L'inconscient
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La raison et le réel
La découverte freudienne de l'inconscient
Descartes affirmait que la conscience est transparente à elle-même : je peux me tromper sur le monde, mais pas sur le fait que je pense ce que je pense (voir le chapitre sur la conscience). Freud vient bouleverser cette certitude : selon lui, une partie de notre vie psychique nous échappe totalement, tout en continuant d'agir sur nos pensées, nos paroles et nos comportements. C'est la thèse de l'inconscient psychique.
Une hypothèse, pas une simple observation
L'inconscient n'est pas directement observable : on ne peut que déduire son existence à partir de ses effets. Freud, médecin viennois, part de sa pratique clinique : certains patients souffrent de symptômes (paralysies, phobies, obsessions) sans cause organique repérable. Il émet alors l'hypothèse que ces symptômes sont l'expression déguisée d'un conflit psychique dont le sujet lui-même n'a pas conscience.
Les manifestations de l'inconscient
- Les rêves : la « voie royale » vers l'inconscient selon Freud. Le contenu manifeste (ce dont on se souvient) déguise un contenu latent (le désir refoulé qui s'exprime).
- Les actes manqués : lapsus, oublis de noms, erreurs de lecture ou d'écriture qui, loin d'être de simples hasards, trahissent une pensée refoulée.
- Les symptômes névrotiques : un trouble (phobie, obsession, paralysie) sans cause organique, qui exprime symboliquement un conflit psychique inconscient.
- Les mots d'esprit : certains jeux de mots ou traits d'humour laissent échapper, sous une forme socialement acceptable, un contenu refoulé.
Les deux topiques : modéliser l'appareil psychique
Freud propose deux modèles successifs (« topiques », du grec topos, le lieu) pour décrire le fonctionnement de l'appareil psychique.
| Première topique (1900) | Deuxième topique (1920) | |
|---|---|---|
| Instances | Conscient / préconscient / inconscient | Ça / Moi / Surmoi |
| Principe | Distingue ce qui est su, ce qui est mémorisable, et ce qui est refoulé | Distingue les pulsions, l'instance de médiation avec le réel, et l'instance morale intériorisée |
| Le refoulement | Sépare l'inconscient du reste du psychisme | Le Moi refoule sous la pression du Surmoi, souvent inconsciemment |
| Apport | Cartographie ce qui est accessible ou non à la conscience | Explique la dynamique et les conflits entre les instances |
La raison et le réel
Critiques de l'inconscient et enjeux de la responsabilité
La thèse freudienne, aussi féconde soit-elle, a suscité de vives critiques philosophiques. Deux objections majeures méritent d'être connues : celle d'Alain, qui défend l'unité de la conscience, et celle de Sartre, qui propose une tout autre explication de nos comportements apparemment inexpliqués.
Alain : la conscience comme seule instance psychique
Sartre : la mauvaise foi contre l'inconscient
Sartre, dans L'Être et le Néant, refuse lui aussi l'hypothèse freudienne, mais pour une raison différente : elle diviserait le sujet en deux (un « ça » qui refoule et un « moi » qui est refoulé), ce qui contredit l'unité de la conscience. Comment le Moi pourrait-il refouler un contenu sans, d'une certaine manière, savoir ce qu'il refoule ? Sartre propose à la place le concept de mauvaise foi : je me mens à moi-même, je me cache une vérité que je connais confusément, sans qu'il y ait besoin d'un « inconscient » séparé pour l'expliquer.
L'inconscient peut-il excuser ?
Si une partie de mes actes m'échappe, suis-je encore responsable de ce que je fais ? La question a une portée à la fois morale et juridique. Il faut distinguer deux usages très différents de l'argument : comprendre pourquoi on agit ainsi n'est pas la même chose qu'être déresponsabilisé de son acte. La psychanalyse elle-même vise, par la cure, à rendre conscient ce qui était refoulé, précisément pour que le sujet puisse se réapproprier ses actes, non pour l'en exempter.
Exercices corrigés
Que vise principalement la cure psychanalytique, selon l'intention même de Freud ?
- A.Effacer définitivement tout souvenir gênant chez le patient
- B.Prouver que le patient n'est responsable d'aucun de ses actes
- C.Rendre conscient ce qui était inconscient, pour que le sujet puisse se réapproprier ses actesBonne réponse
- D.Convaincre le patient que ses symptômes n'ont aucune cause psychique
Réponse : C — Rendre conscient ce qui était inconscient, pour que le sujet puisse se réapproprier ses actes
Le but de la cure analytique est de faire émerger à la conscience des contenus refoulés, afin que le sujet comprenne le conflit psychique à l'origine de ses symptômes ou de ses actes, et gagne ainsi en liberté et en responsabilité — non pour l'exempter de toute responsabilité.
