rapport à la liberté naturelle ?
- A.Parce que la liberté civile, chez Rousseau, correspond exactement à la liberté naturelle, sans aucune différence
- B.Parce qu'en obéissant à une loi qu'il a lui-même contribué à instituer, le citoyen obéit en réalité à sa propre volonté rationnelle, ce qui reste une forme de liberté, à la différence de la soumission à la volonté arbitraire d'un autreBonne réponse
- C.Parce que Rousseau considère que la vie en société supprime toute forme de liberté
- D.Parce que la loi civile, chez Rousseau, est toujours imposée par un seul homme, sans consultation
Réponse : B — Parce qu'en obéissant à une loi qu'il a lui-même contribué à instituer, le citoyen obéit en réalité à sa propre volonté rationnelle, ce qui reste une forme de liberté, à la différence de la soumission à la volonté arbitraire d'un autre
En obéissant à une loi qu'il a contribué à établir par la volonté générale, le citoyen obéit en réalité à sa propre volonté rationnelle : c'est ce qui distingue, pour Rousseau, la liberté civile de la simple soumission à la volonté arbitraire d'un autre. La liberté civile n'est donc pas identique à la liberté naturelle (elle en diffère précisément), mais elle n'est pas non plus une suppression de toute liberté.
Que veut dire Sartre lorsqu'il affirme que l'homme est « condamné à être libre » ?
- A.L'homme peut, à tout moment, choisir de cesser complètement d'être libre
- B.La liberté, selon Sartre, ne concerne que certains individus exceptionnels
- C.Même refuser de choisir, ou prétendre subir sa situation sans réagir, constitue déjà un choix dont l'homme est responsable ; il ne peut donc jamais échapper à sa liberté, ce qui est vécu comme un poids autant que comme un pouvoirBonne réponse
- D.Sartre affirme que l'homme est, en réalité, entièrement déterminé par sa naissance
Réponse : C — Même refuser de choisir, ou prétendre subir sa situation sans réagir, constitue déjà un choix dont l'homme est responsable ; il ne peut donc jamais échapper à sa liberté, ce qui est vécu comme un poids autant que comme un pouvoir
Pour Sartre, même refuser de choisir ou prétendre subir passivement sa situation est déjà un choix, dont l'homme reste responsable : il ne peut donc jamais échapper à sa liberté, ce qui explique le mot « condamné » (un poids autant qu'un pouvoir). L'homme ne peut pas cesser d'être libre à volonté, et cette liberté ne concerne pas seulement quelques individus exceptionnels.
Quelle est la différence entre ignorer une cause et l'absence de cause, dans l'argument spinoziste contre le libre arbitre ?
- A.Elles désignent, chez Spinoza, exactement la même chose
- B.Ignorer une cause prouve toujours qu'elle n'existe pas
- C.L'absence de cause est, selon Spinoza, la définition même de la liberté humaine
- D.Ne pas percevoir la cause d'un désir ne prouve pas qu'il n'y en ait aucune ; l'ignorance des causes est précisément ce qui, selon Spinoza, fait naître l'illusion de la libertéBonne réponse
Réponse : D — Ne pas percevoir la cause d'un désir ne prouve pas qu'il n'y en ait aucune ; l'ignorance des causes est précisément ce qui, selon Spinoza, fait naître l'illusion de la liberté
Ne pas connaître la cause d'un désir ne prouve pas qu'il en soit dépourvu : c'est précisément cette confusion entre ignorance des causes et absence de causes qui, selon Spinoza, engendre l'illusion d'une liberté sans détermination. Les autres options confondent ou inversent ce raisonnement.
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