Face au sujet « L'inconscient est-il une excuse ? », quelle démarche argumentative articule le mieux les références du cours ?
- A.Répondre « oui » d'emblée sans mobiliser aucun auteur ni aucune référence du programme, en se contentant d'une simple opinion personnelle non argumentée
- B.Partir de la thèse freudienne de l'inconscient comme système psychique réel, puis distinguer comprendre et excuser, avant de nuancer avec la critique d'Alain sur le refus de se connaîtreBonne réponse
- C.Ne parler que de Sartre, en ignorant totalement Freud, alors même que le sujet porte précisément sur la notion freudienne d'inconscient
- D.Se contenter d'exemples personnels sans aucune référence philosophique, ni à Freud, ni à Alain, ni à aucun autre auteur du programme de terminale
Réponse : B — Partir de la thèse freudienne de l'inconscient comme système psychique réel, puis distinguer comprendre et excuser, avant de nuancer avec la critique d'Alain sur le refus de se connaître
Le sujet appelle une démarche progressive : établir d'abord la réalité de l'inconscient comme hypothèse freudienne fondée sur des manifestations observables, distinguer ensuite nettement comprendre les causes d'un acte et en être excusé, puis mobiliser la critique d'Alain (l'inconscient invoqué comme fuite de la responsabilité de se connaître) pour enrichir et nuancer la réponse plutôt que de trancher abruptement.
Qui est le fondateur de la thèse de l'inconscient psychique en tant que système structuré ?
- A.Descartes
- B.Sartre
- C.FreudBonne réponse
- D.Alain
Réponse : C — Freud
C'est Sigmund Freud, à partir de sa pratique clinique de médecin, qui formule l'hypothèse de l'inconscient comme système psychique structuré, doté de ses propres lois. Descartes défend au contraire la transparence de la conscience à elle-même, et Alain et Sartre sont justement des critiques de la thèse freudienne.
Selon Freud, comment peut-on savoir que l'inconscient existe, puisqu'il n'est pas directement observable ?
- A.En déduisant son existence à partir de ses manifestations (rêves, lapsus, symptômes, mots d'esprit)Bonne réponse
- B.On ne peut jamais savoir s'il existe, c'est une pure croyance
- C.En l'observant directement au microscope dans le cerveau
- D.En demandant simplement au patient ce qu'il pense inconsciemment
Réponse : A — En déduisant son existence à partir de ses manifestations (rêves, lapsus, symptômes, mots d'esprit)
L'inconscient n'est jamais observé directement : Freud en déduit l'existence à partir de ses effets visibles (un rêve, un lapsus, un symptôme sans cause organique). C'est une hypothèse explicative, construite à partir d'indices, pas une observation directe ni une simple croyance arbitraire.
Quelle formule de Freud résume l'idée que la conscience n'a plus un accès total à elle-même ?
- A.« Je pense, donc je suis »
- B.« L'existence précède l'essence »
- C.« L'homme est un loup pour l'homme »
- D.« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison »Bonne réponse
Réponse : D — « Le moi n'est pas maître dans sa propre maison »
Cette formule de Freud signifie que le Moi ne contrôle ni ne connaît totalement sa propre vie psychique : une partie de celle-ci lui échappe, refoulée dans l'inconscient. Elle s'oppose directement à la thèse cartésienne de la transparence de la conscience à elle-même.
Dans la première topique freudienne, quelles sont les trois instances distinguées ?
- A.Ça, Moi, Surmoi
- B.Conscient, préconscient, inconscientBonne réponse
- C.Raison, passion, volonté
- D.Corps, âme, esprit
Réponse : B — Conscient, préconscient, inconscient
La première topique (1900) distingue le conscient (ce dont on a immédiatement connaissance), le préconscient (ce qui est mémorisable et peut redevenir conscient) et l'inconscient (ce qui est refoulé). La seconde topique (ça, moi, surmoi) viendra plus tard, en 1920, avec une autre logique.
Qu'est-ce qu'un acte manqué au sens freudien ?
- A.Un lapsus, un oubli ou une erreur qui trahit, sans le vouloir, une pensée refouléeBonne réponse
- B.Un échec scolaire ou professionnel quelconque
- C.Un accident purement physique sans aucune signification psychique
- D.Une décision consciente prise après mûre réflexion
Réponse : A — Un lapsus, un oubli ou une erreur qui trahit, sans le vouloir, une pensée refoulée
Un acte manqué (lapsus, oubli de nom, erreur de lecture ou d'écriture) n'est pas un simple hasard pour Freud : il exprime, de façon déguisée, un contenu psychique refoulé qui profite d'un relâchement de la vigilance consciente pour se manifester.
Quel philosophe critique la notion d'inconscient freudien au nom de la mauvaise foi d'une conscience unique ?
- A.Alain
- B.Descartes
- C.Hegel
- D.SartreBonne réponse
Réponse : D — Sartre
C'est Sartre qui, dans L'Être et le Néant, propose le concept de mauvaise foi pour expliquer sans diviser le sujet en deux (ça/moi) certains comportements que Freud attribue à l'inconscient. Alain critique aussi l'inconscient, mais au nom du refus de se connaître, pas de la mauvaise foi ; Descartes défend la transparence de la conscience sans connaître la thèse freudienne ; Hegel n'intervient pas dans ce débat.
Que critique Alain lorsqu'il s'oppose à la notion d'inconscient ?
- A.Il affirme au contraire que l'inconscient est la seule vraie instance psychique
- B.Il pense que l'inconscient prouve définitivement que l'homme n'est jamais responsable
- C.Il critique l'idée qu'une chose puisse « penser » sans être consciente de le faire, et voit là un refus de se connaître soi-mêmeBonne réponse
- D.Il considère que Freud n'a jamais réellement défendu cette thèse
Réponse : C — Il critique l'idée qu'une chose puisse « penser » sans être consciente de le faire, et voit là un refus de se connaître soi-même
Pour Alain, dire qu'« on pense sans le savoir » est contradictoire dans les termes : penser suppose une forme de conscience. Invoquer l'inconscient revient souvent, selon lui, à esquiver l'effort de se connaître soi-même plutôt qu'à expliquer réellement un comportement.
Dans la deuxième topique freudienne, quel est le rôle du Surmoi ?
- A.C'est le réservoir des pulsions les plus archaïques
- B.C'est l'instance morale intériorisée, héritée notamment de l'éducation, qui juge et censureBonne réponse
- C.C'est l'instance de médiation entre les pulsions et les exigences du réel
- D.C'est un synonyme strict du préconscient de la première topique
Réponse : B — C'est l'instance morale intériorisée, héritée notamment de l'éducation, qui juge et censure
Le Surmoi est l'instance morale intériorisée (issue en particulier de l'éducation et de l'autorité parentale) qui juge, censure et culpabilise. Le Ça est le réservoir pulsionnel, et le Moi assure la médiation entre les pulsions, les exigences du Surmoi et les contraintes du réel.
Pourquoi Sartre refuse-t-il l'hypothèse freudienne d'un « ça » qui refoulerait sans que le « moi » le sache ?
- A.Parce qu'il pense, comme Freud, qu'il existe bien deux sujets distincts en nous
- B.Parce qu'il nie l'existence de toute forme de mensonge à soi-même
- C.Parce qu'il considère que la psychanalyse n'a jamais existé
- D.Parce que cela diviserait artificiellement le sujet en deux, alors que la conscience est pour lui unifiéeBonne réponse
Réponse : D — Parce que cela diviserait artificiellement le sujet en deux, alors que la conscience est pour lui unifiée
Sartre objecte que l'hypothèse d'un ça qui refoule un contenu au moi suppose que quelque chose, quelque part, « sait » ce qu'il faut refouler : cela diviserait le sujet en deux consciences, ce qui contredit l'unité de la conscience. D'où son concept alternatif de mauvaise foi, qui n'a besoin que d'une seule conscience.
Qu'est-ce que la « mauvaise foi » selon Sartre ?
- A.Un mensonge ordinaire fait à autrui pour le tromper délibérément
- B.Une autre manière de désigner le Surmoi freudien
- C.Un acte manqué particulièrement violent
- D.Un mensonge à soi-même, où le menteur et le trompé ne font qu'un, sans qu'il faille postuler un inconscient distinctBonne réponse
Réponse : D — Un mensonge à soi-même, où le menteur et le trompé ne font qu'un, sans qu'il faille postuler un inconscient distinct
La mauvaise foi est un mensonge à soi-même : à la différence du mensonge ordinaire (je sais et je cache la vérité à autrui), ici le trompeur et le trompé sont une seule et même conscience, qui se dissimule à elle-même ce qu'elle sait confusément. Sartre s'en sert pour expliquer sans inconscient distinct certains comportements que Freud attribuerait au refoulement.
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